mardi 24 mai 2011

DSK sorti, Fabius se montrera courtois et cèdera sa place à Aubry. À moins qu’il ne lise cet article…

La politique est une course de chevaux

La politique n’est pas censée être une course de chevaux. C’est censé être des projets et des idées (les bonnes si possible). Mais en approuvant l’inversion du calendrier et le quinquennat, les Français ont choisi la course de chevaux tous les cinq ans. Laquelle course, dure à chaque fois presque deux ans. Évidemment, ça excite les journalistes, ça fait parler dans les chaumières et ça enflamme les cafés du commerce. Il est bien plus facile de livrer ses impressions sur tel ou tel animal politique plutôt que de débattre des modalités de réduction de la dette publique. Soit. Vox populi vox dei. L’élection présidentielle est la conquête par un homme d’un peuple (romantique). J’écris romantique ici parce que les Français sont comme les autres, en politique comme en amour, ils aiment rêver, vibrer, s’aveugler pendant une campagne électorale et croire aux lendemains qui chantent. Un an ou deux après, soûlé d’un président gesticulateur et hyper-télévisé, ils regrettent amèrement les conséquences d’un amour d’été. On tombe amoureux d’une personne, pas d’une idée.

Du coup dans ce post, il ne sera pas question d’idées, il sera question de la course de cheval.

Merde.


DSK était le poulain du PS

Je dis cette chose ici, parce qu’elle n’a pas une seule fois été dite en plus d’une semaine d’hystérie médiatique autour de l’affaire DSK. L’ancien Président du FMI était bel et bien le candidat socialiste prévu pour 2012. Ni lui, ni ses amis de Solférino, ni personne ne l’a dit et pourtant c’est une vérité qu’il faut dire pour avancer. De nombreux barons strauss-khaniens préparaient l’atterrissage de leur poulain en territoire français en vue de la primaire socialiste et de la campagne pour la présidentielle qui s’ensuivrait. (Pardonnez mes métaphores, un poulain n’atterrit pas). L’atterrissage n’a pas eu lieu puisque le poulain s’est pris les pieds dans le tapis à New York. S’il est reconnu coupable, c’est attroce. S’il est reconnu non-couplable, c’est attroce aussi (parce que le jugement qui l’innocente arrivera trop tard). Du coup, c’est attroce dans tous les cas.

Merde.


Le PS bascule dans l’après-DSK.

Entre 2007 et 2011, DSK a été le seul ténor socialiste à n’avoir pu s’exprimer sur absolument aucun sujet de politique nationale. Son statut au FMI lui interdisait. En dépit de cela (ou peut-être grâce à cela) il est progressivement apparu comme le candidat naturel du PS. C’est bien d’être un candidat naturel, ça facilite les choses. Mitterrand l’était, pour des raisons historiques, et il a fini par gagner (deux fois). Royal ne l’était pas, elle était une bulle spéculative de sondages, et elle n’a pas gagné, puis elle a explosé (en vol).

DSK était le candidat naturel. D’ailleurs, Martine Aubry, Laurent Fabius et lui avait conclu un « Pacte de Marakech » afin d’assurer la victoire du poulain. Le poulain est coincé dans un appartement new-yorkais sous vidéosurveillance en attendant son jugement. Le PS bascule dans l’après-DSK, alors même que DSK… n’a jamais été présent… et ne s’est jamais déclaré candidat. Drôle de paradoxe ! En tout cas, quelle occasion manquée...

Merde.


Parenthèse sur un parallèle d’actes manqués : 1995 et 2012

Présidentielle 1995 : À 7 sur 7, au micro d’Anne Sinclair (femme de DSK déjà à l’époque), Jacques Delors (père de Martine Aubry déjà à l’époque) annonce qu’il est trop honnête pour être le candidat socialiste. Le PS sait qu’il perd son unique occasion de gagner.

Présidentielle 2012 : DSK (mari d’Anne Sinclair) est incarcéré à New York et poursuivi pour tentative de viol. Sa femme l’y rejoint. Face à ce deuxième acte manqué, Martine Aubry (fille de Jacques Delors) déclare être prête à « prendre ses responsabilités », contrairement à son père 17 ans avant elle. La boucle est bouclée.


Après-DSK : les poulains déclarés

(Je vous les présente en crescendo)

- Manuel valls : Il s’était déclaré il y a des plombes : en juin 2009 ! Il fut le premier. Puis il avait retiré sa candidature en attendant que DSK se prononce. Après l’incarcération du poulain à New York il a évoqué l’idée de mettre entre parenthèse les primaires. Puis a appelé à laisser passer du temps: « Le temps de la décence » (sic). Sept jours après il annonce sa candidature. Conclusion : la décence dure 7 jours. (Aucune expérience ministérielle).

- Arnaud Montebourg : Il s’est déclaré depuis des plombes ; ce qui a obligé sa concubine (Audrey Pulvar) à démissionner, faisant hurler les féministes. Son conflit ouvert avec la fédération des Bouches-du-Rhône joue en sa défaveur pour l’instant. Il donne l’impression de vouloir laver le linge sale socialiste en public et apparaît comme un délateur plutôt qu’un justicier au grand coeur. Son élocution aristocratique l’empêche d’être perçu comme socialiste, ce qui est génant. (Aucune expérience ministérielle).

- Ségolène Royal : Elle s’est déclarée depuis des plombes mais ne décolle pas dans les sondages. La leçon 2007 a été tirée. Chat socialiste échaudé craint l’eau froide et les nuages de fumée --> Out !

