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mardi 29 juin 2010

Prendre l'avion.

Les rituels du transport par voie aérienne sont connus de tous ceux qui en ont fait l’expérience. Ce sont des choses dont on se rappelle très précisément parce qu’elles vont à l’encontre de toutes nos habitudes. : pour quelques heures de notre vie, nous acceptons de remettre les clés de notre destinée à un pilote d’avion. C’est au moment où l’on donne son numéro de carte bleu que tout est joué, même si on ne le réalise pas à ce moment là. Tout devient plus concret à l’arrivée à l’aéroport. On y arrive par voie terrestre : route ou rail. Ah ce qu’on est bien les pieds sur terre. Soudain, on les voit en pleine action ces aréopages : ils décollent, ils atterrissent. Ils ont l’air si léger. Ils se posent sur la piste avec la grâce d’un albatros qui longe l’eau pour y puiser poissons. Même le décollage n’apparaît pas comme un arrachement, mais comme l’envol d’un flamand rose en pleine Camargue sauvage. Et le ballet semble infini : décollage, atterrissage, décollage, atterrissage, comme une grande farandole.

Vient notre tour. Enregistrement des bagages. Passage des portiques de sécurité. Présentation aux portes d’embarquement. Montée dans l’avion. Bonjour au commandant de bord et au « reste de l’équipage » qui ne tardera pas à nous souhaiter un agréable voyage en leur compagnie. La déclamation des consignes de sécurité qui est toujours d’un comique efficace. Et puis il y a toujours ce délicieux moment où l’on nous apprend qu’en cas de dépressurisation de la cabine des masques à oxygènes tomberont et qu’il faudra tirer dessus pour qu’ils fonctionnent. Avec cette précision d’une sublime cruauté : « Veillez à disposer votre masque à oxygène avant d’aider les enfants qui seraient à vos cotés ». Puis c’est la ceinture de sécurité « jusqu’à l’extinction de la consigne lumineuse ».

Bref, jusque là tout va bien. Le décollage s’effectue. Et là les choses sérieuses commencent : la bouffe. En ce qui me concerne, lorsque intervient ce moment privilégié, je suis tiraillé par un double sentiment de jouissance et de déception. Quelle que soit la classe où je me trouve d’ailleurs. Jouissance d’abord parce que je ne puis m’empêcher de trouver ça extraordinaire de se voir servi un repas « chaud » alors qu’on file à près de 900km/h à une dizaine de kilomètre d’altitude. Pour moi c’est du domaine de la prouesse. Alors être là, quiché dans mon fauteuil à attendre la bouche en cœur qu’une dame vêtue d’un foulard bicolore autour du coup m’apporte des victuailles… cette situation m’emplit de joie. Et bien souvent, je constate que je suis le seul à accueillir avec chaleur le « personnel de bord ». Mais derrière ce sentiment, il y a toujours la constatation du désastre culinaire, du Waterloo gustatif, du juin-40 gastronomique. Même au plus profond de mon enfance, lorsque insouciants nous nous amusions dans la cour de récréation de l’école maternelle et primaire, je n’affectionnais pas le moins du monde de jouer à la dînette. Il va sans dire que c’est encore le cas aujourd’hui que je fais un mètre et 50kg de plus. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : jouer à la dînette. Le tout étant corsé par les secousses qui remuent l’avion de temps à autre et par le périmètre restreint du plateau sur lequel gît le repas. Lequel plateau étant habilement posé sur une tablette dépliable qui sort comme par magie de l’accoudoir. Bref, je défie quiconque de parvenir à se nourrir sur un tel château de cartes, sans provoquer de catastrophe. Et lorsqu’une catastrophe intervient, le pire est encore à venir : comment réparer la catastrophe sans faire empirer la situation. Autrement dit, comment, dans un espace aussi confiné, est-il possible de ramasser un petit poix tombé à ses pieds, sans renverser son jus d’orange ?

Puis le vol se poursuit, tout en perturbations, ceinture, queue aux toilettes, ceinture, lecture, extinction de la consigne lumineuse, tentatives d’endormissements ratées, mais tentatives réussies pour son voisin de gauche qui vous bave sur l’épaule adjacente. « Préparez-vous pour l’atterrissage ». Atterrissage. Attente. Sortie… Et… et l’essentiel…

Attente devant le tapis roulant qui fait défiler les bagages disposés en soute. Les valises sortent comme les numéros du loto. Certains ont du bol et choppent la première valoche qui sort, d’autres attendent une heure (oui une heure), d’autres sortent perdant et rentrent bredouilles, comme des maillons faibles, au revoir. Et tout le monde connaît cette règle, c’est la raison pour laquelle personne n’est vraiment détendu pendant cette ultime phase du voyage. Sauf les enfants qui crient partout. Alors nous on attend, patiemment. D’ailleurs, il arrive toujours un moment où l’on se dit que c’est perdu. Après 30 minutes, quand la majorité des passager s’est fait la malle… on commence à se sentir mal. Personnellement j’en viens toujours à penser que quelqu’un est parti avec ma valise et que j’attends pour rien. C’est long, long, long. D’autant plus long qu’inutile. On égrène toutes les choses indispensables qui se trouvent dans le bagage tant attendu. On se dit qu’une indemnisation au kilo ne fera pas le poids et qu’on perdra beaucoup de temps et d’argent à l’affaire. On se résigne. Augustes face à notre destin, on finit par regarder partir les autres sans jalousie. Puis, on veut faire diversion. On passe quelques coups de fil, on écoute de la musique. Mais la réalité et là, devant soi, matérialisée par une absence de valise. Un non-bagage qui ne tournicote pas sur le tapis roulant comme les affaires des autres passagers. Pourquoi moi ? On se le demande ça, hein. Mais pourquoi moi ? Voire, pour les adeptes de blasphèmes : Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire au bon Dieu pour… etc. Est-ce une vengeance quelconque ? Et puis au bout du bout, il y a le miracle qu’on n’attendait plus. La valise finit par apparaître, comme la Sainte Vierge devant Bernadette. On la sert contre soi. On lui jure que plus jamais on ne se séparera d’elle. Puis on la fait traîner derrière soi sans plus d’attention qu’à l’accoutumée, parce que bon, c’est pas tout, mais nous on a un métro à prendre pour rentrer à la case.

mercredi 3 mars 2010

Téléphones s'enfilent !

Cette boutique ressemble à un gros cube rouge qui rime avec "elle sait faire", sauf que non, elle ne sait pas faire. On y croise des gens venus changer de téléphone, venu se plaindre de x et y choses, venus rêver devant leur futur "cellulaire". Le spectacle sidère dans sa violence morale, voici quelques saynètes observées à mes dépends alors que j'attendais mon tour.

Un vieux monsieur entre. Je dois à l'honnêteté de dire qu'il était même très vieux, du genre croulant. Nul doute qu'il allait se faire avoir le pauvre. Il voulait un téléphone usuel qui donne l'heure et permette de téléphoner. Il repartit avec un truc qui clignote dans tous les sens et qui prend des photos de 5 millions de pixels qu'il pourra relier à son non-ordinateur grâce à un fil qu'il n'a -dieu merci- pas acheté. En revanche il succomba bel et bien à la tentation de souscrire à une assurance complémentaire de 8 euros par mois au cas où il arrivât quelque chose à son joujou. Le pauvre homme n'avait pu se rassembler pour faire le calcul simple que cette cotisation coûtait en fait un bras, et même le prix d'un téléphone en quelques mois de versement... En partant, médusé face à l'engin bourré de technologie, le vieillard regarda comme il put le vendeur et lui demanda, comment en s'excusant: "Pouvez-vous m'aider à régler l'heure?". Si le pauvre type redoutait déjà d'échouer dans son entreprise de régler l'horloge, il n'était pas au bout de ses peines.

