samedi 11 avril 2009

Frost/Nixon Vs. Harvey Milk Vs. Il Divo



Trois films politiques, dans trois genres différents.
En toile de fond les années 70, les médias, la télé, le fric (eh oui, à l'époque y'en avait)

Harvey Milk (1930-1978) montre la lutte d’un idéaliste fer-de-lance pour défendre la cause homosexuelle sur un échiquier politique qui se contrefiche de cette question.
Il Divo montre les combines et l’isolement de Giulio Andreotti (1919) à la tête d’un grand parti politique italien dans un pays où les alliances politiques sont friables et où la mafia corrompt.
Frost/Nixon est le post-scriptum de l’affaire du Watergate. C’est la postface d’un homme politique brillant qui a tout perdu. L’histoire de l’interview télévisée la plus regardée au monde : Richard Nixon (1913-1994) 3 ans après sa démission.

L’ascension, la gestion, la déchéance. Trois dynamiques passionnantes à observer.

Incontestablement, le meilleur des trois est Il Divo, alors que les personnages, le contexte et les thèmes abordés sont ceux qui, a priori, m’attiraient le moins. La réalisation de Paolo Sorrentino est magistrale, chaque plan est un feu d'artifice.

Les trois films ont été peu distribués. A eux tous, ils font moins d'entrées qu'une seule journée d'exploitation de Coco...

vendredi 10 avril 2009

Le crime de l'Orient-express

Ce diable avait deux ans
Il n'était pas très grand.
Apparence angélique
Esprit machiavélique;
Remonté des enfers
Et ne sachant que faire
Il entra dans un train
Malheur... ce fut le mien !



A la minute où je me suis assis à ma place dans le train il a crié, il a gémi, il a gesticulé. Ce n'est pas dramatique me direz-vous. Certes, non. Le drame absolu, c'est que ma place fut numérotée, comme la sienne et que nous fumes condamnés à nous faire face pour 3 longues heures. Oui! Nous faire face. Ô joie des tables dans les TGV, quelle brillante idée...
SNCF: à nous de vous faire détester le train.

Week end de Pâques oblige, Paris se vidait comme une dinde et chacun rejoignait sa province de coeur, sa province natale, sa province d'adoption. Pour les plus chanceux ladite province regroupait les trois attributs.

Mon malheur à moi tenait en trois lettres: Tom. Sa province à lui était la même que celle de sa mère assise à côté et ne devait pas être bien éloignée de la mienne. D'où le trajet en commun.

Moi: "Grand dieu qu'ai-je fait pour mérité ça? Pourquoi diable hurle-t-il "un train" à chaque fois qu'il en voit un et même quand il n'en voit pas? Pourquoi les coups de pieds? Pourquoi les pleurs? Pourquoi systématiquement tout renverser sur mes affaires? Et surtout, pourquoi est-ce que sa complice de mère est-elle laissée en liberté? N'a-t-elle trouvé rien d'autre pour le calmer qu'un DVD dont tout le monde profite du volume sonore? Pourquoi est-ce qu'elle essuie la table avec la main quand le mioche éternue? Pourquoi est-ce que tout ça l'amuse?"

Lui: "One rule: No rule. Je parle fort si je veux et j'hurle si je veux. Quand je tombe ma mère me relève, la bienveillante. Quand je pleure, elle sèche mes larmes, la brave femme. Personne ne me dit qu'il n'en sera pas toujours ainsi."

Ce qui me gène moi, c'est ce que j'ai pensé. Je le confesse ici. J'ai pensé mal. Très mal. Pour tout dire j'ai voulu prendre la tête du gosse et l'exploser contre le coin cette maudit table qui le séparait de moi. Et quand je dis exploser, c'est bien exploser. J'aurais voulu voir la cervelle dégouliner sur ses affaires à lui. J'aurais voulu voir ses yeux sortir de leur orbite. problème: le code pénal en vigueur dans notre république m'interdit de tels agissements. Même en plaidant la folie, c'est un coup à rester au trou plusieurs décennies.