- François Hollande : Numéro 1 des sondages qu’il dit ne pas lire tout en les commentant. Il se pose en « candidat normal ». Les français oublient qu’il est énarque et qu’il n’a pas d’expérience ministérielle. Ils retiennent le corrézien (d’adoption) et y voient un retour aux choses simples, façon Chirac, mais de gauche. Au sein de son parti qu’il a dirigé 10 ans, il est perçu comme un mec bien, un type qui a de l’humour et qui est fidèle en amitié. Pour autant certains barons moquent son manque supposé de charisme ; lorsqu’on les questionne sur l’éventualité qu’il accède à l’Élysée ils disent : « Non mais sérieusement, c’est une plaisanterie, vous n’y pensez pas ». La direction du parti ne soutient pas sa candidature et cherche à lui opposer un candidat labélisé TSH (tout sauf Hollande). La rancœur envers Hollande remonte au temps où il dirigeait le parti (… long story). Paradoxe : Rappelons que c’est l’actuelle direction a gagné le congrès de Reims (2008) grâce à une fusion de 3 motions de poids égal contre une quatrième, selon un principe TSS : Tout Sauf... Ségolène.

Merde.


Après-DSK : Quel candidat adoubé par la direction du PS ?

Après le TSS, voici venu le temps du TSH. Notons ici la misogynie de ces acronymes puisque S.Royal est appelée par son prénom, contrairement à son ex-mari. L’égalité homme-femme voudrait que l’on écrive, et ce serait plus drôle, non pas TSH, mais TSF (allô radio Londres ?)

Bref, je rappelle que la direction du PS n’a pas encore désigné son poulain. Cette direction est issue de la fusion des motions de : Aubry/Fabius + Hamon (gauche gauche) + Delanoë/Hollande (jospinistes). Martine Aubry s’est retrouvée à la tête du PS un peu par hasard, héraut du TSS tout en n’étant pas une menace pour 2012. Alors quel poulain ?

- Aubry ?

Pas une menace pour 2012… ça c’est ce que tout le monde croyait. Mais le temps a fait son œuvre. Aujourd’hui DSK est out. Et depuis 3 ans, elle a conquis une forme de respectabilité et de crédibilité au sein du parti en accomplissant la sacrosainte rénovation. Dimanche 22 mai à 13h, exactement une semaine après l’affaire du Sofitel, elle affirme face caméra au JT de France 2 (service public) qu’elle « prendra ses responsabilités ». Martine Aubry est clairement identifiée à gauche. Elle apparaît comme une personne indécise ayant une grande ambition collective, mais peu d’ambition personnelle. Rappelons que l’élection présidentielle est une course cheval, pas un match de foot (d’ailleurs, au ballon rond… 2011: année lilloise).

- Delanoë ?

Non, ce ne sera pas lui. Pourtant il a de grandes qualités : un des plus hauts taux de popularité au PS, excellent tribun, fin tacticien… Ce ne sera pas lui car il ne candidatera pas. Le maire de Paris est vexé de n’être pas devenu premier secrétaire du PS en 2008. Il s’y voyait déjà. Du coup il a jeté toutes ses forces dans Paris qu’il se plaît à administrer jusqu’en 2014 (il ne se représentera pas). Sans expérience ministérielle, il apporte à Martine Aubry un soutien fervent.

- Fabius ?

Du trio signataire du pacte de Marakech, il se place eu deuxième roue de secours. Il ira si et seulement si DSK n’y va pas (ça semble acquis) et si Martine n’y va pas (ça c’est moins sûr). Du coup il n’ira vraisemblablement pas. Et c’est dommage. On peut louer son sens du collectif et sa volonté d’éviter la foire d’empoigne, pour le bien de sa famille politique. Pourtant il a toutes les qualités pour le poste : 1. Son expérience et sa compétence en font un candidat crédible (il est un des rares socialistes à s’exprimer régulièrement dans les grands médias sur tous les sujets) ; 2. il a le charisme et la hauteur de vue lui permettant de rassembler à gauche et de créer un mouvement vers la victoire ; 3. il a l’envie. Par conséquent, il est en droit de prétendre au poste. Il y renonce. C’est un sacrifice. Il l’a encore répété ce soir sur le plateau du JT de TF1 : « ce n’est pas d’actualité »… Grrr… Bref, du coup, son lot de consolation sera probablement le ministère des Affaires étrangères en cas de victoire.

Je suis persuadé qu’il pense à l’Élysée tous les jours depuis 1984, année où il devint Premier ministre (qui est aussi mon année de naissance). Il y pense tous les jours, mais l’affaire du sang contaminé l’empêche. Aux yeux de la justice il est innocent. Mais la procédure a laissé des taces dans l’opinion. C’est regrettable, mais c’est ainsi. Il subit une condmnation morale : celle d’errer dans les limbes des sondages. Attention, les sondages ne font pas l’élection, on sait ça, les exemples regorgent ! Fabius est un homme intelligent, il sait tout ça. Pourtant, il estime que Martine est mieux placée que lui, alors il la soutient. Je ne partage pas ce jugement. Mais cela relève de l’intime conviction. Et à ceux qui me parlent d’age, je leur dirai qu’il est né 2 ans et 8 mois avant DSK… tu parles d’une affaire…


Conclusion : Veillée aux flambeaux

Aux primaires, on s’avance vers une course Hollande (hors parti) Vs. Aubry (dans le parti). Le tout parasité par les candidats annexes qui manquent de sérieux et qui ne se maintiennent que pour gagner en taux de notoriété et pour monnayer leur ralliement à l’un ou l’autre.

Depuis l’avènement de la Ve République en 1958, un seul socialiste (F.Mitterrand) a réussi à gagner une élection présidentielle (deux). Sa dernière victoire remonte à 1988 ; c’est vieux 1988, presque aussi vieux que moi... Je voudrais rappeler ici qu’en 2007 l’élection était imperdable face au numéro deux du gouvernement sortant. Et pourtant Royal était parvenu à mettre un terme à 28 ans d’alternance systématique au moment où la gauche allait bénéficier de cet effet de balancier. En 2012 c'est archi-gagnable pour la gauche : Sarkozy devra rendre compte de l’échec de dix années de politique sécuritaire (il était ministre de l’Intérieur en 2002) et de cinq années d’une Présidence bling-bling raplapla où ses paroles de refonte du capitalisme mondial n’ont fait que souffler du vent dans les focs des voiliers de ses amis milliardaires.