Deuxième situation une dame. Oui, une dame comme le VIIe arrondissement en produit de plus typiques. Sûre d'elle, le regard sévère, la jupe droite, le talon haut, la voix qui porte, la lunette carrée. Elle était entrée dans la boutique comme d'autres ouvrent la porte de le réfrigérateur . Elle était chez elle et tout le monde l'avait bien compris. Sur son passage hommes et objets semblait plier. Elle n'y alla pas par quatre chemins: "je voudrais m'adresser au responsable de la boutique immédiatement". Son charisme lui permit de n'avoir pas à justifier cette requête et de voir l'employé s'exécuter dans la seconde. Les clients qui s'impatientaient dans la file d'attente demeurèrent silencieux et ne purent que ruminer leur petitesse. Face au grand boss, la dame du VIIe sortit le grand jeu: mouvements de bras, haussements d'épaules, mine effarée. Quelques minutes plus tard on a vu entré dans le magasin un morveux de 17 ans qui rejoint sa mère et se posta à son côté, non sans avoir reçu une taloche. Lui faisait profil bas. La responsable avait l'air gêné également. Apparemment le petit serait venu modifier son forfait quelques jours auparavant, sans l'autorisation de sa mère. Chacun essayait de garder la face. Pathétique. La dame du VII sortit triomphante, marchant deux pas derrière son fils qui avançait tête basse.

jeudi 4 février 2010

"Au coiffeur": Couper court... à toute conversation de Salon ?

« À la rigueur, oui alors à ce moment-là, on rallonge devant, on laque le côté et du coup on est tranquille pour tout l’arrière.
_ Oui… À la rigueur.
_ Ou alors, à la rigueur, ce que je peux faire c’est mécher l’avant, piquer le dessus et remonter toute la masse capillaire de l’arrière sur le dessus, en chignon. Et après je brushe le reste, à la main – (à l’ancienne).
_ Hmmm… ça nécessite réflexion quand même.
_ Ne craignez rien, c’est très courant, je fais ça tout le temps. À la rigueur, tenez, regardez c’est en une d’Ici Paris Et Maintenant Ici. Même Eva Longoria a choisi cette technique.
_ Eva Longoria est quand même une star internationale, c’est vrai.
_ Voyez. C’est affaire de 50 minutes pas plus. Et après, hop, vous filez sous les bacs. Et là c’est affaire de 3 heures maximum tout compris. 4 maxi, quoi, à la rigueur.
_ Mais il pleut dehors, tout va tomber à l’eau. À la rigueur il faut que j’achète aussi une charlotte pour que ça tienne.
_ Hmmm… ce serait peut-être plus prudent oui. Ou alors à la rigueur pour être tranquille je laque tout, et ça cimente l’ensemble. Bon bien sûr, on risque un petit effet casque. Mais en 2010, c’est le retour du playmobile. À la rigueur ça peut toujours faire son petit effet.
_ Allez, je vous fais confiance.
_ Allez, du coup je vous attaque »

C’est à peu près la conversation que j’eus à subir en attendant mon tour. Je préfère donner les éléments de contexte après le texte nu. Tout simplement parce que sinon, c’est insupportable. Mais il faut bien se représenter la coiffeuse. Ou le coiffeur… à la réflexion je ne sais plus bien. J’ai essayé de me remémorer la voix… mais en fait ça ne m’aide pas plus ; c’était une voix féminine, mais ça ne m’avance pas. En revanche, ce qui s’est imprimé pour le restant de mes jours, c’est cette expression « à la rigueur ». Je trouvais qu’il n’y avait rien de rigoureux ; rien de rien. Ni la construction des phrases, ni l’attitude. À ce propos, le masticage de chewing-gum est toujours du pire effet, mais là, je n’apprends rien à personne. Enfin personne de lettré.

Ce que j’aime chez le coiffeur, c’est le rythme, cadencé, ritualisé, immuable. Tout commence au définitif : « Bonjour, j’ai RDV ». C’est le top départ duquel tout découle. Ôtage des vêtements. Accrochage dans la penderie. Enfilage de l’espèce de chemise-de-nuit-satinée-sans-manche-qu’on-sait-jamais-si-on-la-met-par-devant-ou-par-derrière. Trajet jusqu’aux bacs. Intallation. Hop, petite serviette derrière la nuque. Basculement de la tête à 90°. Top, deuxième départ, le shampoing. Eau glacée. Eau brûlante. Et là la shampouineuse invente l’eau tiède (pas de sot métier). Shampoing glacé. Massage capillaire et testal. Même raté c’est un moment agréable. La zone est sensible, c’est comme ça, c’est comme ça. Hop derrière les oreilles. Rinçage (eau froide – dégoûté). Pour les plus chanceux (ou les plus crades), deuxième shampoing. Puis séchage avec un petite serviette rêche. Tordage de tête, mal à la nuque. Trajet jusqu’au trône, face miroir. Explication de la commande : « on coupe, mais on garde toute la longueur ». Coupe. Dissertation à l’orale : sujet : « les gens célèbres ont-ils plus ou moins de problèmes que nous ? ». Variante possible : « Qu’est-ce que tu fais pour les vacances ? ». Coupe. Apposition d’un miroir derrière la nuque pour demander au client impuissant s’il en est satisfait. Réponse par l’affirmative. Ôtage de la chemise-de-nuit-satinée-sans-manche-qu’on-sait-jamais-si-on-la-met-par-devant-ou-par-derrière. Retour par la case vestiaire. CB. Merci. Au revoir.

En quittant le lieu, je restai médusé devant le spectacle qui s’offrit à moi. Un coiffeur en faction préparait un feuilleté au saumon sur la tête d’une vieille dame. Rousse par ailleurs. Ca m’a scotché, ça m’a scié, ça m’a assis. Autant de papier d’allu sur la tête, j’avais jamais vu. Il paraît qu’après ils la passent au four. On m’a dit que c’était en fait pour les mèches et que ça n’avait rien à voir avec un feuilleté au saumon (fut-ce l’odeur). J’étais rassuré. Je partis soulagé, le cheveu léger, la cervelle reposée.

mardi 1 septembre 2009

Souris au Mont Souris, que diable !

Parc Montsouris moins Un
Qu'il est vide le Parc Montsouris, ce lundi. Il est vide de monde et vide de sens. Il est vide de mots aussi. Tous ces mots sont restés coincés là. Ils sont empilés sous le poids des 8 jours qui ont passé. Aujourd'hui on est lundi: premier jour de la semaine. Dernier jour du mois d'août. Chassé-croisé du calendrier. Le soleil est juste un peu plus bas, mais les arbres, ce sont les mêmes. En fait, c'est faux. Rien n'est pareil. Oh! bien sûr pour Micheline Robert-Michon, 78 ans, bon pied bon oeil, qui vient quotidiennement faire sa ronde, c'est la même chose. Mais je ne suis pas cette personne malheureusement. Paris est là, tout derrière. On ne la voit guère. Mais on sent vibrer son rer comme mes artères frappent sous la nuque.

Parc Montsouris veille de Républicaines Dorures
Mes artères frappent plus fort que d'habitude aujourd'hui. Et ce soir ce sera pire. Ca faisait longtemps que j'attendais de sentir cette ivresse du saut dans le vide. Cette noyade effrénée les yeux bandés en plein océan des mers du sud par moins 15, de nuit. On ne peut pas passer sa vie à regarder pousser les arbres. Il arrive un moment où il faut prendre une hache et décider. On coupe où? On coupe combien? On fait quoi du tronc? Et si y'en a plus je vous le mets quand même? J'irai demain, à coup de hache buriner les palais royaux où les révolutions implosent dans les palais des grandes personnes qui n'osent même plus y penser de peur de s'étouffer.

lundi 10 août 2009

Disneyland: prison dorée (suite)