Ô que ma peine fut grande lorsque le diablotin se tut une minute, celle-là même où le contrôleur vint vérifier nos billets. le silence du garnement lui valut un compliment de l'agent SNCF: "Mais qu'il est sage ce petit"... J'ai cru me mettre à pleurer. Mais les larmes ont coulé à l'intérieur. J'ai gardé la face. On a continué de me prendre pour quelqu'un de fort. Oui, car c'est le reste de la rame qui se tapait les cuisses. Ils étaient trop contents de n'être pas à ma place, les chiens. Je n'ai eu de cesse d'envisager passer le reste du trajet dans le wagon bar, sur un tabouret raide comme la justice. Mais j'ai tenu à faire front et à profiter de la mousse de mon fauteuil jusqu'à la fin. Après tout, n'avais-je pas payé 70euros ce billet?

Mais à quel prix! Au prix de ma bonne santé mentale. Voilà que j'ai envie de vomir maintenant. Le petit joue aux voitures. Y'a même un camion de pompiers et des avions. Lorsqu'il a sorti son camion citerne, j'ai vite compris qu'il fallait que je passe aux toilettes. La tentation de le lui faire bouffer était trop forte.

Dernier stratagème, dernier rempart contre l'ennemi qui souhaite mon anéantissement total: l'ironie. Alors que j'étais en train de lire les Fragments d'un discours amoureux*, je me suis décidé à changer de bouquin. C'est qu'une question me taraude depuis des mois et des mois. Philosophie Magazine y consacre un numéro spécial: "Pourquoi fait-on des enfants?".

Débat à suivre.


*de Roland barthes

jeudi 2 avril 2009

Les Noces Rebelles

(Titre original: Revolutionary Road)


MAGIQUES dans l’historique et tragique Titanic, les deux Romantiques sont pour toujours les amants mythiques de l’Atlantique.
Belle-Kate et Beau-Léo… ça coule de source. C’est beau comme le rire d’un enfant sous le vent.
Les amants en croisière s’amusent.
Amour bercé par l’océan.
Amour parfait parce que pureté immaculée, comme ce diamant… «Cœur de l’Océan»

Mais finalement, cette grande épopée n’est-elle pas que la partie émergée de l’iceberg ?

Les Noces rebelles est une plongée en eau trouble. Il s'agit plus de faire mumuse sur un paquebot en écoutant du Céline Dion cheveux au vent à toute baltringue sur la proue. Non, là il s'agit de vivre. On entre dans le quotidien. Mortel?
Belle-Kate retrouve pour la première fois son amoureux depuis que Beau-Léo a piqué du nez par -15°. Et Kate est belle, oui. Belle et rebelle. Ce qui est toujours mieux que moche et remoche, tout le monde en conviendra. Mais Beau-Léo, lui, il n’est pas si rebelle que ça.

Explications.
Ils sont en couple tous les deux. C’est l’après-guerre. Ils sont jeunes. Ils ont le pavillon dans la banlieue pavillonnaire. Ils ont deux beaux enfants que Kate élève pendant que Léo est au bureau. Et alors ? C’est ça le bonheur ? Recevoir les voisins de temps en temps, sortir dans le seul bar du coin ?
Kate rêve de Paris. Léo finit par s'en convaincre. Ils veulent vivre. Bien sûr ça comporte risque, danger, incertitude. Mais quelle aventure! Traverser l’Atlantique, en bateau, mais dans l’autre sens cette fois.
Kate enceinte d’un troisième, une promotion proposée à Léo, la société tout entière qui désapprouve le choix des deux tourtereaux. On peut toujours trouver mille raisons pour ne rien entreprendre.

Il est où le bonheur ? Cette vie que propose le rêve américain n’est-elle pas que « hopeless emptiness », à la fois néant et sans-espoir ? Dans cette banlieue tranquille, océan de conformisme où se s'est abîmé le jeune couple, seul l'idiot du village voit clair :
« Plenty of people are on to the emptiness. But it takes real guts to see the hopelessness ».