Le flambeau de la victoire est aux pieds des socialistes. À l’un d’entre eux de s’en saisir et de montrer le chemin (lyrisme quand tu nous tiens…) Avant de confirmer son sacrifice sur l’autel du jeu collectif, Laurent Fabius devrait lire mon blog et réfléchir encore un peu…

mardi 8 février 2011

Victoires de la musique 2010...................... VOTEZ Lilly Wood & The Prick

Hier, ils ont commencé leur concert à la Cigale par leur titre le plus aérien: "Hymn To My Invisible Friend". Progressivement, au fil de la chanson, la lumière s'est faite sur la scène dévoilant nos deux Invisible Friends qui se sont mus en Invicible Friends (titre de leur album). Ah! qu'ils semblaient heureux d'être dans cette salle mythique pour cette date qui affiche complet depuis des mois ! Parce qu'ils ont du talent, ils ont communiqué leur énergie au public qui le leur a bien rendu. Ca s'appelle l'échange et c'est beau. Sur scène ils ont joué leur (premier) album en totalité. La version studio est une réussite. La version live, plus rock, séduit tout autant, voire plus.
...
Voilà pourquoi, avant mercredi 20h00, il faut VOTER Lilly Wood & The Prick.
C'est EUX la révélation 2010.
...
1° Ils créent une musique d'un genre nouveau, un genre inclassable; contrairement au réchauffé monocolore que produit le reste de la chanson française. Sans s'enfermer dans une chapelle, Lilly Wood & The Prick réussit à jongler avec les genres: folk, rock, électro, pop. Nul besoin de les ranger, ils ne souffrent pas le rangement. Chaque chanson apporte son grain de sel. Quel régal !
2° La voix de Nili vient toucher l'auditeur dans un coin de son coeur dont il ignorait l'existence. Elle suscite l'émotion, le frisson. Isn't this what music is for ?
3° Toutes les chansons sont réussies. Toutes. Absolument toutes. Celle que j'ai entendu en premier et qui est ma préférée de l'album, c'est "My Best": c'est frais, c'est fort, c'est tonique, ça bouge, ça donne envie de danser et donc de vivre.
4° Ils sont libres.
5° Ils sont un groupe: 1+1. Et ça c'est beau. C'est rare. Depuis le temps qu'on attend un groupe de cette qualité, en France...

Conclusion:
Regardez ce clip, aimez et votez ICI

mardi 11 janvier 2011

Ennuyeux "Somewhere" de Sofia Coppola

Dans Somewhere, le dernier film de Sofia Coppola, Stephen Dorff est everywhere mais il conduit le spectateur… nowhere.

Johnny Marco, superstar hollywoodienne en proie aux longs ennuis… habite une chambre d’hôtel à LA, a une Ferrari bling-bling, a momentanément la garde de sa fille, mais s’ennuie jusqu’à la fin du film où il arrête sa voiture sur l’autoroute et s’en va à pied. Une fois cette phrase écrite, je n’ai plus rien à ajouter concernant le scénario, tant celui-ci est vide. À cela s’ajoute des dialogues piteux, voire énervants de bêtises. Ce Johnny a tout du regular guy, aussi la langue anglaise apparaît dans sa connerie la plus plate. On pourrait penser qu’il nous reste les silences pour contempler l’esthétique cinématographique de Sofia Coppola. Eh bien ! même pas. Le film est visuellement pauvre ; il enchaîne les clichés nauséeux, sans créativité, caricaturaux. Les plans sont fixes, longs, inélégants... L’image ne sert aucun propos et n’a pas la profondeur minimale qui autorise un film minimaliste à dire, tout de même, une ou deux choses de temps en temps. Au final, une heure trente paraissent longues, un comble !

Les plans traînent en longueur à l’image de la première scène du film :la caméra, fixe, filme un bout de circuit où une Ferrari fait une demi-douzaine de tours, et ça dure, dure, dure… c’est interminable. On s’ennuie. Plus tard on verra en plan fixe l’intégralité d’un spectacle de strip-tease mené par deux filles amateurs dans la chambre d’hôtel d’un Johnny qui s’ennuie autant que nous. Puis on verra un autre spectale de strip tease (filles grimées en tenniswomen) au même endroit, selon le même plan, provocant une réaction moins ennuyée de Johnny, mais qui ne nous amuse pas vraiment plus. Puis on verra le même Johnny, assis dans les tribunes d’une patinoire déserte pianotant son blackberry et regardant sa fille, réaliser son programme long (très long) sur la musique de Gwen Stefani : « Cool », (pas cool). Puis il s’ennuira en jouant à la wii, en baisant des meufs, en voiture, en hélico, bref… partout et tout le temps !

Il y a trois choses à sauver dans ce film : La photo clair-obscur façon Boy-A, la petite Elle Fanning qui joue adroitement Cleo et les deux chansons de Phoenix, l’une au début, l’autre… à la fin.

En revanche l’acteur principal, Stephen Dorff, est décevant et ça… c’est ballot. On était en droit d’attendre beaucoup de ce garçon au large front, aux lèvres fines et sévères, et au physique athlétique. Il avait tout pour camper la superstar hollywoodienne qu’il est censé incarner dans le film. Tout ? Non. Il lui manque l’essentiel : le charisme, le charme, le magnétisme et pourquoi pas la grâce. Ce qui est dommage parce qu’il apparaît à chaque plan et il nous campe le même visage inexpressif de chien perdu, même lors de ses apparitions publiques auprès des journalistes... Des hommes qui s’ennuient et qui recherchent du sens, il y en a à foison dans le cinéma contemporain : Lost in translation (Bill Murray dirigé par S.Coppola), L’homme qui voulait vivre sa vie (Romain Duris dirigé par E.Lartigau) et The Barber (Billy Bob Thorton dirigé par les frères Coen), et ces trois comédiens ont un visage qui dit quelque chose,bordel.