17h23.
Crise d'hypoglycémie morale. Trop de musique sucrée, trop de décors sucrés, trop de personnages sucrés... Sentant le malaise m'envahir, je prends les devant. Il me faut m'extraire de cet environnement devenu dangereux. Or tous les sentiers sont tracés. Rien n'est laissé au hasard: impossible que t'en réchappe, ce sont les frères qui rapent tout. Assis sur un rocher en plastique, les mains négligemment posées sur une bande de gazon synthétique, je réfléchis. Il me faut prendre cette pause, il doit bien y avoir un endroit calme... naturel... Que faire? "Lève-toi et marche" me dit la petite voix de Gemini Cricket. Alors je m'enfonce dans "Adventureland"... ambiance de Far Ouest. Vais-je croiser Charles Bronson au détour d'un chemin? Suspense... Tiens, Indiana Jones est là. C'est le signe ultime qui me montre le chemin. Je ne trouverai mon petit coin de paradis qu'en menant la dernière croisade, rien ne me tombera dans le bec tout cuit. Alors je relève mes manches, resserre mes lacets et me redresse, le regard au loin. Un passage existe. C'est à moi de le trouver. Derrière moi un fast food, devant moi un chemin rempli de touristes, à ma gauche une forêt de bambous, à ma droite le lac des Pirates des caraïbes... Ne souhaitant pas faire trempette tout de suite, j'opte pour la forêt. Me voilà à quatre pattes à l'orée du bois de bambou de la belle au bois dormant. Ni une ni deux, je me faufile entre les tiges si régulièrement érigées. Je m'assure que je ne suis pas suivi. Heureusement, non. Ni Mickey, ni Picsou à mes trousses. J'avance sûrement. La musique sucrée de l'ami Walt demeure. Elle baisse en intensité, mais elle ne disparaît pas complètement. Je poursuit donc ma fuite en avant. Il doit bien y avoir quelque clairière, avec des lapins qui parlent, et sept nains, et même Blanche Neige... Mais non, pas de clairière. Rien. Tige après tige, d'espoir en déception, j'ai fini par tomber sur une palissade en béton. "End of the park. No Trespassing: Violators will be shot. Survivors will be shot again". C'était pas ça, mais c'est l'impression que ça m'a donnée. Dans Jurassik Park, les dinosaures sont cloîtrés entre des barrières électriques. Dans The Truman Show, Truman Burbank bute contre un ciel artifi...ciel. J'ai vécu une expérience similaire. Me frotter aux confins du monde magique. Sûr de ce que j'avais atteint le point le plus éloigné, je m'adossai contre ce mur et ouvris un bouquin (Le ventre de Paris) pour tenter de me libérer l'esprit. Je me retrouvai donc les pieds dans le monde fantastique de Disney SA, le dos contre la verticalité glacée de la réalité, et le regard plongé dans les halles grouillantes du XIXe siècle. Perdu dans cette triple dimension, j'en atteignais presque la quatrième.

Puis le temps fut venu pour moi de rejoindre les grands chemins. Je fis machine arrière Sauf que contrairement au petit pousset, je n'ai pas semé de petits cailloux. Et contrairement à Thésée, je n'ai pas tiré de fil d'Ariane. Du coup je ne suis pas sorti par où j'étais entré. Aladin, en pleine séance photo, ne cacha pas sa surprise en me voyant sortir du bois. Jaloux peut être de n'oser faire de même.

vendredi 7 août 2009

Nouvelle du purgatoire: Un Jour à Disneyland

62 eur. pour les 12 ans et plus. Guère moins pour les plus petits. Tel est le prix du rêve? Non. Ce n'est ni le prix ni le rêve. Ni le prix parce qu'une fois à l'intérieur les points de ventes s'intercalent tous les 3m environ et font automatiquement monter la note. Ce n'est ni le rêve (Cf. l'information précédente qui donne vite la nausée).

Voilà la vision cynique et largement répandue. Je la partage en grande partie. À ceci près que, pour les enfants, c'est quand même quelque chose de voir tous les personnages de leurs dessins-animés favoris évoluer dans un univers féerique (dieu me garde d'employer ce mot éculé à nouveau, mais bon, ça s'applique bien au cas présent).
La Belle au bois dormant est passée à 2m de moi sans que ça ne me fasse ni chaud ni froid. À la regarder, je ne voyais quel'intermittente du spectacle qui sue sang et eau dans son épais costume pour le SMIC horaire dans le but de donner/vendre du rêve. La gamine que j'avais à côté, elle, avait les yeux qui pétillait d'émotion. Je passe ici sur la nécessité ou non de laisser les fillettes s'identifier à des princesses, au risque de s'apercevoir à 35 piges que le prince charmant prend davantage les atours d'un Pumba que d'un jeune premier. Le fait est que! Oui, le fait est que tous ces gosses passent de l'autre côté du miroir, au sens Alice au Pays des merveilles du terme. Ils entrent dans le dessin-animé. Dans un univers merveilleux, Michael Jacksonesque où tout le monde il est beau (tout le monde il est gentil). Eux y entrent à la minute où, assis sur le siège arrière de la voiture, ils voient flotter au loin le drapeau Disney. Moi pas. Peut-être aussi parce qu'en guise de carrosse, je suis venu en RER et que les gentilles souris qui couraient entre les rails ne m'ont pas aidé à repriser un vêtement, mais ont préféré s'attarder sur un reste de banane. Une fois dedans, ma foi, on s'y fait. Bien sûr il y a la gentille musique hurlante à chaque pas que l'on fait. La présence en tel nombre de haut parleur donne l'impression d'un orwellien 1984. Impression étayée par l'omniprésente armée de gentils organisateurs disney: vendeurs (glaces, textile, etc., etc., etc.), serveurs, orienteurs, metteurs de ceintures, contrôleurs de hauteur d'enfant, danseurs, pilote de manège, balayeurs, annonceurs de parade, sans parler des personnages eux-mêmes, à savoir que j'ai croisé 3 Mickey différents (ne me demandez pas à quoi j'ai bien pu voir que ce n'était pas le même qui s'était déplacé, j'ai mené l'enquête). On ne peut s'empêcher de se demander ce que c'est que le pire: vendeur dans un fast food, preneur de photos, approvisionneur de bouteilles d'eau ou personnage en costume de velours par du 40° à l'ombre... Il y a concurrence dans l'horreur, dans la répétitivité et dans la souffrance physique (et morale). Trois danseurs sont tombés en pleine parade (leur 5e de la journée) et ce n'était pas en hommage au présidentiel malaise vagal. Le plus professionnel d'entre eux conserva son sourire, même lorsque sa pommette gauche s'enfonçait dans le gentil bitume en fusion.

Trève de cynisme, certaines attractions procurent des sensations fortes et remuent l'estomac convenablement. C'est la brave récompense offerte aux courageux qui s'infligent des files d'attente à répétition tellement longues qu'on envie presque le rayon boucherie du Leclerc un jour de Noël. Oui, c'est ça, on en vient presque à regretter le bon vieux système du ticket des Préfectures, CAF et autres CPAM qu'en temps normal on abhorre. 100 minutes d'attente... Bon bah va pour 100 minutes. On est là pour ça, non? On ne va pas continuellement marcher autour des attractions.

Demain je vous raconte comment j'ai tenté de réchapper aux griffes du monde de Mickey.

mardi 4 août 2009

17h50, Rue de Rivoli, devant l'Hôtel de ville.

En ce mois d'août, sous les closes persiennes des hausmaniennes rues parisiennes... peu de circulation. Oh il y a bien quelque clio perdue, quelque peugeot qui ne peut réprimer l'envie d'exposer sa pimpante carrosserie aux regards du chaland. On trouve, ça et là, une brochette de taxis aigris et gris. La clameur nous parvient de la rue voisine: deux smarts se battent en duel. Plus loin un trio de vélos roule en enfilade. Il ne fait pas très chaud. Lutèce entame août le sourire aux lèvres. Heureuse de s'adonner au tout venant. ils viennent de partout les passants qui cheminent dans Paris. Des étrangers bien sûr. Mais surtout des provinciaux. En ce 4 août, c'est important. Pour tout français la Capitale reste l'écrin principal dans lequel s'enchâsse l'histoire de notre pays. Et, il y a 220 ans, 500 de nos aïeux s'époumonaient au Palais Bourbon duquel il sortait, grosso modo, l'abolition des privilèges. On peut légitimement se demander par quel fin stratagème lent et lancinant ceux-ci semblent être revenu à la vitesse du boomerang. Pas les même bien sûr, mais d'autres, et encore plus injustes... Bonus (boni?), paquets fiscaux, and co. Mais ce n'est pas le propos. Revenons en 2009. Paris est là. Debout. Droite même. Belle dans sa chaleur. Belle sous son absence de soleil. Belle sous ce nappage blanc qui la surplombe. Belle dans sa maturité. Le pavé lisse. Le monument vif et bien dressé. La façade ravalée. Le trottoir propre. Autant dire que Paris a de la gueule en ce 4 août. On est peu... mais on est bien... (tintin!). On est tellement peu que quand le feu passe au rouge et que personne ne traverse la rue de Rivoli on se sent... seul... seul mais bien !

