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mardi 11 janvier 2011

Ennuyeux "Somewhere" de Sofia Coppola

Dans Somewhere, le dernier film de Sofia Coppola, Stephen Dorff est everywhere mais il conduit le spectateur… nowhere.

Johnny Marco, superstar hollywoodienne en proie aux longs ennuis… habite une chambre d’hôtel à LA, a une Ferrari bling-bling, a momentanément la garde de sa fille, mais s’ennuie jusqu’à la fin du film où il arrête sa voiture sur l’autoroute et s’en va à pied. Une fois cette phrase écrite, je n’ai plus rien à ajouter concernant le scénario, tant celui-ci est vide. À cela s’ajoute des dialogues piteux, voire énervants de bêtises. Ce Johnny a tout du regular guy, aussi la langue anglaise apparaît dans sa connerie la plus plate. On pourrait penser qu’il nous reste les silences pour contempler l’esthétique cinématographique de Sofia Coppola. Eh bien ! même pas. Le film est visuellement pauvre ; il enchaîne les clichés nauséeux, sans créativité, caricaturaux. Les plans sont fixes, longs, inélégants... L’image ne sert aucun propos et n’a pas la profondeur minimale qui autorise un film minimaliste à dire, tout de même, une ou deux choses de temps en temps. Au final, une heure trente paraissent longues, un comble !

Les plans traînent en longueur à l’image de la première scène du film :la caméra, fixe, filme un bout de circuit où une Ferrari fait une demi-douzaine de tours, et ça dure, dure, dure… c’est interminable. On s’ennuie. Plus tard on verra en plan fixe l’intégralité d’un spectacle de strip-tease mené par deux filles amateurs dans la chambre d’hôtel d’un Johnny qui s’ennuie autant que nous. Puis on verra un autre spectale de strip tease (filles grimées en tenniswomen) au même endroit, selon le même plan, provocant une réaction moins ennuyée de Johnny, mais qui ne nous amuse pas vraiment plus. Puis on verra le même Johnny, assis dans les tribunes d’une patinoire déserte pianotant son blackberry et regardant sa fille, réaliser son programme long (très long) sur la musique de Gwen Stefani : « Cool », (pas cool). Puis il s’ennuira en jouant à la wii, en baisant des meufs, en voiture, en hélico, bref… partout et tout le temps !

Il y a trois choses à sauver dans ce film : La photo clair-obscur façon Boy-A, la petite Elle Fanning qui joue adroitement Cleo et les deux chansons de Phoenix, l’une au début, l’autre… à la fin.

En revanche l’acteur principal, Stephen Dorff, est décevant et ça… c’est ballot. On était en droit d’attendre beaucoup de ce garçon au large front, aux lèvres fines et sévères, et au physique athlétique. Il avait tout pour camper la superstar hollywoodienne qu’il est censé incarner dans le film. Tout ? Non. Il lui manque l’essentiel : le charisme, le charme, le magnétisme et pourquoi pas la grâce. Ce qui est dommage parce qu’il apparaît à chaque plan et il nous campe le même visage inexpressif de chien perdu, même lors de ses apparitions publiques auprès des journalistes... Des hommes qui s’ennuient et qui recherchent du sens, il y en a à foison dans le cinéma contemporain : Lost in translation (Bill Murray dirigé par S.Coppola), L’homme qui voulait vivre sa vie (Romain Duris dirigé par E.Lartigau) et The Barber (Billy Bob Thorton dirigé par les frères Coen), et ces trois comédiens ont un visage qui dit quelque chose,bordel.

Là on a une réalisatrice qui n’a rien à dire, et un comédien qui est incapable de le dire. Dès lors ce film sur l’ennui n’est plus qu’une mise en abîme de notre propre ennui.

Pâle récompense.

mardi 5 octobre 2010

Yves Saint Laurent – Pierre Bergé , L’Amour fou




C’est marrant quand j’y pense, parce qu’en allant au cinéma voir ce documentaire, j’ai dû emprunter la rue Berger. Du nom d’un sombre préfet de Seine de la IIe République et non pas en référence à Michel Berger. Bref, tout ça pour dire que dans ce documentaire c’est de Pierre Bergé qu’il est question, de son union avec YSL. Enfin c’est ce que laissait entendre le titre qui avait retenu mon attention et titillé ma curiosité : « L’Amour fou ». Or le film est peu éclairant à cet égard. C’est ce qui m’a posé problème. Si le film choisit de ne pas privilégier le travail d’YSL, alors qu’au moins il explore en profondeur sa liaison avec P.Bergé et toutes ses conséquences… Las.

Le film s’ouvre sur l’émouvant discours d’YSL lors de sa conférence de presse d’adieu au métier de grand couturier qu’il exerça 45 ans avec génie. Déjà malade, on le voit lire un texte très beau, expliquant son choix devant un parterre de journalistes frémissants et d’appareils photos hurlant. Derrière ses épaisses lunettes, il garde la tête baissée sur ses notes qu’il dit avec émotion. Quelques secondes avant la fin de son intervention il se redresse et, à la lumière des flashs, son regard transperce la caméra. À cet instant, l’on comprend tout. La timidité maladive. L’extrême humilité. La mélancholie. La solitude. Et le génie artistique : YSL compte parmi ceux qui on le mieux compris leur époque, tout en étant incapable de s’y sentir bien. Ça veut bien dire quelque chose ça. En 2002, il décide d’arrêter parce que la mode a changé, et il ne s’y reconnais plus. C’est ce qu’on appelle être entier. À ce sujet, ce que dit Bergé est intéressant ; il cite O.Wilde : « Avant Turner, il n’ avait pas de brouillard à Londres », pour dire que les artistes voient avec clairvoyance ce qui reste invisible à nos yeux. D’où leur solitude. Aussi, YSL dit de lui-même en riant qu’il est né avec une dépression. De toute façon je crois qu’il était maniaco-dépressif, alors il n’avait pas bien tort en disant cela. Et cette extrême timidité… que c’est touchant. On le voit donner une interview à 21 ans, alors qu’il a réalisé son premier défilé pour la maison Christian Dior dont il reprit les rennes après la mort de son maître. Le journaliste lui demande s’il est content de cette création, il répond oui. Puis le journaliste lui demande combien de personnes sont chargées de dessiner les modèles présentés. Il répond « une seule » en baissant les yeux puis garde le silence. Et le journaliste de conclure : « et c’est vous ». Il regrettera plus tard de n’avoir pas eu l’insouciance de ses 20 ans, d’avoir eu trop de responsabilité trop tôt. C’est la rançon de la gloire… se voir confier à 21 ans la succession de la maison Dior, qui était la plus renommée à l’époque…

Le film se fonde quasi exclusivement sur le témoignage de P.Bergé qui accorde une large importance aux lieux, aux objets, etc. Du coup à aucun moment il n’éclaire le titre « L’Amour fou »… On a les détails de leur collection. On a les maisons de vacances. Mais on ne sait pas pourquoi ils se sont plu l’un l’autre, ni pourquoi ça a duré… Ou alors quelques bribes éparses. D’ailleurs, on trouve très peu de vidéos où apparait YSL. Il y a beaucoup de photos en revanche, mais ce n’est pas encore assez. Pour ce qui est du détail de leur maison au Maroc, on est servi… Le tout dans une image dont la qualité n’est pas excellente : entre la caméra DV et la caméra professionnelle. Dans les scènes d’intérieur avec peu de lumière, c’est pas joli. Par ailleurs le réalisateur aurait pu se passer des gros plans lorsqu’il filme P.Bergé dans son canapé : on est au cinéma que diable !