Là on a une réalisatrice qui n’a rien à dire, et un comédien qui est incapable de le dire. Dès lors ce film sur l’ennui n’est plus qu’une mise en abîme de notre propre ennui.

Pâle récompense.

mardi 5 octobre 2010

Yves Saint Laurent – Pierre Bergé , L’Amour fou




C’est marrant quand j’y pense, parce qu’en allant au cinéma voir ce documentaire, j’ai dû emprunter la rue Berger. Du nom d’un sombre préfet de Seine de la IIe République et non pas en référence à Michel Berger. Bref, tout ça pour dire que dans ce documentaire c’est de Pierre Bergé qu’il est question, de son union avec YSL. Enfin c’est ce que laissait entendre le titre qui avait retenu mon attention et titillé ma curiosité : « L’Amour fou ». Or le film est peu éclairant à cet égard. C’est ce qui m’a posé problème. Si le film choisit de ne pas privilégier le travail d’YSL, alors qu’au moins il explore en profondeur sa liaison avec P.Bergé et toutes ses conséquences… Las.

Le film s’ouvre sur l’émouvant discours d’YSL lors de sa conférence de presse d’adieu au métier de grand couturier qu’il exerça 45 ans avec génie. Déjà malade, on le voit lire un texte très beau, expliquant son choix devant un parterre de journalistes frémissants et d’appareils photos hurlant. Derrière ses épaisses lunettes, il garde la tête baissée sur ses notes qu’il dit avec émotion. Quelques secondes avant la fin de son intervention il se redresse et, à la lumière des flashs, son regard transperce la caméra. À cet instant, l’on comprend tout. La timidité maladive. L’extrême humilité. La mélancholie. La solitude. Et le génie artistique : YSL compte parmi ceux qui on le mieux compris leur époque, tout en étant incapable de s’y sentir bien. Ça veut bien dire quelque chose ça. En 2002, il décide d’arrêter parce que la mode a changé, et il ne s’y reconnais plus. C’est ce qu’on appelle être entier. À ce sujet, ce que dit Bergé est intéressant ; il cite O.Wilde : « Avant Turner, il n’ avait pas de brouillard à Londres », pour dire que les artistes voient avec clairvoyance ce qui reste invisible à nos yeux. D’où leur solitude. Aussi, YSL dit de lui-même en riant qu’il est né avec une dépression. De toute façon je crois qu’il était maniaco-dépressif, alors il n’avait pas bien tort en disant cela. Et cette extrême timidité… que c’est touchant. On le voit donner une interview à 21 ans, alors qu’il a réalisé son premier défilé pour la maison Christian Dior dont il reprit les rennes après la mort de son maître. Le journaliste lui demande s’il est content de cette création, il répond oui. Puis le journaliste lui demande combien de personnes sont chargées de dessiner les modèles présentés. Il répond « une seule » en baissant les yeux puis garde le silence. Et le journaliste de conclure : « et c’est vous ». Il regrettera plus tard de n’avoir pas eu l’insouciance de ses 20 ans, d’avoir eu trop de responsabilité trop tôt. C’est la rançon de la gloire… se voir confier à 21 ans la succession de la maison Dior, qui était la plus renommée à l’époque…

Le film se fonde quasi exclusivement sur le témoignage de P.Bergé qui accorde une large importance aux lieux, aux objets, etc. Du coup à aucun moment il n’éclaire le titre « L’Amour fou »… On a les détails de leur collection. On a les maisons de vacances. Mais on ne sait pas pourquoi ils se sont plu l’un l’autre, ni pourquoi ça a duré… Ou alors quelques bribes éparses. D’ailleurs, on trouve très peu de vidéos où apparait YSL. Il y a beaucoup de photos en revanche, mais ce n’est pas encore assez. Pour ce qui est du détail de leur maison au Maroc, on est servi… Le tout dans une image dont la qualité n’est pas excellente : entre la caméra DV et la caméra professionnelle. Dans les scènes d’intérieur avec peu de lumière, c’est pas joli. Par ailleurs le réalisateur aurait pu se passer des gros plans lorsqu’il filme P.Bergé dans son canapé : on est au cinéma que diable !

Mais qu’importe, pour ceux qui aiment YSL, ça vaut le coup. Ne serait-ce que pour cette scène où, alors qu’il a la trentaine, il répond à un questionnaire de Proust. Hilarre, à la question de savoir comment se composait pour lui le bonheur terrestre il répond : « Dans un lit… » (silence) « … bien rempli ». C’est un des seuls moment où l’on perce un tantinet le personnage. P.Bergé dit qu’YSL ne connaissait que deux moments de joie pleine et entière par an, à la fin des défilés, sous les acclamations. Le reste n’étant que travail et tourments. Dans une interview à une télé américaine (ce n’est pas dans le film), je l’ai entendu dire : « Even without me, YSL is a genious ». Heu ! oui merci, on s’en doutait. Vanitas vanitatum, et omnia vanitas.