Film sombre, aride, antithèse de Titanic finalement.
Titanic II, les amants de l’Atlantique plongés dans le quotidien de l’American way of life.


Concluons en 4 temps :
Le Premier temps c’est Carpe Diem (parce que ça ne mange pas de pain)
Pierre de Ronsart : « Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie »
Le second c’est Gide dans Les Faux-monnayeurs :
« Dans un instant, j’irai vers mon destin.
Quel beau mot : L’aventure ! Ce qui doit advenir. Tout le surprenant qui m’attend. »
Le troisième c’est George Burns, qui, lui, a trop attendu :
« Je suis à cet âge où le simple fait d’arriver à mettre un cigare dans un fume-cigare est une aventure excitante »
Alors le quatrième temps s’impose, avec René Char dans Rougeur des Matinaux :
« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder ils s’habitueront. »

lundi 16 mars 2009

L'affaire du trou

Au risque de paraître vieux jeu, vieille école, old school, et tutti quanti , je vous livre cette confidence. Je ne mange la salade verte qu'accompagnée d'un morceau de pain. C'est comme ça. Ca éponge ou je ne sais pas. Mais je préfère. Eh puis le pain, c'est bien. Le rompre, c'est perpétuer un geste christique, le manger c'est saluer un rite ancestral, c'est soutenir le commerce de proximité, c'est encourager la France qui se lève tôt.

Or, au menu de ce soir, salade verte; c'était décidé de longue date. Les lundis soir c'est salade verte. Comme dit l'adage: "salade, jamais malade". Pour pouvoir la manger dans de bonnes conditions, il fallait donc que je prisse les devants.
Direction la boulange. Petite attente. Bien sûr on apprend qu'il n'y a plus de saison. Que la maison ne prend plus les chèques (m'enfin moi je me demande si une fois dans sa vie la maison les as pris nos putains de chèques). On apprend aussi que quand on les fait tomber, les pièces ne repoussent pas. Que dix centimes qui nous font vingt. Que la petite a grandi. Que la vieille a rapetissé. Que le temps passe. Que l'eau ça mouille et que le feu ça brûle.

Rapidement, ce fut mon tour. À croire que le temps passe vite, en effet. Je cède à mon tour aux courtoisies d'usage. Et puis nous en arrivons rapidement à la question de savoir ce qui m'a amené jusqu'ici. Cette question est fort légitime, il y a des tonnes de produits différents dans cette boutique !

La question se pose en ces termes: "Qu'est-ce qu'il lui aurait fallu?". Mieux que le tutoiement, encore plus distingué que le vouvoiement, la troisième personne du singulier. Magnifique mise à distance. Mais ce qui impressionne, c'est surtout l'usage impeccable du conditionnel passé première forme.

C'est donc à moi de répondre. Mais là, blocage total. Trou noir. Il est vrai que je ne prends pas une vulgaire baguette ou un traditionnel pain de campagne. Ca, ça aurait été trop facile. Non, je prends le truc que toutes les personnes habitant seules prennent. Comment est-ce qu'on appelle ça? Je reste un long moment muet face au regard médusé du boulanger m'observant buter sur une réponse aussi simple et prévisible. L'envie me prend de commander un produit quasi-similaire et dont je connais le nom, à savoir la demi-baguette. Je ne tombe pas dans la facilité. Avec toutes les peines du monde, je parviens à trouver un synonyme que j'hurle dans la demi seconde: "une flûte".
Livide le boulanger m'indique que l'on n'est pas à la salle Pleyel ici.
Moi: "Mince, c'est pas ça, alors...
Lui: _ Bon eh bien je vous file une ficelle, comme tous les jours
Moi: _Exactement, c'est tout à fait ça"
(et pourtant on n'est pas dans une cordonnerie).