Mais qu’importe, pour ceux qui aiment YSL, ça vaut le coup. Ne serait-ce que pour cette scène où, alors qu’il a la trentaine, il répond à un questionnaire de Proust. Hilarre, à la question de savoir comment se composait pour lui le bonheur terrestre il répond : « Dans un lit… » (silence) « … bien rempli ». C’est un des seuls moment où l’on perce un tantinet le personnage. P.Bergé dit qu’YSL ne connaissait que deux moments de joie pleine et entière par an, à la fin des défilés, sous les acclamations. Le reste n’étant que travail et tourments. Dans une interview à une télé américaine (ce n’est pas dans le film), je l’ai entendu dire : « Even without me, YSL is a genious ». Heu ! oui merci, on s’en doutait. Vanitas vanitatum, et omnia vanitas.

En sortant du ciné, j’ai emprunté en sens inverse la rue Berger. Deux chats se regardaient en chien de faillence. Belle ironie de la langue française ! Deux chats noirs d’ailleurs. Plus loin deux femmes se croisaient. L’une portait un tailleur-pantalon et l’autre un jeans taille ultra basse avec string apparent et talons hauts (et chewing-gum). Le premier libère la femme, le second l’enferme en faisant rimer liberté avec vulgarité…

vendredi 9 avril 2010

2+3 = 5 FILMS



Deux nouveautés, trois pas nouveautés.
Deux pas réussites, trois réussites.
Deux comédies, trois pas comédies.


Le Grand Saut
(Frères Coen)
Pas nouveauté / Réussite / Comédie
Trouvez un pitch bien senti (la nomination d'un abruti à la tête d'une multinationale), incorporez une poignée d'acteurs géniaux (dont Paul Newman magnifique), secouez avec la réalisation des frères Coen (comme toujours superbe) et vous obtenez un chouette film. Avec la dose de décalage nécessaire, les absurdités du monde, de l'Amérique, du capitalisme et de l'espèce humaine sont passées à la moulinette. Fait générateur: le richissime PDG d'une énorme boîte décide en plein conseil d'administration de courir sur l'immense table et de se défenestrer (Cf. photo supra). Motif: l'argent ne fait pas le bonheur... Il sera remplacé par un type un peu simple d'esprit... "pour le meilleur et pour le rire".
5/5

Les Invités de mon père
(Anne Le Ny)
Nouveauté / Réussite / Comédie
Enfin un film français qui ne soit ni lourd, ni léger. Le triumvirat Luchini/Viard/Aumont permet au moins quatre possibilités comme autant de réjouissances. On nous donne à voir et on nous donne à penser, le tout sans pathos inutile et parfois avec humour. L'intrigue se noue par l'arrivée d'une jeune moldave et sa fille, toutes deux sans papier, qu'héberge un vieux monsieur désireux de faire un geste désintéressé, accomplissant une cause en laquelle il croit. Progressivement l'équilibre familial se rompt et pose mille questions sur la cause juste, l'altruisme, la famille, la transmission, l'amour, la lassitude...
4/5

Gomorra
(Matteo Garrone)
Pas nouveauté / Réussite / Pas comédie
Portrait brut des protagonistes ordinaires de la mafia napolitaine. C'est là que réside l'originalité. Le film n'est pas sur le cerveau de la pieuvre mais bien sur les tentacules du système. On entr'aperçoit les oligarques de cette mafia, mais ils ne trament pas le coeur de l'intrigue. La réalisation est... réaliste; économe en musique et en effets de style. Pour le reste, le film ne nous épargne aucun détail: trafics, drogue, armes, trahison, silences, enfants, ados, adultes, parrain, clans, petites frappes, terreur, survie, etc. Comment rester honnête dans un tel panier de crabes? Ca semble impossible. Tout est pourri. Seule solution: partir... ou mourir.
4/5

Le Caïman
(Nanni Moretti)
Pas nouveauté / Pas réussite / Pas comédie
On dit Nanni Moretti, Nanni Moretti... Pourtant je n'ai rien vu de transcendant dans ce film. Peut-être parce que je m'attendais à voir "Le Caïman". Oui, car le film est une mise en abîme: c'est l'histoire d'un producteur peinant à monter "Le Caïman", film sur S.Berlusconi. Moi c'est ce film là que j'aurais aimé voir, le "film dans le film". C'est-à-dire un film clairement politique, comme "Il Divo", mais sur l'Italie d'aujourd'hui. Au lieu de ça on a quelque chose qui ne démarre pas. C'est plutôt bien joué, d'ailleurs, mais on ne voit pas bien où ça veut en venir en s'entortillant dans tous les sens. Il y a un couple qui bat de l'aile, une réalisatrice qui se révèle être lesbienne, la situation du cinéma italien aujourd'hui, les difficultés de trouver un financement lorsqu'on touche à Berlusconi... Il y a tout ça. Ce pourrait être génial au fond. Mais c'est comme si les cartes n'étaient pas dans le bon ordre. Dommage.
1/5