La scène se passe rue de Rivoli, au niveau de l'Hôtel de Ville. Le feu est rouge. Devant le feu les gens sont roses (oui le soleil estival a commencé à brunir les peau. chacun ayant travaillé son mélanome comme il se doit). Et qui y a-t-il donc devant ce feu qui tarde à verdir? Moi (vélib) à l'extrême gauche (oui car je tourne à gauche à la prochaine - Je sais, je suis béton en placement sur la chaussée), un vélo (au centre), deux scooters en enfilade, puis, à l'extrême droite (dans le couloir de bus) trône une voiture (une 306 je crois). Et bien sûr des passants éparpillés un peu partout sur le passage clouté. Jusqu'à présent, pas de quoi en faire un foin. Eh bien je vais vous dire d'où le foin est parti... Des deux scooters. ! (si, si). Depuis environ une minute ils avaient l'air de converser, en se faisant vaguement des reproches. Enfin, c'est l'impression que ça donnait, de loin. Soudain, à la surprise général le conducteur scooter de derrière se lève et se jette sur son voisin de devant... Pourquoi? Pour lui arracher la tête - ou au moins le casque dans un premier temps. Alors on se retrouve à regarder deux gars encasqués en train de s'étriper. Les voilà qui se roulent par terre, sur le macadam en fusion. Les deux scooters rejoignent également le niveau de la mer et, par je ne sais quel mécanisme fou, se mettent en branle, les roues arrière s'agitent, les deux scooters semblent se rebiffer. En tout cas les deux zigotos n'en ont cure, trop occupés qu'ils sont à se dévisser la tête l'un l'autre.

Que faire?
C'est tout l'objet de la présente méditation. Scooter boy numéro deux transporte une amie qui ne sait pas trop comment intervenir. le chauffeur de taxi est déjà à deux pas en train de compter les points. Moi je suis là, à l'autre bout de la chaussée avec mon vélib pourri (oui cette fois-ci je suis tombé sur une avarie de type 3, c'est-à-dire freins qui frottent et t'obligent à pédaler deux fois plus). À califourchon sur mon bicycle, j'assiste éberlué à ce surprenant spectacle. Ma première impression est: "comment en sont-ils arrivés là?" Et je ne vois pas d'autre réponse que la suivante. Un premier a commis une incivilité au second en roulant. Le second lui exprime son mécontentement. Le premier fait mine de ne pas savoir de quoi il retourne. Le second ne veut rien lâcher... il quémande un mot d'excuse. L'autre le lui refuse, par vaine fierté. Par la même vaine fierté le second insiste. Le premier pose sa main sur l'épaule de l'autre. Chacun pose ses mains pour voir si l'autre renchérit. Et c'est l'escalade. La tension monte. Chacun a fini par se convaincre que son honneur ne serait lavé qu'une fois que l'autre sera battu. C'est quoi "être battu" et "battre l'autre" dans ces cas-là? Chacun a son échelle de valeur. Ainsi, chacun met sur la gueule de l'autre, à poing nu.

La fille qui se faisait transporté a fini par retenir son ami je crois... Fallait-il retenir qui que ce soit? Et qui? Pour rétablir l'équilibre de l'univers, ne fallait-il pas que l'un et l'autre finissent par savoir qui des deux était le plus fort en lutte à main nu. Et les troubles à l'ordre public? Et les dommages qu'auraient pu causer les scooters en furie... Ou alors la fille était-elle au centre du conflit? Dans tous les cas le jeune mâle qui partageait son scooter avec une femelle se devait de montrer qu'il n'était pas couard...
Amour, Honneur, Passion...

Devant mon absence de réponse, faisons parler Corneille (Le Cid):
"Les affronts à l'honneur ne se réparent point"
"Tu t'es en m'offensant montré digne de moi; je me dois, par ta mort, montrer digne de toi"

mardi 30 juin 2009

Chronique des enfers. Épisode 1. Seul sur l'asphalte, l'homme pleure des larmes évaporées

La banlieue parisienne se scinde en deux zones: la petite couronne et la grande couronne. Alors on peut très bien imaginer que Paris est une Reine (oui car Paris est une femme, j'espère pouvoir revenir sur ce point un jour). Donc Paris est une reine coiffée de deux couronnes: une petite (chère) et une grande (délaissée). Bref, passons.

Aujourd'hui je suis allé tout au bout du bout. Je suis allé aux confins de la Grande couronne. Tellement loin qu'on ne sait plus si on fait encore partie de la galaxie parisienne. En tout cas on est encore sur Terre, c'est déjà ça. Il s'agissait de se rendre à un entretien d'embauche.

Il faisait chaud. Très chaud. Le soleil tapait tellement fort, que j'ai perçu avec certitude qu'on était encore dans le système solaire. Lorsque je suis sorti du train qui m'avait translaté jusqu'ici, les éléments du décor ont commencé à s'évaporer. Oui il faisait très chaud. La gare a disparu. Les rails ont fondu. Les voitures ont explosé. Les passants ont passé. Même le passé a passé. Et je me suis retrouvé tout seul. Comme un con (pour dire les choses comme elles sont). L'Univers s'est ramassé en trois éléments. Il y avait moi. Il y avait le soleil qui fusionnait allègrement à 7 minutes-lumière d'ici. Et il y avait autre chose. Je n'étais pas... comme ça... flottant dans le vide intersidéral. Il y avait le bitume. Pauvre asphalte qui explosait par petits bouts, sous les feux solaires. Si bien qu'au final, j'étais enferré comme un croque-monsieur entre le chalumeau d'en haut et le bouillant volcan d'en bas.

Ma tête cramait, je perdais de l'eau. Quant au bas... comment dire... c'est les chaussures qui ont morflé. Progressivement les coulées de bitume en fusion se sont accumulées sous mes semelles,. Tout ça a bien fini par sécher, mais du coup j'ai pris de la hauteur. Ma semelle compensée bitumique atteignait 10cm à l'arrivée. Ce qui, par ailleurs, me rapprochais d'autant du cuisant soleil. Le serpent avait fini par se mordre la queue et tournait en rond pour en venir à bout. Serpent, je sais pas, mais j'avais quand même un côté gigot qui sort du four avec tous ces vêtements sur moi. Jamais je ne me suis autant senti textile qu'aujourd'hui. Tout ce lainage et ce cotonage sur moi... c'était criminel. Enlever le pantalon? J'aurais l'air malin à l'entretien. Ôter les chaussettes? Ridicule, ça n'avancerait pas à grand chose. J'ai remonté mes manches et c'est tout ce que je pouvais faire. De toute façon la chemise était liquide. Avec la forte clim dans le bureau où on m'a reçu, j'ai cru que j'allais me transformer en bonhomme de neige (par transformation de l'eau en glace). Mais ça n'a pas eu lieu. L'horreur de ma souffrance trouvait là sa première (et seule) limite.