En sortant du ciné, j’ai emprunté en sens inverse la rue Berger. Deux chats se regardaient en chien de faillence. Belle ironie de la langue française ! Deux chats noirs d’ailleurs. Plus loin deux femmes se croisaient. L’une portait un tailleur-pantalon et l’autre un jeans taille ultra basse avec string apparent et talons hauts (et chewing-gum). Le premier libère la femme, le second l’enferme en faisant rimer liberté avec vulgarité…

lundi 13 septembre 2010

Retour à Paris

Elles sont partout ! On les avait oublié le temps d’un été passé sous d’autres latitudes ou d’autres longitudes. Mais elles, elles sont encore là, à tous les coin de rue. Oh ! elle et ses congénères ne se cachent pas. Et pour cause : elles sont ici chez elles. Paris en est infesté. Je pense qu’on en compte presque autant que les rats ; mais elles, elles occupent davantage la surface du territoire parisien que ses sous-sols… privilège de leur rang, j’imagine. Aussi, à l’air libre, elles monopolisent l’espace public. Elles s’infiltrent dans le moindre interstice. Souvent solitaires, elles n’hésitent cependant pas à se déplacer en meute, notamment pour les activités de loisirs. Il faut bien voir que leur fonctionnement cognitif est ainsi fait qu’il leur permet de considérer le shopping comme un loisir. Et il semblerait selon une étude récente que la densité, la chaleur et le bruit qui accompagnent ce genre d’activité ne soient pas considérés comme des éléments perturbateurs qui amoindrirait le plaisir pris dans l’achat d’un boléro non soldé, mais « très bien pour aller avec mon pantalon beige ». On rappellera au lecteur que l’optention dudit boléro résulte d’une triple attente (activité qu’elles affectionnent particulièrement, car elle leur donne une bonne raison de faire la gueule) : Première attente pour accéder au portique sur lequel il est suspendu. Deuxième attente pour entrer dans l’une cabine d’essayage que le prix du mètre carré parisien a transformé en luxueuse rareté. La troisième attente pour avoir le droit de se délester en caisse du montant en Euro des articles sélectionnés. Se sent-elle mieux après un achat ? Devient-elle agréable ? Esquisse-t-elle un sourire ? Non ! Elle marche, seule ou avec une de ses congénères. Le pas est ferme, le menton haut, le regard loin et les intentions faussement bienveillantes. On l’appelle communément « la parisienne » ; enfin c’est ainsi que la nomme le grand Larousse ; substantif que ne vient nullement contester le petit Robert.
Malheureusement, aucun dictionnaire ne donne d’indication sur la manière d’éradiquer ce fléau tenace.
Alors quittez Paris: Fuyez !
Ou si vous restez...
… Bon courage !

mardi 29 juin 2010

Prendre l'avion.

Les rituels du transport par voie aérienne sont connus de tous ceux qui en ont fait l’expérience. Ce sont des choses dont on se rappelle très précisément parce qu’elles vont à l’encontre de toutes nos habitudes. : pour quelques heures de notre vie, nous acceptons de remettre les clés de notre destinée à un pilote d’avion. C’est au moment où l’on donne son numéro de carte bleu que tout est joué, même si on ne le réalise pas à ce moment là. Tout devient plus concret à l’arrivée à l’aéroport. On y arrive par voie terrestre : route ou rail. Ah ce qu’on est bien les pieds sur terre. Soudain, on les voit en pleine action ces aréopages : ils décollent, ils atterrissent. Ils ont l’air si léger. Ils se posent sur la piste avec la grâce d’un albatros qui longe l’eau pour y puiser poissons. Même le décollage n’apparaît pas comme un arrachement, mais comme l’envol d’un flamand rose en pleine Camargue sauvage. Et le ballet semble infini : décollage, atterrissage, décollage, atterrissage, comme une grande farandole.

Vient notre tour. Enregistrement des bagages. Passage des portiques de sécurité. Présentation aux portes d’embarquement. Montée dans l’avion. Bonjour au commandant de bord et au « reste de l’équipage » qui ne tardera pas à nous souhaiter un agréable voyage en leur compagnie. La déclamation des consignes de sécurité qui est toujours d’un comique efficace. Et puis il y a toujours ce délicieux moment où l’on nous apprend qu’en cas de dépressurisation de la cabine des masques à oxygènes tomberont et qu’il faudra tirer dessus pour qu’ils fonctionnent. Avec cette précision d’une sublime cruauté : « Veillez à disposer votre masque à oxygène avant d’aider les enfants qui seraient à vos cotés ». Puis c’est la ceinture de sécurité « jusqu’à l’extinction de la consigne lumineuse ».

Bref, jusque là tout va bien. Le décollage s’effectue. Et là les choses sérieuses commencent : la bouffe. En ce qui me concerne, lorsque intervient ce moment privilégié, je suis tiraillé par un double sentiment de jouissance et de déception. Quelle que soit la classe où je me trouve d’ailleurs. Jouissance d’abord parce que je ne puis m’empêcher de trouver ça extraordinaire de se voir servi un repas « chaud » alors qu’on file à près de 900km/h à une dizaine de kilomètre d’altitude. Pour moi c’est du domaine de la prouesse. Alors être là, quiché dans mon fauteuil à attendre la bouche en cœur qu’une dame vêtue d’un foulard bicolore autour du coup m’apporte des victuailles… cette situation m’emplit de joie. Et bien souvent, je constate que je suis le seul à accueillir avec chaleur le « personnel de bord ». Mais derrière ce sentiment, il y a toujours la constatation du désastre culinaire, du Waterloo gustatif, du juin-40 gastronomique. Même au plus profond de mon enfance, lorsque insouciants nous nous amusions dans la cour de récréation de l’école maternelle et primaire, je n’affectionnais pas le moins du monde de jouer à la dînette. Il va sans dire que c’est encore le cas aujourd’hui que je fais un mètre et 50kg de plus. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : jouer à la dînette. Le tout étant corsé par les secousses qui remuent l’avion de temps à autre et par le périmètre restreint du plateau sur lequel gît le repas. Lequel plateau étant habilement posé sur une tablette dépliable qui sort comme par magie de l’accoudoir. Bref, je défie quiconque de parvenir à se nourrir sur un tel château de cartes, sans provoquer de catastrophe. Et lorsqu’une catastrophe intervient, le pire est encore à venir : comment réparer la catastrophe sans faire empirer la situation. Autrement dit, comment, dans un espace aussi confiné, est-il possible de ramasser un petit poix tombé à ses pieds, sans renverser son jus d’orange ?