Alice au pays des merveilles
(Tim Burton)
Nouveauté / Pas réussite / Pas comédie
Il s'agit d'un divertissement pour enfant de moins de 10 ans, rien de plus, rien de moins. Pour les autres, bon courage. Burton a voulu adapter un romain de Lewis Carroll: "De l'autre côté du miroir" qui est une sorte de suite au traditionnel "Alice" que l'on connaît et que Disney a fidèlement repris. Peut-être que Burton se frotte à un maître et qu'il ne peut donner sur pellicule la profondeur que l'écrivain donne à son roman. Peut-être que ne pas prendre de risque et réaliser un film visant à d'énormes scores au box office suppose de donner dans le consensuel mou et l'esthétique convenue. Peut-être qu'il n'a pas osé oser. En tous les cas, la sauce ne prend pas et ce n'est pas imputable aux acteurs qui sont délicieux: notamment les deux reines et le chapelier toqué (interprété par J.Depp). Alice est adulte dans cette version. Mais elle semble plus nunuche que lorsqu'elle était enfant. Difficile de parvenir à une forme de poésie avec ça. En résumé: Esthétiquement ennuyeux, narrativement pauvre, poétiquement dégarni. Peu de fantaisies, pas de magie. Le tout dans un univers sombre, voire glauque. À oublier. D'ailleurs, c'est déjà fait.
1/5 (pour l'effort en costume/décor)

lundi 15 mars 2010

Démineurs (The Hurt Locker): 6 Oscars 2010

Le spectateur suit une équipe de démineurs d'élite pendant la dernière guerre d'Iraq. Ils sont trois: le chef un peu fou, insaisissable, mais vaillant; son audace frise l'héroïsme. Il est flanqué de deux comparses: un grand gaillard, black, qui cache ses angoisses métaphysiques derrière un sacré sang-froid et un autre gars, plus chétif et craintif qui préférerait être ailleurs, loin, loin d'ici. Mais ils sont tous en Iraq, dans le bourbier d'une guerre d'occupation, urbaine, paranoïaque: comment ne pas l'être dans un conflit où il n'y a pas de "front" de bataille, mais où les insurgés sont mêlés aux civils. En qualité de démineurs, ils sont dans une position encore plus délicate, puisqu'ils doivent intervenir dans des zones pas toujours "sécurisées". Grâce à l'excellence de la mise en scène, la tension permanente hypnotise le spectateur. La réalisatrice, Kathryne Bigelow sait ne pas tomber dans le manichéisme. Ce film n'est pas une ode à la vertu des soldats US, ni un documentaire apitoyé sur le sort du peuple iraqien. On y vit le conflit de l'intérieur, on (re)découvre ce que c'est qu'une guerre et qu'il n'y en a aucune de "propre". Le film se veut aussi psychologique, sans être moralisateur. On voit la part de folie qui pousse le personnage principal à courir derrière ce frisson, cette adrénaline du moment où il désamorce des bombes qui, s'il se trompait, le transformerait en bouillie. À un moment, face à la plus grosse des bombes, et alors qu'il s'apprête à la désamorcer, il retire son équipement de protection et a cette phrase géniale:
"There's enough bang in there to blow us all to Jesus. If I'm gonna die, I want to die comfortable."
Mais ce n'est pas que cette part de folie inconsciente qui le pousse à retourner quotidiennement se mettre en danger, c'est aussi et surtout l'absence de sens de la civilisation américaine qui met en rayon des kilomètres de yaourts sur plusieurs étages, mais qui n'offre rien d'autre qu'une société de consommation. Il a pourtant femme et enfant. Est-ce assez pour donner une signification à son existence ? Pas pour tout le monde...

lundi 8 mars 2010

The Ghost-Writer Vs. In The Loop



Deux films autour d’un Premier ministre britannique par temps de guerre en Irak. Évidemment c’est de Tony Blair qu’il s’agit, mais ce n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est l’atlantisme du personnage et sa façon « renouvelée » de faire de la politique. Dans les deux films, on voit les dessous de la politique, les jalousies : Femme Vs. Secrétaire, Ministre Vs. Ministre, Ministre Vs. Premier ministre, Hommes de l’ombre Vs. Hommes de lumière…

The Ghost-Writer, de R. Polanski

Thriller politique impeccable. On suit Ewan McGregor, écrivain de l’ombre (un nègre pour ainsi dire) qui est chargé d’écrire les mémoires d’Adam Lang (Pierce Brosnan), jeune ex-Premier ministre. J’imaginais que le film porterait sur l’échange entre ces deux personnages. L’un voulant réécrire son histoire à sa main, pour la postérité. Et l’autre en quête de vérité, souhaitant révéler au monde qui est l’homme qui se cache sous les habits du politique. Le film traite en partie de ça, mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel c’est la tension qui se niche partout : dans le décor, dans la musique, et dans l’intrigue : le précédent nègre d’A.Lang mort d’une mort douteuse alors que le manuscrit n’était pas terminé, non dits, zones d’ombres, des mensonges, des indices. La palette des techniques est hitchcockiennement maîtrisée : ironies, froid suspens, accélération du rythme, ambiguïtés, angoisses, paranoïa. Le film est riche, derrière une réalisation sobre mais bigrement réussie.

PS : On saluera la présence inattendue de Kim Cattrall (Samantha dans Sex&TheCity) qui joue la « première assistante » au service de Monsieur Lang depuis si longtemps.


In The Loop, de A. Iannucci

Satire drolatique flamboyante. Le style est tout autre. Les actions s’enchaînent comme des perles. Le ton n’a rien d’oppressant, mais atteint le niveau si difficile de « hautement comique ». On suit Toby, stagiaire fraîchement débarqué au sein du cabinet du Premier ministre et qui assiste à des scènes hallucinantes dés son premier jour. Les caractères des personnages sont poussés à l’extrême pour créer une langue drolatique et des situations cocasses. Ô que les dialogues sont ciselés. C’est jouissif comme les montagnes russes. Ça n’arrête pas. Et bien sûr la britannique ironie qui va avec. On voit l’Histoire se faire par le petit bout de la lorgnette : les petites mains qui tentent de savoir dans quelles salles sont les réunions de leurs boss, des ministres de paille s’embourber dans leurs propos (quand ils trouvent quelque chose à dire). Et avec tout ça les médias, le tourbillon de l’actualité, le microcosme des décideurs… La nuée des inutiles… Les lâches qui succèdent aux hypocrites… Cette satire politique depuis les coulisses frise le génie.

mercredi 3 mars 2010

"A single man", de Tom Ford



1962, Los Angeles.
George Falconer, Pr. d'Anglais à l'Université, apprend par téléphone qu'il a perdu Jim, son "compagnon" depuis 16 ans, dans un accident de voiture. Dévasté, l'homme tente de répondre à une seule question: "Est-il possible de vivre?". Car ce George est déjà naturellement flegmatique. Anglais, Londonien, il semble maintenir en permanence une distance entre les événements et lui. Il a toujours été comme ça, même lorsque le monde avait des couleurs, du temps où son amour était vivant.
Colin Firth interprête brillamment ce rôle solitaire qui ne parvient à se livrer vraiment qu'à sa meilleure amie, sa confidente de toujours qui est jouée par la délicieuse Julianne Moore. Les deux méritent l'oscar. Et le film mérite d'être vu. Le temps est lent, l'atmosphère troublante, sans que jamais on ne s'ennuie. Tom Ford apporte l'esthétisme, la sensibilité et la sensualité qui donnent du souffle au film et l'éloignent de toute mièvrerie. Il fait du sur-mesure brodé au fil d'or. Tom Ford joue et gagne.