mercredi 3 juin 2009

Ce matin: Partie de Tétris métropolitain


Tétris a 25 ans. J’ai 25 ans. Je prends le métropolitain parisien depuis 7 ans. Et ce matin pour la première fois de ma vie j’ai participé à un Tétris géant dans le métro.
Le principe est simple : incident sur la ligne, attente, attente... agglutinement des usagers sur le quai… attente… arrivée du métro, les rames sont bourrées. Arrêt. Ouverture des portes. Quelques personnes descendent, le triple tente de monter. Et c’est à cet instant précis qu’intervient le jeu Tétris grandeur nature. Le but étant de faire des lignes et de parvenir à s’accrocher à un point d’ancrage. La plasticité du corps de chacun permet, contrairement au jeu vidéo, d’arrondir les angles. Moi qui suis un grand « I », je peux me tordre un peu pour former un presque « L ». Et donc, gentiment, tous autant que nous y fûmes, nous nous emboîtâmes jusqu’à former un bloc bien compact. En milieu de train, où je me trouvais, nous fûmes les meilleurs, rien ne dépassait. Si bien qu’un grand nombre d’entre nous pouvait tenir dans ce petit espace. C’était prévu pour 10, on était une bonne vingtaine de sardines là dedans.
Le problème ce sont les secousses dans les virages, et je ne parle même pas du freinage d’urgence qui a projeté le poitrail de mon voisin dans la poitrine de ma voisine. Personne ne s’en est ému. Finalement ça punit les moins doués. En effet les meilleurs d’entre nous étaient parfaitement collés à leurs voisin-e-s et n’avaient pas d’espace de projection de part et d’autre. Donc aucun risque de collision : tout se tient, on partage tout, y compris les odeurs (vive l’été !). Ce qui est amusant, c’est que chaque arrêt à une station constitue une nouvelle occasion de tout recommencer, on laisse passer ceux qui sortent, on change de position, puis le reflux arrive et il faut s’imbriquer à nouveau parmi cette foule inconnue qui mêle touristes et travailleurs, sacs à dos et sacoches noires… et sacs à mains, autant de traîtres accessoires monopixels qui ralentissent le jeu et font trébucher les plus étourdis.
Chatelet : tout le monde sort, tout le monde rentre. On commence à regretter de participer à cette partie. On regarde avec envie les 8 chanceux (deux fois quatre) qui ont pu s’asseoir. Aucun n’est invalide de guerre, aucun n’est enceint, pas même d’invalide civil. Comment ont-ils fait ces usagers qui s’octroient le droit de refuser le Tétris RATP ? Probablement des embarqués de la première station. Ils ont un avantage et ils y tiennent. Aucun d’eux ne laisse sa place à un aîné qui est à la peine au Tétris. Un « Chacun sa merde » est prononcé pour toute réponse. Le privilège de l’âge cède sa place devant le privilège du premier arrivé. Terminus tout le monde descend. Game Over.

PS: "Il faudrait essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple" Jacques Prévert.

vendredi 10 avril 2009

Le crime de l'Orient-express

Ce diable avait deux ans
Il n'était pas très grand.
Apparence angélique
Esprit machiavélique;
Remonté des enfers
Et ne sachant que faire
Il entra dans un train
Malheur... ce fut le mien !



A la minute où je me suis assis à ma place dans le train il a crié, il a gémi, il a gesticulé. Ce n'est pas dramatique me direz-vous. Certes, non. Le drame absolu, c'est que ma place fut numérotée, comme la sienne et que nous fumes condamnés à nous faire face pour 3 longues heures. Oui! Nous faire face. Ô joie des tables dans les TGV, quelle brillante idée...
SNCF: à nous de vous faire détester le train.

Week end de Pâques oblige, Paris se vidait comme une dinde et chacun rejoignait sa province de coeur, sa province natale, sa province d'adoption. Pour les plus chanceux ladite province regroupait les trois attributs.

Mon malheur à moi tenait en trois lettres: Tom. Sa province à lui était la même que celle de sa mère assise à côté et ne devait pas être bien éloignée de la mienne. D'où le trajet en commun.

Moi: "Grand dieu qu'ai-je fait pour mérité ça? Pourquoi diable hurle-t-il "un train" à chaque fois qu'il en voit un et même quand il n'en voit pas? Pourquoi les coups de pieds? Pourquoi les pleurs? Pourquoi systématiquement tout renverser sur mes affaires? Et surtout, pourquoi est-ce que sa complice de mère est-elle laissée en liberté? N'a-t-elle trouvé rien d'autre pour le calmer qu'un DVD dont tout le monde profite du volume sonore? Pourquoi est-ce qu'elle essuie la table avec la main quand le mioche éternue? Pourquoi est-ce que tout ça l'amuse?"

Lui: "One rule: No rule. Je parle fort si je veux et j'hurle si je veux. Quand je tombe ma mère me relève, la bienveillante. Quand je pleure, elle sèche mes larmes, la brave femme. Personne ne me dit qu'il n'en sera pas toujours ainsi."

Ce qui me gène moi, c'est ce que j'ai pensé. Je le confesse ici. J'ai pensé mal. Très mal. Pour tout dire j'ai voulu prendre la tête du gosse et l'exploser contre le coin cette maudit table qui le séparait de moi. Et quand je dis exploser, c'est bien exploser. J'aurais voulu voir la cervelle dégouliner sur ses affaires à lui. J'aurais voulu voir ses yeux sortir de leur orbite. problème: le code pénal en vigueur dans notre république m'interdit de tels agissements. Même en plaidant la folie, c'est un coup à rester au trou plusieurs décennies.

Ô que ma peine fut grande lorsque le diablotin se tut une minute, celle-là même où le contrôleur vint vérifier nos billets. le silence du garnement lui valut un compliment de l'agent SNCF: "Mais qu'il est sage ce petit"... J'ai cru me mettre à pleurer. Mais les larmes ont coulé à l'intérieur. J'ai gardé la face. On a continué de me prendre pour quelqu'un de fort. Oui, car c'est le reste de la rame qui se tapait les cuisses. Ils étaient trop contents de n'être pas à ma place, les chiens. Je n'ai eu de cesse d'envisager passer le reste du trajet dans le wagon bar, sur un tabouret raide comme la justice. Mais j'ai tenu à faire front et à profiter de la mousse de mon fauteuil jusqu'à la fin. Après tout, n'avais-je pas payé 70euros ce billet?

Mais à quel prix! Au prix de ma bonne santé mentale. Voilà que j'ai envie de vomir maintenant. Le petit joue aux voitures. Y'a même un camion de pompiers et des avions. Lorsqu'il a sorti son camion citerne, j'ai vite compris qu'il fallait que je passe aux toilettes. La tentation de le lui faire bouffer était trop forte.

Dernier stratagème, dernier rempart contre l'ennemi qui souhaite mon anéantissement total: l'ironie. Alors que j'étais en train de lire les Fragments d'un discours amoureux*, je me suis décidé à changer de bouquin. C'est qu'une question me taraude depuis des mois et des mois. Philosophie Magazine y consacre un numéro spécial: "Pourquoi fait-on des enfants?".

Débat à suivre.


*de Roland barthes

lundi 16 mars 2009

L'affaire du trou

Au risque de paraître vieux jeu, vieille école, old school, et tutti quanti , je vous livre cette confidence. Je ne mange la salade verte qu'accompagnée d'un morceau de pain. C'est comme ça. Ca éponge ou je ne sais pas. Mais je préfère. Eh puis le pain, c'est bien. Le rompre, c'est perpétuer un geste christique, le manger c'est saluer un rite ancestral, c'est soutenir le commerce de proximité, c'est encourager la France qui se lève tôt.

Or, au menu de ce soir, salade verte; c'était décidé de longue date. Les lundis soir c'est salade verte. Comme dit l'adage: "salade, jamais malade". Pour pouvoir la manger dans de bonnes conditions, il fallait donc que je prisse les devants.
Direction la boulange. Petite attente. Bien sûr on apprend qu'il n'y a plus de saison. Que la maison ne prend plus les chèques (m'enfin moi je me demande si une fois dans sa vie la maison les as pris nos putains de chèques). On apprend aussi que quand on les fait tomber, les pièces ne repoussent pas. Que dix centimes qui nous font vingt. Que la petite a grandi. Que la vieille a rapetissé. Que le temps passe. Que l'eau ça mouille et que le feu ça brûle.

Rapidement, ce fut mon tour. À croire que le temps passe vite, en effet. Je cède à mon tour aux courtoisies d'usage. Et puis nous en arrivons rapidement à la question de savoir ce qui m'a amené jusqu'ici. Cette question est fort légitime, il y a des tonnes de produits différents dans cette boutique !

La question se pose en ces termes: "Qu'est-ce qu'il lui aurait fallu?". Mieux que le tutoiement, encore plus distingué que le vouvoiement, la troisième personne du singulier. Magnifique mise à distance. Mais ce qui impressionne, c'est surtout l'usage impeccable du conditionnel passé première forme.