Morale de l'histoire:
1/ J'aurais dû me contenter d'un "la même chose que d'habitude" au lieu de vouloir faire le malin.
2/ Il est toujours plus valorisant de buter sur des mots compliqués que sur des banalités. Prendre un air pénétré, et laisser un blanc de 20 secondes pour annoncer "ficelle", c'est moche.

mardi 10 mars 2009

Un neuf plus un zéro

18h00. Téléphone. Vélib. Cap sur la maison. Pédale pédale. Intersection en croix. Je prends à droite. Le feu passera au vert 1/2 seconde après que j'ai coupé la ligne d'effets des feux. Direction la casa. Pédale, pédale. Pin-pon-pin-pon. 4 policiers nationaux dans leur citroën... Je suis dans de beaux draps.

Lui: Stationez sur le trottoir.
Moi (intérieurement): Bah vas-y fais moi commettre une infraction supplémentaire, j'adore faire de gros chèques.
Lui: Bonjour.
Moi (intérieurement): Ta gueule !
Lui: Papiers du véhicule, siouplé. Heu non excusez-moi, vous êtes en deux roues.
Moi (intérieurement): Oui je suis pas en tricycles patate.
Lui: Pièce d'identité, siouplé.
Moi (intérieurement): ...
Lui: Êtes-vous conscient d'avoir commis une infraction?
Moi (intérieurement): J'ai vendu ma conscience au diable, lorsque j'ai voté Chirac en 2002.
Lui: Le feu était rouge.
Moi (intérieurement): j'ai le sentiment que cette banale histoire chromatique va me coûter cher. Rouge, vert, orange... Après tout un rouge quasi fini est un vert pâle, non?
Lui: Attendez là.

Attente, attente. Mon pauvre vélib, par dessus le marché, arrivera à destination au delà des 30 minutes réglementaires, et donc avec une pénalité de retard. Il revint. Son papier était tout griffonné. C'était mort.

Lui: Ce n'est pas parce que vous êtes en cycle qu'il faut faire n'importe quoi.
Moi (intérieurement): Cycle, cycle... j'vais t'en mettre, moi. Aux Etats-Unis on peut tourner à droite même au feu rouge banane.
Lui: Heureusement que vous n'étiez pas en voiture, sinon c'était 6 points en moins.
Moi (intérieurement): Écoute connasse, avec des "si" on met Paris en bouteille. Et en bagnole je conduis pas pareil, y'a des clignotants et des vitesses, c'est tout un autre concept.
Lui: Oui donc voilà, ça fera 90eur.
Moi (intérieurement): 13h de travail, normal.
Lui: Bien sûr, c'est le même tarif que pour une contravention auto. Alors certes vous ne risquez pas de causer de dommage à autrui, mais vous risquez de vous en causer à vous-même.
Moi (intérieurement): C'est la meilleure ça! Ils me font lâcher 10 sacs pour me protéger contre moi-même. Dans leur logique quelqu'un qui tente de se pendre et se loupe, il paye une amende de combien?

J'ai roulé rue saint Honoré, jusqu'à chez moi. Je ne sais même pas ce que je lui ai dit au final. Je ne me rappelle que mes bougonnements intérieurs.

Slumdog Millionaire



« Un film à voir, et à revoir, en famille »
Je me rappelle, ils disaient ça sur TF1 pour Ciné Dimanche, votre séance du dimanche soir.

Tout ça pour dire que Slumdog Millionnaire est un film à voir et à revoir. Je suis bien conscient d’arriver après la bataille. Les Oscars sont passés avant moi, le bouche-à-oreille aussi. Mais je n’ai réussi à voir ce film qu’à la sixième tentative, tant les salles étaient remplies. D’ailleurs, ça s’est joué à une poignée de secondes, le nombre de places restantes descendait drastiquement quand j’ai finalement atteint le Saint graal de la borne UGC.

C’est réussi de A à Z : jeu d’acteur, décors, photo, musique, montage, etc. L’essentiel reste l’histoire, elle est parfaitement racontée par d’habiles flashbacks. On rit, on pleure. C’est beau, c’est simple. Sincère et généreux. A voir et à revoir.