"A few times in my life I've had moments of absolute clarity, when for a few brief seconds the silence drowns out the noise and I can feel rather than think, and things seem so sharp and the world seems so fresh. I can never make these moments last. I cling to them, but like everything, they fade. I have lived my life on these moments. They pull me back to the present, and I realize that everything is exactly the way it was meant to be."

vendredi 26 février 2010

"Une Education", de Lone Scherfig

Jenny est anglaise, a 16 ans en 1961, est la fille unique d’un couple de parents sans histoire (à tous les sens du mot) qui ne rêvent que d’une chose : voir leur fille intégrer une Université d’Oxford. Parce que c’est quand même rassurant pour des parents. On la voit du coup s’y préparer jour et nuit, jusqu’à demander à son père quels « hobbies » elle doit avoir, en vue de l’oral d’entrée où il faudra faire bonne figure. Ainsi, elle joue du violoncelle dans un orchestre. La case « je suis sociable » étant remplie sur le CV, à quoi bon rester dans ce miteux orchestre ? Et son père de trancher : « Si tu en pars trop tôt, tu passeras pour une rebelle ». Jenny reste dans l’orchestre.

L’histoire bascule lorsqu’elle rencontre un type de deux fois son age qui, alors qu’il pleut, lui propose, avec toute la courtoisie qui sied à la situation, de la ramener chez elle. S’ensuit un marivaudage, un ravissement et tout un tas de péripéties classiques dans ce genre d’idylle romantique sans être mièvre (le mot « Paris » revient toutes les 10 minutes). En parfait gentleman, il la sort dans le monde, la fait voyager, lui parle peinture, musique…

Voilà un film d’époque tout à fait délicieux et agréablement surprenant... À 16 ans et avec beaucoup de maurité, la jeune fille tente d’affronter des choix de vie déterminants. Ses parents sont vite dépassés par les événements et peinent à résister à la tentation de succomber aux sirènes de la stabilité qu’offre ce riche dandy trentenaire qui sait les amadouer.

16/20

mardi 23 février 2010

L’autre Dumas, de Safy Nebbou

Benoît (Poelvoorde) joue Auguste (Maquet), et Gérard (Depardieu) joue Alexandre (Dumas). Le premier est « l’autre Dumas, le nègre ». Le second est le premier Dumas, le vrai.

Le film est une réussite, du début à la fin et sur tous les plans, ce qui n’est malheureusement pas l’avis de toutes les critiques, qui ont apparemment pris la décision de ne plus jamais rien aimer de peur de passer un bon moment et de ne savoir pas comment gérer ce sentiment nouveau. Par ailleurs, un lundi à 22h25 nous n’étions que 7 aux Halles, dans une salle petite… curieux… Bref !

De quoi s’agit-il ? Auguste Maquet est un homme de l’ombre, à l’ombre du gigantesque et dantesque Dumas. Il n’est pas à proprement parler un nègre, il est beaucoup plus que ça. On va les suivre dans les semaines qui précèdent la révolution de 1848, alors que les deux écrivains s’attèlent à l’écriture parallèle d’une pièce et d’un roman.
Ils sont inséparables et irréconciliables.

Inséparables parce que, d’un côté, le Grand-Alexandre ne peut se passer de son « collaborateur » pour écrire ; et de l’autre, le trop sérieux Maquet ne peut se passer de son maître qui donne à la rigueur de son style la flamboyance nécessaire à tout succès littéraire.

Irréconciliables parce que les caractères s’opposent.
Dumas/Depardieu sort de lui-même, sort de l’écran, dévore tout ce qui passe : animaux, femmes, paysages… Il empoigne son désir et poursuit son chemin, comme un brise-glace qui fend la banquise-France selon sa vision, sans tergiverser à chaque centimètre pour savoir si le cap est bon. Il avance fort et juste, selon son intuition qui est toujours la bonne.
À l’inverse, Maquet/Poelvoorde est un travailleur plus appliqué, plus contraint, plus serré. Alors qu’il le voudrait, il ne parvient pas à sortir de ses gonds. Il se retient, il est fidèle et lorsqu’une passion amoureuse se dresse devant lui, il joue de maladresse, se prend les pieds dans le tapis entraînant dans sa chute un peu tout le monde, et même le régime politique. Et dieu sait que dans ce film le contexte historique est passionnant à observer, en toile de fond, par petites touches impressionnistes.

Ces histoires de nègres font toujours un peu fantasmer. Se dire que derrière l’histoire officielle, derrière la plume de tel ou tel il y a un oublié, un être talentueux, mais qui, pour mille raisons, n’accède pas au rang d’immortel de la littérature. Le sentiment de prendre part à une œuvre qu’il n’aurait probablement pas été capable d’initier se mêle à l’amère douleur du manque de reconnaissance. Maquet ne peut qu’être un wagon de la locomotive Dumas et Dumas ne peut avancer sans cet attelage. Peut-être le plus beau film qui soit sur le travail en équipe…

Pour le reste, tout est réussi : les costumes, les décors, la musique, la photo. Les personnages secondaires très bien servis. La réalisation est neutre ; ce n’est peut-être pas plus mal, ça n’entrave pas le déroulement du récit ni le plaisir complètement jouissif qu’il y a à observer notre Gérard national déployer tout son talent avec une déconcertante facilité.

lundi 25 janvier 2010

Beautés... destins...

25 janvier 2010, le premier jour du reste de ma vie

En ce jour où tout commence, je parlerai de tout sauf de la reprise en main de ma destinée.