C'est donc à moi de répondre. Mais là, blocage total. Trou noir. Il est vrai que je ne prends pas une vulgaire baguette ou un traditionnel pain de campagne. Ca, ça aurait été trop facile. Non, je prends le truc que toutes les personnes habitant seules prennent. Comment est-ce qu'on appelle ça? Je reste un long moment muet face au regard médusé du boulanger m'observant buter sur une réponse aussi simple et prévisible. L'envie me prend de commander un produit quasi-similaire et dont je connais le nom, à savoir la demi-baguette. Je ne tombe pas dans la facilité. Avec toutes les peines du monde, je parviens à trouver un synonyme que j'hurle dans la demi seconde: "une flûte".
Livide le boulanger m'indique que l'on n'est pas à la salle Pleyel ici.
Moi: "Mince, c'est pas ça, alors...
Lui: _ Bon eh bien je vous file une ficelle, comme tous les jours
Moi: _Exactement, c'est tout à fait ça"
(et pourtant on n'est pas dans une cordonnerie).

Morale de l'histoire:
1/ J'aurais dû me contenter d'un "la même chose que d'habitude" au lieu de vouloir faire le malin.
2/ Il est toujours plus valorisant de buter sur des mots compliqués que sur des banalités. Prendre un air pénétré, et laisser un blanc de 20 secondes pour annoncer "ficelle", c'est moche.

mardi 10 mars 2009

Un neuf plus un zéro

18h00. Téléphone. Vélib. Cap sur la maison. Pédale pédale. Intersection en croix. Je prends à droite. Le feu passera au vert 1/2 seconde après que j'ai coupé la ligne d'effets des feux. Direction la casa. Pédale, pédale. Pin-pon-pin-pon. 4 policiers nationaux dans leur citroën... Je suis dans de beaux draps.

Lui: Stationez sur le trottoir.
Moi (intérieurement): Bah vas-y fais moi commettre une infraction supplémentaire, j'adore faire de gros chèques.
Lui: Bonjour.
Moi (intérieurement): Ta gueule !
Lui: Papiers du véhicule, siouplé. Heu non excusez-moi, vous êtes en deux roues.
Moi (intérieurement): Oui je suis pas en tricycles patate.
Lui: Pièce d'identité, siouplé.
Moi (intérieurement): ...
Lui: Êtes-vous conscient d'avoir commis une infraction?
Moi (intérieurement): J'ai vendu ma conscience au diable, lorsque j'ai voté Chirac en 2002.
Lui: Le feu était rouge.
Moi (intérieurement): j'ai le sentiment que cette banale histoire chromatique va me coûter cher. Rouge, vert, orange... Après tout un rouge quasi fini est un vert pâle, non?
Lui: Attendez là.

Attente, attente. Mon pauvre vélib, par dessus le marché, arrivera à destination au delà des 30 minutes réglementaires, et donc avec une pénalité de retard. Il revint. Son papier était tout griffonné. C'était mort.

Lui: Ce n'est pas parce que vous êtes en cycle qu'il faut faire n'importe quoi.
Moi (intérieurement): Cycle, cycle... j'vais t'en mettre, moi. Aux Etats-Unis on peut tourner à droite même au feu rouge banane.
Lui: Heureusement que vous n'étiez pas en voiture, sinon c'était 6 points en moins.
Moi (intérieurement): Écoute connasse, avec des "si" on met Paris en bouteille. Et en bagnole je conduis pas pareil, y'a des clignotants et des vitesses, c'est tout un autre concept.
Lui: Oui donc voilà, ça fera 90eur.
Moi (intérieurement): 13h de travail, normal.
Lui: Bien sûr, c'est le même tarif que pour une contravention auto. Alors certes vous ne risquez pas de causer de dommage à autrui, mais vous risquez de vous en causer à vous-même.
Moi (intérieurement): C'est la meilleure ça! Ils me font lâcher 10 sacs pour me protéger contre moi-même. Dans leur logique quelqu'un qui tente de se pendre et se loupe, il paye une amende de combien?

J'ai roulé rue saint Honoré, jusqu'à chez moi. Je ne sais même pas ce que je lui ai dit au final. Je ne me rappelle que mes bougonnements intérieurs.

lundi 23 février 2009

ASSEDIC Rivers...

Rechercher un emploi fait intervenir un, deux ou trois niveaux, selon que l'on trouve un employeur rapidement ou que l'on s'enfonce dans le désert du marché de l'emploi aux sources taries.

Le premier niveau, c'est soi-même. Je me dresse sur mes petites patounettes et je vais chercher un travail, la fleur au fusil, des rêves plein les yeux, sûr de ma valeur intrinsèque, sûr donner envie aux employeurs de travailler avec moi parce que quand même... c'est moi quoi! Et moi, je suis pas n'importe qui. M'enfin, sans piston c'est mort. Donc NEXT.

Le deuxième niveau, c'est la collectivité. Je vais la voir, je lui demande de se dresser sur ses petites patounettes et de reconnaître que je vaux quelque chose et de partir, elle, la fleur au fusil pour qu'on me fasse une petite plaçounette avec un petit ordinateurounet au sein d'une équipounette dans une petite bouîtounette qui me versera un petit salairounet au SMICounet. Voilà, ça c'est la théorie. La pratique, ce sont d'adorables conseillers ANPE et Assedic, nouvellement fusionnés Conseillers Pôle-Emploi: le monstre avait deux têtes. La tête assedic (madame pépètes) ne te veut pas de mal puisqu'elle n'a pas d'argent à te donner vu que tu n'as pas gagné d'argent avant. La tête Anpe (Madame Ca-va-pas-être-possible) est plus vorace et te regarde avec des yeux qui disent que t'es pas sorti de l'auberge mon pauvre garçon, mais que son employeur à elle n'est pas prêt de mettre la clé sous la porte. Donc NEXT.

Le troisième et ultime niveau est le niveau extra-terrestre. Alors bien sûr les Marsiens ne nous aident pas à trouver un emploi. Par parenthèse je soulève ici la question du marché de l'emploi galactique. Il y a peut être des recrutements interplanétaires qui pourraient s'effectuer, ce qui ôterait un poids au monstre bicéphal du Pôle-Emploi. Non! par extra-planétaire, j'entends divin. D'où l'idée d'invoquer Saint Gaétan de Thiene qui est cléricalement reconnu comme étant le Saint Patron de Chômeurs. Alors moi je dis "Merci Patron", tu es le seul patron à ne pas salarier tes salariés. En plus on peut pas te traîner aux Prud'hommes. Alors il faut te traîner où? Devant Benoît XVI. Le prénom est joli, certes. Mais le nom... Seize... ça ne veut rien dire! Tout au plus ça nous rappelle son arrière-petit cousin, Louis, un Bourbon qui perdit la tête... Donc on ne peut décemment pas traîner Patron Gaëtan de Thiene devant un mortel, fut-il le Grand Schtroumpf. Alors il ne me reste plus qu'à traîner mon Saint-Patron devant le Très-Haut. D'où l'idée de brûler un cierge.


PS: Si quelqu'un a connaissance d'un quatrième niveau auquel je pourrais m'adresser, merci de me le faire savoir au plus vite par l'un des multiples canaux de communication que ce doux XXIe siècle met à notre disposition.

lundi 30 juin 2008

Voleur de Nuit s'envole aux USA

Le Midwest dans toute sa splendeur. Des champs de mais, des desperate housewives et des sheriffs...

lundi 16 juin 2008

B/B/R et KW/H


Récidive dans le bar/boîte/resto (BBR) de la dernière fois... Le samedi soir et au mois de juin, nous étions tranquilles, les quelques enterrements de vie de jeune fille de la région permettaient de remplir un minimum l'espace. Principal fait marquant, au bout de la quatrième chanson consécutive de Claude François, nous hurlons notre désarrois au DJ (le verbe "parler" en boîte n'existe pas). Certes nous "fêtons" les vingt ans du dernier bain de Cloclo... Mais merde Belinda + Alexandrie + Cette année là + Le lundi au soleil = ça fait trop. Bref. Le DJ nous promet de passer du "contemporain". Ouf! Et là... Drame. Nous avons droit à une version accélérée et un chouilla plus rythmée d'Alexandrie, du même Cloclo.
Ainsi donc nous prîmes la tangente en direction de l'autre boîte.