Puis le vol se poursuit, tout en perturbations, ceinture, queue aux toilettes, ceinture, lecture, extinction de la consigne lumineuse, tentatives d’endormissements ratées, mais tentatives réussies pour son voisin de gauche qui vous bave sur l’épaule adjacente. « Préparez-vous pour l’atterrissage ». Atterrissage. Attente. Sortie… Et… et l’essentiel…

Attente devant le tapis roulant qui fait défiler les bagages disposés en soute. Les valises sortent comme les numéros du loto. Certains ont du bol et choppent la première valoche qui sort, d’autres attendent une heure (oui une heure), d’autres sortent perdant et rentrent bredouilles, comme des maillons faibles, au revoir. Et tout le monde connaît cette règle, c’est la raison pour laquelle personne n’est vraiment détendu pendant cette ultime phase du voyage. Sauf les enfants qui crient partout. Alors nous on attend, patiemment. D’ailleurs, il arrive toujours un moment où l’on se dit que c’est perdu. Après 30 minutes, quand la majorité des passager s’est fait la malle… on commence à se sentir mal. Personnellement j’en viens toujours à penser que quelqu’un est parti avec ma valise et que j’attends pour rien. C’est long, long, long. D’autant plus long qu’inutile. On égrène toutes les choses indispensables qui se trouvent dans le bagage tant attendu. On se dit qu’une indemnisation au kilo ne fera pas le poids et qu’on perdra beaucoup de temps et d’argent à l’affaire. On se résigne. Augustes face à notre destin, on finit par regarder partir les autres sans jalousie. Puis, on veut faire diversion. On passe quelques coups de fil, on écoute de la musique. Mais la réalité et là, devant soi, matérialisée par une absence de valise. Un non-bagage qui ne tournicote pas sur le tapis roulant comme les affaires des autres passagers. Pourquoi moi ? On se le demande ça, hein. Mais pourquoi moi ? Voire, pour les adeptes de blasphèmes : Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire au bon Dieu pour… etc. Est-ce une vengeance quelconque ? Et puis au bout du bout, il y a le miracle qu’on n’attendait plus. La valise finit par apparaître, comme la Sainte Vierge devant Bernadette. On la sert contre soi. On lui jure que plus jamais on ne se séparera d’elle. Puis on la fait traîner derrière soi sans plus d’attention qu’à l’accoutumée, parce que bon, c’est pas tout, mais nous on a un métro à prendre pour rentrer à la case.

jeudi 15 avril 2010

THÉÂTRE: "Colombe", de Jean Anouilh



S’il n’était pas mort, Anouilh aurait eu 100 ans cette année.
Colombe fut créée en 1951 au théâtre de l’Atelier.
Elle est reprise à la Comédie des Champs Élysées pour 4 mois, dans une mise en scène de Michel Fagadau

La pièce raconte l’histoire de… Colombe : une jeune femme mariée à Julien qui attend un enfant de lui. Seulement le jeune homme est pétri de principes et souhaite honorer la mémoire de son défunt père qui était officier. Aussi, il refuse de se faire réformer et s’aprête à aller effectuer son service militaire bien loin de Paris, l’empêchant de gagner assez pour entretenir sa femme et son enfant à naître. Peu avant son départ, dans le besoin, il entreprend de demander de l’aide à sa mère avec laquelle il entretient les pires rapports. C’est ainsi que l’on retrouve le jeune couple dans les coulisses d’un théâtre parisien. Oui, car sa mère s’avère être Mme Alexandra, l’une des deux plus grandes comédiennes de l’époque (en concurrence avec Sarah Bernardt). Au final plutôt que de leur verser de l’argent, Mme Alexandra trouve un rôle à sa belle-fille qui va donc connaître les joies et les rêves d’une jeune première, elle qui n’était promise qu’aux plus sombres destins avec un mari qui refuse de goûter aux joies qu’offre la vie. La candide et fidèle Colombe résistera-t-elle aux attraits de la vie d’artiste et aux avances de ses nombreux prétendants qui profitent de l’éloignement du mari ? À la faveur d’une courte permission, son mari rentre à Paris pour s’assurer de ce que son épouse est restée la même… Déconvenue pour lui, elle s’est émancipée. Pour lui un monde s’écroule, le monde clos qu’il avait bâti autour de leur seul couple mettant des oeillères à sa femme. Pour elle, un monde s’est ouvert, elle respire… Elle comprend qu’avant, elle ignorait qu’elle étouffait.

Voilà pour l’histoire, sur le papier. Mais ça ne suffit pas pour qu’une pièce soit réussie. Il faut que tout le reste suive. Et là c’est le cas : Mise-en-scène subtile, jolis décors (réalistes : coulisses d’un théâtre), belle lumière (qui éclaire bien^^), costumes réussis (bien dessinés et bien cousus) et… excellents comédiens : du premier au dernier rôle. Comme souvent ce sont les rôles des personnages les plus agés qui sont les plus denses et les mieux joués :
- La Surette (le secrétaire particulier de Mme Alexandra) : joué par Rufus dans un irrésistible style « bourvilien ».
- Desfournettes (le directeur du théâtre) : Extra
- Du Bartas (un vieux comédien) : Extra
- Mme George (habilleuse de Mme Alexandra) : Extra, exprime le bon sens populaire avec humour
ET :
- Poète-Chéri (l’auteur de la pièce qui est jouée dans la pièce) : Prix spécial du Jury pour Jean-Paul Bordes qui l’interprête. Il pousse son personnage très au-delà de ce que Anouilh pouvait imaginer et le fait ma-gi-stra-le-ment, avec un pouvoir comique sans borne.
- Mme Alexandra : Mention spéciale également pour Anny Duperey qui l’interprête tout en nuance, avec ce qui sied d’humour et toute la profondeur requise. (Le personnage de Colombe est joué par sa fille: Sarah Giraudeau)