Nous sommes un lundi. Depuis quelques jours, une armée de mannequins à la beauté débile remuent leur quille jour et nuit, un peu partout. Surtout dans les beaux quartiers. Pris séparément ou noyés dans un groupe de « gens normaux », on ne les verrait guère. Mais là, attroupés, migrant en banc, buvant en troupeau, ils n’échappent pas à notre attention. Ils ont la démarche chaloupée, la jambe légère, le teint diaphane. Oh, bien sûr les traits sont droits, la peau immaculée, les yeux sont grands. Tout renvoie aux critères actuels de la beauté et de la jeunesse tels que les créateurs de mode se les représentent. Le plus fascinant reste tout de même cet incroyable don pour capter la lumière et la restituer dans un halo christique. On leur donnerait le bon dieu en confession. Et on leur donnerait bien davantage d’ailleurs. Oh, il serait facile de gloser sur leur prétendue bêtise. Il est confortable de s’imaginer que le bon dieu (justement lui) donnerait à chacun alternativement beauté ou intelligence ou aucun de deux, mais jamais les deux. Ce serait ignorer que l’essentiel n’est pas donné d’avance et résulte de l’interaction qui opère (ou pas) entre deux êtres et que d’aucuns appellent le charme. Certains n’ont rien, d’autres ont tout. D’autres ont rien puis tout. D’autres ont tout puis rien. Et dans tout les cas, tout le monde finit par ne plus rien avoir. D’aucuns appellent ça la mort…

On parle de beauté et de mort. Alors oui ce sont deux concepts incompatibles. On peut avoir l’un puis l’autre, mais jamais l’un et l’autre. En la matière le temps est un ennemi plus qu’un allié. À chacun sa limite… c’est le fameux « à partir de 30 ans c’est le début de la fin ». On notera au passage que ladite limite est repoussée au fil des ans et des décennies comme un horizon que l’on atteint jamais. Ou plutôt comme un horizon que l’on sait avoir dépassé que longtemps après l’avoir dépassé. Rares sont les grands-mères qui estiment à 70 ans qu’elles sont en pleine force de l’âge. Et voyez au passage comment je dis grand-mère et pas vieille dame dans un but d’attendrissement. Je revois la femme à son rôle maternel et même grand maternel. Tout ceci est probablement extrêmement subversif. Peut-être opéré-je un retour en arrière en matière d’émancipation de la femme. D’ailleurs là encore, c’est la même chose, l’horizon n’est jamais atteint…

Je perds le fil de mon semblant de propos…

Mannequins… beauté… mort… Forcément ça évoque BB. La Bardot qu’on voit dévaler comme une tigresse dans un couloir, armée d’une laisse pour chien avec chien au bout. Et qu’on voit tomber dans le bras de Gainsbourg. Je parle ici bien sûr du film de Joann Sfar sur le grand Serge. Tout n’est pas réussi dans ce film. (Mais tout peut-il toujours l’être ?). Il apparaît parfois comme décousu. Qu’importe. Scène après scène, nos sens adhèrent à la poésie écorchée de Gainsbourg. Gainsbourg qui plaisait autant aux bourgeois qu’aux cochons, autant à l’étudiant dans sa chambre de bonne qu’au père de famille dans son 5 pièces-cuisine. Combien sont-ils ceux qui ont réussi à plaire au grand nombre en restant entier, en restant eux-mêmes. Ne tombons pas dans l’angélisme imbécile, mais affirmons ce qui est : ce qui manque le plus à notre époque c’est exactement ça. Une figure, ou des figures qui s’expriment dans le génie de leur art et qui disent les choses, telles qu’elles les perçoivent, sans craindre la critique, sans avoir peur des conséquences. Une civilisation du risque zéro est une civilisation de l’amusement zéro. « Va vers ton risque… ».

Et si ce risque, cette tension intérieure… si ce tourbillon créateur est un abîme de douleur, eh bien soit. Dieu merci, rien n’a retenu Depeche Mode de se laisser aller à ce sombre tourment. On était 17 000 le 21 janvier dernier à leur crier notre amour. Eux ont jouer leurs morceaux, simplement, mais fortement. Dave Gahan a fait ce qu’il a pu avec son organe vocal : addictions passées, avancement de la tournée et age n’ont pas aidé à propulser une voix limpide sous les hauts volumes de Bercy. Peu importe. Pour la voix on a eu de belles ballades interprêtées par Martin Gore. Eh puis le grand Dave (pas celui de Vanina, hein ?, l’autre), eh bien oui, le grand Dave Gahan, sur Enjoy the silence n’a même pas eu à chanter les refrains... son public s’en est chargé pour lui. Il est fidèle et connaisseur ce public qui goûte chaque chanson à sa juste valeur. L’apothéose attendue parvient tard, au moment du bouquet final, au moment des rappels. Ils terminent par un magnifique Personal Jesus, mais avant cela, ils entonnent un hypnotique Behind the Wheel. Qu’on m’arrête tout de suite. Que quelqu’un vienne soulever ma plume. Je pourrai en parler des heures de cette chanson. Et après ces heures de palabres, que resterait-il ? Il ne resterait rien. Il faut simplement l’entendre et même l’écouter cette chanson. Comme tout chef d’œuvre, elle est hors du temps. Elle se termine comme elle commence. Elle est une chanson sans fin, un cycle ininterrompu. Une force de la nature. Inarrêtable. Et pourquoi voudrait-on l’arrêter ? Moi je ne l’ai pas arrêtée en tout cas. A tel point qu’elle semble couler dans mes veines aujourd’hui… D’aucuns (toujours les mêmes), me diront que je risque l’over-dose. Et je répondrai bien évidemment que oui. Et que je vais vers mon risque. Parce que c’est la seule façon de vivre. Assis dans un fauteuil Louis XV, on ne vit pas, on meurt les yeux ouverts. Et l’on ne prend conscience de son agonie que lorsqu’elle parvient à son terme, ou même peut-être qu’une fois au-delà. C’est le même horizon qui avance, avance, avance jusqu’à ce qu’on réalise qu’il est derrière.

La question ne réside pas dans la vitesse de notre marche. On peut courir vers son horizon. On peut marcher vers lui. On peut parvenir à le dépasser et à vivre sa vie comme un rêve éveillé. On peut n’y parvenir pas. L’essentiel réside dans ce vers quoi l’on porte son regard. Au fond le vers de terre qui aura pris le temps de lever les yeux vers l’étoile de ses rêves ne sera-t-il pas plus heureux que la belle étoile qui aura passé sa vie à regarder sa branche cassée?

mardi 28 juillet 2009

"J'AI TUÉ MA MÈRE" (4****), "Les beaux gosses" (2**): 17 ans, 13 ans... Deux films, deux douleurs, deux libertés

Un film sur les pré-ados, un film sur un ado. Des périodes de la vie où l'on grandit/mûrit très vite, à tel point que les deux n'ont rien en commun, tant sur le fond que sur la forme, à l'exception de l'humour décapant qui les traverse.

Les beaux gosses
C'est un bout de notre histoire à tous: collégien, mal dans sa peau, pas dégourdi, pas dévergondé. Très léger, le film fourmille en répliques potaches et en clins d'oeil drôlissimes sur ce que le quotidien d'un tel personnage peut bien produire. C'est simple, c'est fort, c'est efficace. Mais ça ne va pas chercher bien plus loin. Le film trouve les résonances qu'il peut en chacun de nous, et exhume des sensations oubliées. C'est déjà pas mal, et après tout, "chacun sa technique de roulage de pelle".