M'enfin...

Je retiendrai une seule image. Le retour en voiture. "Exit Music for a film" de radiohead en fond sonore. Une départementale déserte. Et des lumières de part et d'autres de la chaussée: Les réacteurs de la centrale EDF à droite. Les diffuseurs d'enrichissement d'uranium à gauche. Des tours de refroidissement un peu plus loin. Le barrage EDF juste derrière. Et au milieu de tout ce barnum, eh bien, j'ai pris conscience de toute l'énergie qu'on consomme. Bien sûr la nuit les gens (normaux) dorment alors ils consomment que dalle, à part éventuellement le frigo pour garder la Heineken au frais et le magnétoscope pour enregistrer la rediff nocturne de Mireille Dumas. Bref pas de quoi fouetter un chat. M'enfin... tout ça pour dire que tous ces KiloWattHeures qui me sont passés dessus, l'idée des pingouins qui fondent sur la banquise qui fond... tout ça tout ça... Eh bien, j'ai culpabilisé d'avoir laissé éclairé la lumière de la terrasse...

mardi 27 mai 2008

On coupe? Oui, mais on garde toute la longueur...

Mercredi. Il fait beau. On est à Paris. Tout va bien... Tout va bien? Non. Pourquoi? Oh ce n'est pas existentiel. Ce n'est pas l'essentiel. Et pourtant... Et pourtant c'est important. Ca touche à cette partie de soi que l'on a en soi et hors de soi. Ca touche à cette partie de soi qui prend racine à quelques centimètres de la conscience et de l'inconscience, parfois même de l'insouciance. Ca touche au sommet. Ca touche à ce qu'on a de plus haut... Bref, j'avais besoin d'aller chez le coiffeur.

Alors je vous vois d'ici... Oui, je vous vois d'ici. Quoi, tu vas pas nous faire un billet sur tes histoires capillaires... La terre tremble en Chine. La Birmanie ne compte plus ses morts. L'Afrique a faim. Le Groenland a chaud. Les subprimes vont mal. Jean-Pierre Foucault oriente les réponses à "Qui Veut gagner des Millions?". Oui... Oui j'aurais pu parler de tout ça. Mais à quoi bon. Méditez ce qui suit:
La mouche qui a voyagé su le Titanic ne savait pas nager et n'était ni une femme, ni un enfant (d'abord). Et pourtant elle a survécu. Pourquoi? Parce qu'elle savait voler. Alors volons dans les détails de ma vie de mouche, en quelques paragraphes, et: À la fin de l'envoi... je mouche!

Mes cheveux étaient trop longs. J'avais fini de me persuader du contraire. J'avais fini de me dire que non, que ça allait, que sous un certain angle, que dans le noir, que sous la pluie, qu'après la douche, qu'avec du gel... NON. Non, il me fallait l'accepter. Mes cheveux avaient atteint cette longueur critique au delà de laquelle on ne peut plus faire semblant. On ne peut plus lutter. Ou alors si. La situation peut perdurer, mais qui voudrait vivre en entendant une fois par demi-heure: "ton coiffeur est en prison", ou "tu veux qu'on se cotise?", ou "tu veux te faire des dreads, c'est pour ça"? Il fallait aller de l'avant, rassembler ses idées et se rendre le plus vite possible chez un coiffeur, puisque ce sont eux, dans nos civilisations occidentales post modernes à division horizontale du travail, qui sont en charge d'effectuer un transfert de masse capillaire depuis la tête des gens jusqu'à la balayette du stagiaire sous-payé qui mâche du Hollywood chewing gum 8h par jour sans RTT pause comprise.

Résumons ce qu'on a appris. Mes cheveux ont passé leur longueur critique. Je cherche un coiffeur.

Alors oui. Bien sûr il faut dire ici les arrières-pensées que nous avons tous à ce stade du récit. On ne choisit pas un coiffeur comme on choisit un liquide vaisselle. Le cheveu c'est quoi? Le cheveu, c'est la continuation de l'être, le prolongement vertical de l'âme, l'élévation de l'esprit. Alors bien sûr, d'aucuns s'offusquent... Le cheveu serait aussi une mode, un appendice de régulation thermique, un outil pour cacher les parties du visage qui nous complexent... Fi de tout ça. Le cheveu c'est le reflet de l'âme. Alors ça fait réfléchir. Que faire?

Oui que faire? Ce n'est pas naturel de chercher un coiffeur. Un coiffeur, soit on en a un qui nous satisfait et on se le garde. Soit on attend de se le faire recommander... Mais au grand jamais on ne se lance dans le grand marché du salon de coiffure. Sous aucun prétexte. Et pourtant... Et pourtant j'ai dû me lancer dans le grand marché. Pourquoi? Mais parce que MON coiffeur, il est dans un village à 700km au sud... Et que c'est maintenant qu'il faut couper. Plus le choix. Je me lance dans le grand marché du salon de coiffure... Et pas n'importe où s'il vous plaît. Je n'ose même pas continuer. Inspiration, expiration... Oui, je l'avoue, voilà, j'ai dû chercher un salon de coiffure dans le 4e arrondissement de Paris.

C'est dit.
Maudissez-moi autant que vous pouvez, vous avez raison.
Quand vous aurez fini de me maudire lisez la suite.

Le Marais accueille plus de salons de coiffure au mètre carré que la Seine reçoit de déchets un soir d'été. ils sont partout. Ils sont semblables. Y grouillent des garçons anorexiques qui gesticulent. Y raisonne à plein tube "Hung up" de Madonna. Y dorment à poing fermé sous leur permanente des mamies qui kiffent la vibes... C'est tout pareil. Allez faire le tri! M'enfin j'ai fini par trouver un salon dont je tairai le nom. Je vous épargne l'épisode de la prise de rendez-vous qui fut cocasse pour ne pas alourdir davantage (sous la clameur populaire, je ferai peut être un post scriptum).

J'ai compris que tromper mon coiffeur attitré serait une erreur au moment du lavage capillaire. Oui le lavage capillaire est à la coupe de cheveux ce que le préliminaire est à l'amour. J'étais habitué à ce que ça dure trois plombes. Et là... 2 grammes de shampooing étalés à la va-vite, trois claques sur le crane, un seau d'eau froide et ZOU, à la coupe. Belle entrée en matière... Alors la coupe. Oui c'est toujours un peu la même chose. C'est un peu la quadrature du siècle. Il y a ce que je veux. Il y a ce que le coiffeur veut. Il y a ce que mes cheveux peuvent. Et il y a ce que le coiffeur peut. Alors forcément, on n'obtient jamais ce qu'on veut, ni même ce qu'on pourrait, ni même ce que le coiffeur voudrait. On est réduit au plus petit dénominateur qui est: Ce que le coiffeur peut faire à un temps T, étant donné sa motivation du moment et sa technique de coupe. Alors, classiquement, je donnerais deux notes. Une note technique de... 4/10. Notons les 2 points perdus bêtement en 2 minutes quand il a connement fait tombé son peigne sur mes pompes. Et une note artistique de... 5/20. Bon, je n'ai pas la moyenne avec ces conneries... Heureusement il ne m'a pas assommé de réflexions personnelles sur la dernière Une de Gala, la vie sexuelle du pape ou l'engagement africain de Madonna. J'ai tout de même eu droit à un "c'est vrai qu'ils sont épais", puis, en guise de conclusion à un "on les veux plus court?". On ne voulait pas plus court, on voulait plus beau. C'était pas la lune. Mais c'était déjà trop demandé.

Alors on lui dit que tout va très bien Madame la Marquise. On n'était pas avec son coiffeur légitime, mais avec un illégitime... à quoi s'attendait-on? Alors on lâche la thune. On pousse la porte vitrée. On se demande pourquoi le gens nous regarde, ou nous regarde pas, dans les deux cas c'est suspect. Puis on se dit que ça repousse. On compte sur la myopie de ses congénères. On envisage chapeaux, bérets, casquettes, foulards. Et même perruques. On sait que ça repoussera. Et on se convainc que ça nous laisse le temps de prospecter...

mardi 13 mai 2008

Avant goût d'été, en mai, sur les quais

Les quais, en mai, c'est l'été avant l'été.
La seine est mienne, sereine. La seine est scène.
Les bords de seine essaiment ceux qui s'aiment et ceux qui aiment voir le soir, noir, miroir ô beau miroir, c'est toi que l'on vient voir.
Tu coules mieux au clair de lune, éclair de plume, longue clairière solitaire aux réverbères qui nous éclairent.
Les yeux dans l'eau, les pieds en haut, Trocadéro, pont Mirabeau, roucoule de l'eau quai de la Tournelle,
Comme tourterelle est bien plus belle au noir du soir qu'au bleu du ciel.