Grâce à cette plongée au cœur du « boulevard du crime » (quartier de la capitale où étaient regroupés les principaux théâtres au XIXe siècle), on passe une excellente soirée. On se satisfait de voir triompher le désir sur la peur de vivre, et l’on s’effraie de voir en quoi ils sont fragiles et éphémères ces serments d’amour d’un jour et les "pour toujours". Certaines tirades raisonnent encore, longtemps après qu’elle furent prononcées : Comme Julien, au dernier acte : « En marchant dans les rues, je t’ai parlé tout ce soir, tout haut. Je t’ai tout expliqué. Les gens me regardaient, ils devaient croire que j’étais fou. Je les heurtais, je leur demandais bien poliment pardon et je continuais. C’est drôle : on peut très bien marcher, sourire, traverser les rues et être mort. Je suis déjà mort. »

Pour information :
3 Nominations Molières 2010 :
Molière de la comédienne : Anny DUPEREY (en Mme Alexandra)
Molière de la comédienne dans un second rôle : Fabienne CHAUDAT (en Mme George)
Molière du créateur costumes : Pascale BORDET

vendredi 9 avril 2010

2+3 = 5 FILMS



Deux nouveautés, trois pas nouveautés.
Deux pas réussites, trois réussites.
Deux comédies, trois pas comédies.


Le Grand Saut
(Frères Coen)
Pas nouveauté / Réussite / Comédie
Trouvez un pitch bien senti (la nomination d'un abruti à la tête d'une multinationale), incorporez une poignée d'acteurs géniaux (dont Paul Newman magnifique), secouez avec la réalisation des frères Coen (comme toujours superbe) et vous obtenez un chouette film. Avec la dose de décalage nécessaire, les absurdités du monde, de l'Amérique, du capitalisme et de l'espèce humaine sont passées à la moulinette. Fait générateur: le richissime PDG d'une énorme boîte décide en plein conseil d'administration de courir sur l'immense table et de se défenestrer (Cf. photo supra). Motif: l'argent ne fait pas le bonheur... Il sera remplacé par un type un peu simple d'esprit... "pour le meilleur et pour le rire".
5/5

Les Invités de mon père
(Anne Le Ny)
Nouveauté / Réussite / Comédie
Enfin un film français qui ne soit ni lourd, ni léger. Le triumvirat Luchini/Viard/Aumont permet au moins quatre possibilités comme autant de réjouissances. On nous donne à voir et on nous donne à penser, le tout sans pathos inutile et parfois avec humour. L'intrigue se noue par l'arrivée d'une jeune moldave et sa fille, toutes deux sans papier, qu'héberge un vieux monsieur désireux de faire un geste désintéressé, accomplissant une cause en laquelle il croit. Progressivement l'équilibre familial se rompt et pose mille questions sur la cause juste, l'altruisme, la famille, la transmission, l'amour, la lassitude...
4/5

Gomorra
(Matteo Garrone)
Pas nouveauté / Réussite / Pas comédie
Portrait brut des protagonistes ordinaires de la mafia napolitaine. C'est là que réside l'originalité. Le film n'est pas sur le cerveau de la pieuvre mais bien sur les tentacules du système. On entr'aperçoit les oligarques de cette mafia, mais ils ne trament pas le coeur de l'intrigue. La réalisation est... réaliste; économe en musique et en effets de style. Pour le reste, le film ne nous épargne aucun détail: trafics, drogue, armes, trahison, silences, enfants, ados, adultes, parrain, clans, petites frappes, terreur, survie, etc. Comment rester honnête dans un tel panier de crabes? Ca semble impossible. Tout est pourri. Seule solution: partir... ou mourir.
4/5

Le Caïman
(Nanni Moretti)
Pas nouveauté / Pas réussite / Pas comédie
On dit Nanni Moretti, Nanni Moretti... Pourtant je n'ai rien vu de transcendant dans ce film. Peut-être parce que je m'attendais à voir "Le Caïman". Oui, car le film est une mise en abîme: c'est l'histoire d'un producteur peinant à monter "Le Caïman", film sur S.Berlusconi. Moi c'est ce film là que j'aurais aimé voir, le "film dans le film". C'est-à-dire un film clairement politique, comme "Il Divo", mais sur l'Italie d'aujourd'hui. Au lieu de ça on a quelque chose qui ne démarre pas. C'est plutôt bien joué, d'ailleurs, mais on ne voit pas bien où ça veut en venir en s'entortillant dans tous les sens. Il y a un couple qui bat de l'aile, une réalisatrice qui se révèle être lesbienne, la situation du cinéma italien aujourd'hui, les difficultés de trouver un financement lorsqu'on touche à Berlusconi... Il y a tout ça. Ce pourrait être génial au fond. Mais c'est comme si les cartes n'étaient pas dans le bon ordre. Dommage.
1/5