J'ai tué ma mère
À contrario, J'ai tué ma mère avance une réflexion et se centre sur un aspect (primordial et ultime) de la construction de soi: le lien maternel. Un film très personnel, où Xavier Dolan (19 ans), qui a écrit le scénario (à 17 ans) et co-produit le film, tient aussi la caméra et incarne le rôle principal. Je pense qu'on peut parler de petit génie. On ne blâmera pas le jeune homme de parler de lui, c'est toujours comme ça qu'un artiste commence, en réglant une première question sur un mode très autobiographique. Je pense que tout un chacun se retrouve en Hubert Minel qui navigue en pleine tornade intérieure et sans boussole. En résumé, il dit à sa mère ceci:

Je te déteste. Tous ces gestes que tu fais m'horripilent. Être confronté à toi dans cette sombre maison m'est insupportable. Rien ne va. Et pour couronner le tout tu me hais.

Mais en même temps, en réfléchissant, peut-être bien que tu m'aimes de cet indéfectible amour maternel. Et comment alors puis-je le refuser cet amour, pour m'émanciper et vivre MA vie. Ou alors, si je ne le refuse pas, comment peux-tu toi accepter de voir en moi l'adulte-en-devenir qui pense et agit indépendamment de ta volonté. Ce n'est pas ce qui se passait lorsque j'étais enfant et que j'étais tout à toi, puisque le monde extérieur se résumait à ce que, ma main dans la tienne, tu me prêtais à voir.

En tout cas, si tu mourrais, je serais orphelin. Et c'est quand même bien pire de n'avoir personne à détester ou aimer. Au moins ai-je encore le choix. Mais ai-je besoin de t'aimer pour t'aimer. Ca coule tellement de source que même en éclaboussant partout la haine sincère que je te porte, eh bien ce lien, duquel je tiens mon avènement terrestre, demeurerait: tu es ma mère, tu es l'origine de ma vie, tu n'en es pas la finalité.
Va, je ne te hais point.

"Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse: nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse" Pierre Corneille, in Le Cid.

mardi 23 juin 2009

Drôle de drame Vs. Certains l'aiment chaud

De grâce... de la grâce !

Pour vaincre les ennemis de la médiocrité ambiante. Que faut-il? De la grâce, encore de la grâce, toujours de la grâce.

ON ÉVITERA le stupide et invérifiable "c'était mieux avant", invérifiable parce qu'on ne compare pas un souvenir à un vécu contemporain, et on compare encore moins une période morte à une période vivante. C'est comme comparer Laurie et Nina Simone, sous prétexte que les deux chantent, ça n'a pas de sens.

CELA DIT, c'était mieux avant ! En tout cas, le passé passé au crible du temps, nous offre de belles pépites.


Drôle de drame - 1937

"Moi, j’ai dit bizarre… bizarre ? Comme c’est étrange…Pourquoi aurais-je dit bizarre… bizarre…".
Rien à jeter dans ce film: ni l'histoire, ni le jeu des incroyables acteurs, ni les truculents dialogues de Prévert.
Ca, c'est quand même quelque chose; à la toute fin, Mme Molyneux nous sort un improbable: "Il vaut mieux être riche avec une moustache, que sans moustache et sans argent". Ce même décalage se retrouve tout au long du film dans l'absurde des situations et l'entêtement des personnages. Inoubliable effrayant regard de Louis Jouvet.
De la grâce vous dis-je.



Certains l'aiment chaud (Some like it hot) - 1959

Certains l'aiment chaud est une comédie hollywoodienne sortie en salle il y a 50 ans, tout pile. Joe et Jerry se travestissent pour intégrer un jazz band féminin où Marilyn Monroe tient la vedette. La Monroe a tout ce qu'on veut de glamour de sensuel et de passion... Quelle (fausse?) candeur!
Quant aux deux zigotos qui sont travestis pendant presque tout le film, ils forment un drôlissime duo comique, digne héritier de Laurel & Hardi et jeunes aïeux de... Serrault/Poiret.
Et quand Marilyn apparaît, elle crève l'écran et scotche tout le monde... On pense immédiatement... "mais c'est énorme". À tel point qu'elle nous accule au doute: Est-il possible de transcender tous les fantasmes masculins à ce point? Est-ce une hallucination?
Un moment de grâce probablement...

lundi 20 avril 2009

Entre Les Murs Vs. La Journée de la Jupe


Deux films sur l'école, à l'intérieur de l'école: deux profs de français dans des collèges difficiles: un homme, une femme.

Dans Entre les murs, François Bégaudeau ne parvient à rien face à ses élèves, rien ne passe, la barrière de la langue est infranchissable, d'un côté comme de l'autre. Jamais le prof ne trouve la clé de l'équation à trop d'inconnues qui lui permettrait de délivrer un cours à une classe qui s'y refuse. Le film en reste là: incommunicabilité des êtres, échec de l'intégration, collision d'un habitus quartier difficile sur le mur bourgeois de l'Education Nationale.

Confrontée à la même situation, dans La Journée de la Jupe, Adjani va entreprendre un geste fou pour débloquer la situation. Droite dans ses bottes, femme dans sa jupe, prof dans sa tête, elle dégaine. Non, elle n'ôte pas sa gaine (film tout public). Elle braque son flingue sur la classe. La classe ! Et elle parvient à parler de Molière. L'écoute devient nécessaire, obligatoire, vitale. Le film est une réussite. Les acteurs sonnent juste, l'humour se faufile tout au long du film, notamment grâce à Jackie Berroyer qui incarne Le Principal du collège, pas à la hauteur.
Conclusion: on y court, si on trouve un cinéma qui le passe. Sinon on attend la redif d'Arte. Pour les plus courageux d'entre vous qui ne craignez pas de vous attirer les foudres ni la fougue de la belle Christine Al-Banel... téléchargez! (légalement of course).

samedi 11 avril 2009

Frost/Nixon Vs. Harvey Milk Vs. Il Divo



Trois films politiques, dans trois genres différents.
En toile de fond les années 70, les médias, la télé, le fric (eh oui, à l'époque y'en avait)

Harvey Milk (1930-1978) montre la lutte d’un idéaliste fer-de-lance pour défendre la cause homosexuelle sur un échiquier politique qui se contrefiche de cette question.
Il Divo montre les combines et l’isolement de Giulio Andreotti (1919) à la tête d’un grand parti politique italien dans un pays où les alliances politiques sont friables et où la mafia corrompt.
Frost/Nixon est le post-scriptum de l’affaire du Watergate. C’est la postface d’un homme politique brillant qui a tout perdu. L’histoire de l’interview télévisée la plus regardée au monde : Richard Nixon (1913-1994) 3 ans après sa démission.

L’ascension, la gestion, la déchéance. Trois dynamiques passionnantes à observer.