Un dimanche de mai donc. Chaleurs... Pavés... Sous les pavés, les cocotiers? Et non, même 40 ans après. Et dans 400 ans? Oui, dans 400 ans on aura peut être l'imagination au pouvoir, il sera peut être interdit d'interdire et les élections ne seront plus des pièges à con. Mais si ça se trouve on aura de l'eau jusqu'aux oreilles à force de dégivrer notre frigo de pingouins à coup d'usines à charbon et de jus d'ananas arrivés par avion.

Un dimanche de mai donc. Chaleurs... Pavés... Sur les pavés, les parisiens. Et tous les autres. Le soleil a cogné toute la journée sur ces pavés et comme il a aussi cogné sur nous, on vient prendre le frais au fil de l'eau, au soir qui tombe. Mal assis, mal éclairé, qu'importe.

Première partie quai d'Orléans. C'est toujours bien le quais d'Orléans, île Saint Louis. On voit le cul de Notre-Dame surplomber la rive gauche. La brise est légère. Peu de gens urinent à proximité. À cet endroit, les touristes sur bateau mouches n'hésitent pas à faire coucou et même parfois davantage. Parfois quatre jeunes filles viennent y lécher leur glace Berthillon et le temps s'arrête autour du métronome de ces huit jambes nues qui se balancent au dessus de la seine.

Deuxième partie quai du marché neuf. Un trio africain guitares/percussions fait se déhancher des dizaines de noctambules envoûtés: touristes et parisiens. En toute simplicité, le concert improvisé affiche complet: sur le petit pont, sur les marches, sur le quais, parvis Notre-Dame. On vibre sur "Loosing my religion" en acoustique d'Afrique. N'y tenant plus certains spectateurs ne peuvent retenir quelques pas de danse autour du chanteur. Et l'on rigole bien du spectacle qu'offre en second plan ce sans-abris au break-dance Michael-Jacksonien, champion toute catégorie de air-guitare. Sûr que dans le froid de l'hiver on est moins nombreux sur ce même quai pour le voir danser. Danse-t-il?



Conclusion n°1: Bilan carbone de la soirée: 0 mg/personne. Arrivé à pied, reparti à la nage. Ouf.

samedi 10 mai 2008

Ciné: La Dernière Tentation du Christ


Devant l'affiche de la Dernière tentation du Christ, la première tentation du cinéphile, c'est d'entrer: Scorcese, le Christ, David Bowie... Alors on entre et on se fend d'une tirade connue: "bonjour mademoiselle, une entrée pour la Passion du Christ s'il-vous plaît". "Tenez". Ouf. "Vous vouliez dire la Dernière tentation du Christ". Mince. Évidemment... Regards et rire complices. Non, non, ce n'est pas le film de Mel G. Vexé de m'être fait prendre en flagrant délit d'ignorance, je cherche un échappatoire. Ne pouvant rester indéfiniment devant son comptoir, le temps presse. Ahah, j'ai trouvé! Les billets d'entrée n'offrent pas de place suffisante pour que soit inscrit le titre complet du film, je vais pouvoir la coincer. Je la regarde en coin et lui glisse, l'air de rien, "j'espère que je ne vais pas non plus voir 'La dernière tente'". Vlan! Mouchée! Mouhahah. Cela dit... "La dernière tente"... de quoi pourrait bien parler ce film? J'ai d'abord imaginé la crue séculaire qui doit bientôt engloutir Paris. Une des zones les plus touchées serait le 4e arrondissement. On aurait donc un remake du film "Le Pianiste" de Polanski qui se déroulerait cette fois dans le ghetto du Marais où un seul survivant, "la dernière tente", ferait tout pour survivre dans ce quartier sous les eaux. On peut aussi bien imaginer un film d'horreur où serait maudit l'emplacement 38, tout au fond du camping de la Camarde: "bonjours les enfants, vous avez réservé La Dernière tente? bon courage!". Un troisième scénario relaterait l'enfance du petit Théo, orphelin, dont les quatre taties s'étriperaient pour avoir la garde du petit. Seule la dernière tante arrivant à ses fins.

Nous entrons, salle rouge, et prenons place. Finalement nous attendions tous le Messie, même si la salle était majoritairement composée d'athés/agnostiques, peut-être même quelques communistes post-68ards (en ce quarantième anniversaire). Rouges furent la salle, la partie léniniste du public, ainsi que la tronche du Christ sous sa couronne d'épine. Le film a fini par commencer. Ah ça pour commencer y'a pas eu de problème, mais quand il s'est agi de finir y'a plus eu personne. Alors oui, le film a commencé, puis il a duré duré duré. Tout y est, de belles images, d'excellents acteurs, l'histoire d'un homme au destin extraordinaire. Et pourtant ça ne décolle pas. À la rigueur là où ça décolle le plus c'est quand il se colle à sa croix et qu'il prend un peu de hauteur. On pouvait s'attendre à moult effets spéciaux, étant donné le nombre de miracles réalisés, mais bon, ce n'est pas ce qui a intéressé Scorcese qui les traite avec sobriété ou qui les les élude carrément.
Il reste tout de même plusieurs points positifs. Le film n'étant pas prenant, il force le spectateur à se poser des questions pendant 2h44. Questions importantes, puisque la naissance de cet homme marque l'année zéro de notre calendrier, ce n'est quand même pas rien. On ne dit pas "je suis né en 30 avant ma belle soeur, mais en 2000 après JC". Deuxième point positif, David Bowie joue Ponce Pilate avec un accent british. Ca vaut l'os. Toisième point positif, certaines scènes sont remarquables, notamment la crucifixion. Et puis il y a ce fantastique moment ségolénien: "Pardonnez leur...". On aurait aimé la voir la Madonne "socialiste" clouée sur une planche. C'est facile de reprendre des paroles du Christ engoncée dans un tailleur Paule Ka, un Martini à la main.

mardi 6 mai 2008

Ice à Palavas l'effluve

"Si, si, je t'assure, cette arrivée à Palavas-les-flots par la départementale D344, me rappelle étrangement mon entrée à Miami Beach". Et j'étais sérieux. Baigner ses pieds dans la Méditerrannée, dès début mai, c'est réveiller, la marmotte hibernée qui sommeillait! Après l'ultime plongeon du soleil dans le grand bleu, quoi de mieux pour finir de décongeler la marmotte de notre moi hivernal que d'aller onduler à l'Ice.
L'Ice, c'est une disco-teck-post-teck-tonik-pré-hype. On y vient pour écouter. Chose rare chez le noctambule. Alors on a écouté du gros son électro-berlinois, mais on a quand même laissé nos membres se désarticuler au rythme de ce qu'un balourd génial d'ex-RDA faisait tourner sur ses platines. Clou électrisant de la soirée: le quart d'heure de djumbé du didjé sur musique électrisée, ambiance blanche fumée, laser spiralé, et spots quadricolorés. N'a-t-on perdu le temps qui passe, du fin fond de notre crevasse? Fumes-nous encore à Palavas? Fumes-nous déjà au purgatoire? Fumes-nous dans l'imaginaire de ce Germain de Berlin? Fumes-nous Berlinoyés à 1000 lieux sous les mers? Pour sûr chacun s'est senti Kennedy pour la nuit: Ich bin ein Berliner! Forever! Pour le meilleur! Et pour le pire? Le pire, c'est de quitter le Berlinois pour chevaucher sa berline. Mais arrivé sur l'oreiller iodé du sel des eaux, se faire bercer du flux des flots, effluves électro, refus des mots, reflux d'échos...

Conclusion: n°1 Vivement l'été.