Incontestablement, le meilleur des trois est Il Divo, alors que les personnages, le contexte et les thèmes abordés sont ceux qui, a priori, m’attiraient le moins. La réalisation de Paolo Sorrentino est magistrale, chaque plan est un feu d'artifice.

Les trois films ont été peu distribués. A eux tous, ils font moins d'entrées qu'une seule journée d'exploitation de Coco...

jeudi 2 avril 2009

Les Noces Rebelles

(Titre original: Revolutionary Road)


MAGIQUES dans l’historique et tragique Titanic, les deux Romantiques sont pour toujours les amants mythiques de l’Atlantique.
Belle-Kate et Beau-Léo… ça coule de source. C’est beau comme le rire d’un enfant sous le vent.
Les amants en croisière s’amusent.
Amour bercé par l’océan.
Amour parfait parce que pureté immaculée, comme ce diamant… «Cœur de l’Océan»

Mais finalement, cette grande épopée n’est-elle pas que la partie émergée de l’iceberg ?

Les Noces rebelles est une plongée en eau trouble. Il s'agit plus de faire mumuse sur un paquebot en écoutant du Céline Dion cheveux au vent à toute baltringue sur la proue. Non, là il s'agit de vivre. On entre dans le quotidien. Mortel?
Belle-Kate retrouve pour la première fois son amoureux depuis que Beau-Léo a piqué du nez par -15°. Et Kate est belle, oui. Belle et rebelle. Ce qui est toujours mieux que moche et remoche, tout le monde en conviendra. Mais Beau-Léo, lui, il n’est pas si rebelle que ça.

Explications.
Ils sont en couple tous les deux. C’est l’après-guerre. Ils sont jeunes. Ils ont le pavillon dans la banlieue pavillonnaire. Ils ont deux beaux enfants que Kate élève pendant que Léo est au bureau. Et alors ? C’est ça le bonheur ? Recevoir les voisins de temps en temps, sortir dans le seul bar du coin ?
Kate rêve de Paris. Léo finit par s'en convaincre. Ils veulent vivre. Bien sûr ça comporte risque, danger, incertitude. Mais quelle aventure! Traverser l’Atlantique, en bateau, mais dans l’autre sens cette fois.
Kate enceinte d’un troisième, une promotion proposée à Léo, la société tout entière qui désapprouve le choix des deux tourtereaux. On peut toujours trouver mille raisons pour ne rien entreprendre.

Il est où le bonheur ? Cette vie que propose le rêve américain n’est-elle pas que « hopeless emptiness », à la fois néant et sans-espoir ? Dans cette banlieue tranquille, océan de conformisme où se s'est abîmé le jeune couple, seul l'idiot du village voit clair :
« Plenty of people are on to the emptiness. But it takes real guts to see the hopelessness ».

Film sombre, aride, antithèse de Titanic finalement.
Titanic II, les amants de l’Atlantique plongés dans le quotidien de l’American way of life.


Concluons en 4 temps :
Le Premier temps c’est Carpe Diem (parce que ça ne mange pas de pain)
Pierre de Ronsart : « Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie »
Le second c’est Gide dans Les Faux-monnayeurs :
« Dans un instant, j’irai vers mon destin.
Quel beau mot : L’aventure ! Ce qui doit advenir. Tout le surprenant qui m’attend. »
Le troisième c’est George Burns, qui, lui, a trop attendu :
« Je suis à cet âge où le simple fait d’arriver à mettre un cigare dans un fume-cigare est une aventure excitante »
Alors le quatrième temps s’impose, avec René Char dans Rougeur des Matinaux :
« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder ils s’habitueront. »

mardi 10 mars 2009

Slumdog Millionaire



« Un film à voir, et à revoir, en famille »
Je me rappelle, ils disaient ça sur TF1 pour Ciné Dimanche, votre séance du dimanche soir.

Tout ça pour dire que Slumdog Millionnaire est un film à voir et à revoir. Je suis bien conscient d’arriver après la bataille. Les Oscars sont passés avant moi, le bouche-à-oreille aussi. Mais je n’ai réussi à voir ce film qu’à la sixième tentative, tant les salles étaient remplies. D’ailleurs, ça s’est joué à une poignée de secondes, le nombre de places restantes descendait drastiquement quand j’ai finalement atteint le Saint graal de la borne UGC.

C’est réussi de A à Z : jeu d’acteur, décors, photo, musique, montage, etc. L’essentiel reste l’histoire, elle est parfaitement racontée par d’habiles flashbacks. On rit, on pleure. C’est beau, c’est simple. Sincère et généreux. A voir et à revoir.

vendredi 21 novembre 2008

La Vie Moderne

Au début, nous on se moque un peu de ces paysans. Mais Depardon, lui, de ne moque jamais. En toute simplicité il nous prend par la main et nous fait découvrir un autre monde, au fin fond des Cévennes. De ferme en ferme, on découvre ces agriculteurs qui semblent posé là depuis des millénaires. C'est ça qui est beau. Cette permanence du temps, et de l'espace. Tout semble figé. Le vent a beau souffler, les hommes ont beau vieillir, le métier reste le même: manuel, physique, total. Alors quand le neveu prend femme, les vieux oncles font grise mine. Eux sont restés célibataires et voient d'un mauvais oeil cette nouvelle venue qui n'est pas du pays et va mettre la main à la patte. Célibataires, oui, mais pas vieux garçons. Leur amour, ils l'ont donné tout entier à leurs bêtes. Parce que celui qui ne fait que semer, n'exerce pas vraiment le métier d'agriculteur. Il faut des bêtes. Quand une vache tombe malade, on comprend mieux la relations de l'homme à l'animal. On en a presque les larmes aux yeux. Le traitement de ces animaux là n'a pas grand chose à voir avec les plus rentables élevages industriels anonymes et automatiques. Ici, tout semble dur, tout est lutte. Et il y a la langue bien sûr. On parle peu. On parle utile. D'ailleurs on parle à qui? Aux bêtes, au chien qui ramène le troupeau, à soi et aux autres hommes de la ferme. Alors les mots restent dans la bouche et on se comprend par le contexte, l'intonation, le regard. "La Vie moderne". Ce titre interpelle le citadin qui regarde ce spectacle dans une salle sombre, ébahi par les sublimes paysages cévenols. Bien sûr il y a une télé et le téléphone, mais ça ne permet pas un désenclavement. La route qui permet d'en sortir est étroite et semble bien longue. On se sent perdu, tout au fond de l'âme terrienne de la France. S'il ne restait qu'une ferme, ce serait celle-la, enraciné qu'elle est à sa terre. Chacun chemine intérieurement et imagine le mode de vie ses aïeux, sans eau courante ni électricité. Absence totale de loisir, impossibilité de prendre des vacances. "Quel courage" pensons nous, commettant ainsi un anachronisme. A ces gens-la, l'électricité ne pouvait leur manquer puisqu'ils ignoraient qu'elle serait inventer une jour. De même, ignoraient-ils le mode de vie de leurs congénères habitant à plus de 50km à la ronde. Qu'a-t-on en commun avec ces paysans? Guère. Et pourtant il y a quelques générations, ils représentaient la grande majorité de la population. Que de changements en quelque temps. Rappelons nous donc la statistique la plus importante du siècle: depuis 2000, de manière irréversible, et pour la première fois de l'histoire de l'humanité, la population mondiale est majoritairement citadine.

vendredi 30 mai 2008

Ciné: "Un Conte de Noël" d'Arnaud Desplechin


J'avais vu L'Heure d'été, il y a quelques semaines, à l'occasion du printemps du cinéma (3eur., ouf!). Une famille d'aristo en grande angoisse parce que mamie crève et ça engendre une grande question: que faire de la grande baraque paumée au fin fond du 77 et remplie de meubles et de tableaux oh-qu'ils-sont-beaux-oh-qu'ils-sont-chers? Alors les 3 frangin(e)s se crêpent le chignon sur l'héritage et forcément tous ces souvenirs on va pas les vendre, oui mais nous on déménage à Pékin pour mon boulot alors forcément on a besoin de cash, oui mais toi tu nous emmerdes avec ton boulot, oui je t'aime, moi non plus, oui mais maman elle aurait aimé quoi?, et on fait quoi du vase? Oh toi ta gueule... Etc., etc. C'était gentil comme film (avec la binoche, hihi), mais honnêtement un peu... rien à cirer de voir ces gosses de riche étaler leurs petits problèmes à la noix. 

Avec Un Conte de Noël, rien à voir. Certes, le thème est le même: Famille, transmission, relations humaines, questions métaphysiques. Mais c'est différent, ce film est charmant, voire superbe par moment. Peut-être parce que la mère ne crève pas dans le premier quart d'heure aussi. À titre personnel j'ai détesté certains personnages et adoré certains autres (le papi, il est génialissime). En tout cas, j'ai adoré les détester et les adorer. Le film est très riche. Très très riche. Extrêmement riche je dirais même. Parfois drôle. Et toujours juste. Et pourquoi ça? Parce que, chose rare ces temps-ci, les dialogues sont très bien écrits. Et y'a tout le reste. Notamment l'ambiance de Noël qui nous rappelle toujours quelque-chose et qui ressort brillamment sous l'habile réalisation de monsieur le réalisateur dont j'ai oublié le nom.
Pour conclure, et éviter de faire plus long que mon histoire de cheveux... C'est du naturalisme zolien contemporain, mâtiné d'un zeste de folie et d'une pincée d'audace, toujours dans la justesse et souvent dans l'émotion.
Je mets 4****.


http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=126483.html

samedi 10 mai 2008

Ciné: La Dernière Tentation du Christ


Devant l'affiche de la Dernière tentation du Christ, la première tentation du cinéphile, c'est d'entrer: Scorcese, le Christ, David Bowie... Alors on entre et on se fend d'une tirade connue: "bonjour mademoiselle, une entrée pour la Passion du Christ s'il-vous plaît". "Tenez". Ouf. "Vous vouliez dire la Dernière tentation du Christ". Mince. Évidemment... Regards et rire complices. Non, non, ce n'est pas le film de Mel G. Vexé de m'être fait prendre en flagrant délit d'ignorance, je cherche un échappatoire. Ne pouvant rester indéfiniment devant son comptoir, le temps presse. Ahah, j'ai trouvé! Les billets d'entrée n'offrent pas de place suffisante pour que soit inscrit le titre complet du film, je vais pouvoir la coincer. Je la regarde en coin et lui glisse, l'air de rien, "j'espère que je ne vais pas non plus voir 'La dernière tente'". Vlan! Mouchée! Mouhahah. Cela dit... "La dernière tente"... de quoi pourrait bien parler ce film? J'ai d'abord imaginé la crue séculaire qui doit bientôt engloutir Paris. Une des zones les plus touchées serait le 4e arrondissement. On aurait donc un remake du film "Le Pianiste" de Polanski qui se déroulerait cette fois dans le ghetto du Marais où un seul survivant, "la dernière tente", ferait tout pour survivre dans ce quartier sous les eaux. On peut aussi bien imaginer un film d'horreur où serait maudit l'emplacement 38, tout au fond du camping de la Camarde: "bonjours les enfants, vous avez réservé La Dernière tente? bon courage!". Un troisième scénario relaterait l'enfance du petit Théo, orphelin, dont les quatre taties s'étriperaient pour avoir la garde du petit. Seule la dernière tante arrivant à ses fins.

Nous entrons, salle rouge, et prenons place. Finalement nous attendions tous le Messie, même si la salle était majoritairement composée d'athés/agnostiques, peut-être même quelques communistes post-68ards (en ce quarantième anniversaire). Rouges furent la salle, la partie léniniste du public, ainsi que la tronche du Christ sous sa couronne d'épine. Le film a fini par commencer. Ah ça pour commencer y'a pas eu de problème, mais quand il s'est agi de finir y'a plus eu personne. Alors oui, le film a commencé, puis il a duré duré duré. Tout y est, de belles images, d'excellents acteurs, l'histoire d'un homme au destin extraordinaire. Et pourtant ça ne décolle pas. À la rigueur là où ça décolle le plus c'est quand il se colle à sa croix et qu'il prend un peu de hauteur. On pouvait s'attendre à moult effets spéciaux, étant donné le nombre de miracles réalisés, mais bon, ce n'est pas ce qui a intéressé Scorcese qui les traite avec sobriété ou qui les les élude carrément.
Il reste tout de même plusieurs points positifs. Le film n'étant pas prenant, il force le spectateur à se poser des questions pendant 2h44. Questions importantes, puisque la naissance de cet homme marque l'année zéro de notre calendrier, ce n'est quand même pas rien. On ne dit pas "je suis né en 30 avant ma belle soeur, mais en 2000 après JC". Deuxième point positif, David Bowie joue Ponce Pilate avec un accent british. Ca vaut l'os. Toisième point positif, certaines scènes sont remarquables, notamment la crucifixion. Et puis il y a ce fantastique moment ségolénien: "Pardonnez leur...". On aurait aimé la voir la Madonne "socialiste" clouée sur une planche. C'est facile de reprendre des paroles du Christ engoncée dans un tailleur Paule Ka, un Martini à la main.