Alice au pays des merveilles
(Tim Burton)
Nouveauté / Pas réussite / Pas comédie
Il s'agit d'un divertissement pour enfant de moins de 10 ans, rien de plus, rien de moins. Pour les autres, bon courage. Burton a voulu adapter un romain de Lewis Carroll: "De l'autre côté du miroir" qui est une sorte de suite au traditionnel "Alice" que l'on connaît et que Disney a fidèlement repris. Peut-être que Burton se frotte à un maître et qu'il ne peut donner sur pellicule la profondeur que l'écrivain donne à son roman. Peut-être que ne pas prendre de risque et réaliser un film visant à d'énormes scores au box office suppose de donner dans le consensuel mou et l'esthétique convenue. Peut-être qu'il n'a pas osé oser. En tous les cas, la sauce ne prend pas et ce n'est pas imputable aux acteurs qui sont délicieux: notamment les deux reines et le chapelier toqué (interprété par J.Depp). Alice est adulte dans cette version. Mais elle semble plus nunuche que lorsqu'elle était enfant. Difficile de parvenir à une forme de poésie avec ça. En résumé: Esthétiquement ennuyeux, narrativement pauvre, poétiquement dégarni. Peu de fantaisies, pas de magie. Le tout dans un univers sombre, voire glauque. À oublier. D'ailleurs, c'est déjà fait.
1/5 (pour l'effort en costume/décor)

mercredi 24 mars 2010

THE CRANBERRIES @ Le Zénith de Paris


Au préalable: Petite Bio perso des Cran’ :

En 1990, deux frangins irlandais (guitare et basse) flanqués d’un troisième laron (batterie) s’essaient au rock parodique sous l’impulsion d’un quatrième comparse auteur/chanteur qui écrit des chansons du style : « Ma mère s’est noyée dans une fontaine à Lourdes ». Ce fou furieux s'imagine que le groupe est sans avenir. Il se fait la malle et avant de partir leur conseille ad’auditionner Dolores O’ Riordan. Banco ! La demoiselle séduit vocalement les 3 irlandais. En plus elle écrit des textes.
En 1990, sur leur première cassette démo, on trouve deux titres : Linger et Dreams. Deux réussites, pourtant s’ensuivront trois années de galère…
Premier album sorti en 1993 qui n'est pas un grande réussite. La consécration arrive en 1994 avec le sublime « No need to argue » dont le single « Zombie » traite de la guerre civile en Irlande du Nord. S'ensuivent trois autres albums.
Entre 1993 et 2001, le groupe sort 5 albums qu’il vend à près de 40 millions d’exemplaires, dont la moitié grâce à « No need to argue ».
En 2003 Dolores annonce que le groupe fait une pause car ils sont fatigués. Elle enregistre un album. Fait une tournée. Puis un autre album. Et là, PAF, elle ne fait pas de tournée solo, mais annonce qu’elle repartira en vadrouille avec ses trois potes.
Entre novembre 2009 et octobre 2010, 40 dates sont prévues en Amérique du Nord et Sud (dans des salles de taille modeste) et 40 en Europe (dont 18 zéniths en France, ce qui est considérable mais à la hauteur de l’amour que l’Hexagone voue au groupe – qui le lui rend bien).
À l'issue de ces dates le groupe sortira un sixième opus et repartira en tournée.


22 mars 2010 : The Cranberries au Zénith de Paris

Cette date est complète depuis 5 mois. Et comment ! Les Cranberries reviennent après 7 ans d’absence dans une salle à la hauteur du groupe sans atteindre les proportions inhumaines du POPB-Bercy. Dans le public, tous les publics. Tous les sexes, tous les ages. Dolores n’a pas 40 ans. On en trouve qui ont son age, quelques-uns sont même plus agés. Le gros des troupes est trentenaire. Beaucoup sont vingtenaires comme votre serviteur et ont écouté les Canneberges à la radio lorsqu’ils étaient au collège/lycée. À l’époque cette musique plaisait à tout le monde, on enregistrait les morceaux sur cassette audio et on achetait les singles. Il n’y avait pas Internet, ni youtube, ni deezer, ni téléchargement légal, ni téléchargement illégal. Quelques-uns dans le public ont moins de 20 ans, ils sont venus en bande et ont probablement découvert le groupe sur jiwa.fr. Les filles sont beaucoup trop maquillées et pensent être désirables dans des hauts en lycra beaucoup trop ceintrés. Les garçons peinent à s’extirper du mal-être acnéique et de l’enferaillement dentaire auquel ils sont acculés. Pourtant ils sont là et vibrent aux mêmes chansons que moi à leur age. C’est un peu magique.
PS : Constat empirique : le public des Cran’ est plus petit que celui de Depeche Mode (qui fut mon dernier concert). Autant vous dire que quand tout le monde fait une tête de moins que soi et qu’on est plein centre et au 10e rang de la fosse, c’est du gateau, de la tarte, de l’or en barre.

Je fais court sur la première partie : Richard Walters. C’était gentil, en dépit de ses accents un peu trop JamesBlunt-iens que venait modérer un violoncelle aux délicieuses sonorités irlandaises qui permettaient de « se mettre dans le bain gaélique ». Après un set d’une huitaine de chansons, ils s’en vont. Le public applaudit. Et là mon voisin de gauche, d’habitude lourdeau dans ses analyses établit un constat implacable : « ce qui est terrible c’est que le groupe ne sait pas si on applaudit parce qu’on a aimé ou parce qu’on est content qu’ils se taisent ».

Le noir se fait. Les technicos s’activent. Le noir se défait. L’immense voile (noir) tombe. En fond de scène, on découvre des panneaux argentés suspendus sur trois niveaux qui créent une ambiance un peu électrique. C’est assez neutre, mais plutôt réussi et sert de support aux projecteurs pour créer des ambiances différentes. Le batteur s’installe au fond, les deux frères à gauche (guitariste) et à droite (bassiste), tandis qu’un musicos est là, en sus, à l’extrême droite avec un synthé et tout un tas d’autres instruments annexes. Dolores balaye le front de scène pendant l’heure quarante que dure le concert.

« Analyse » ouvre le bal. Tonique, vivant, irlandais, rock, ce titre donne le ton. Le public connaît, le public apprécie. Aérienne, la voix de Dolores tranche avec les instruments qui l’accompagnent. Son aspect à la fois diaphane et puissant me percute. Il n’aura de cesse de me percuter sur chaque chanson. Parce qu’elle les a écrites et qu’elle les a souvent éprouvées sur scène, Dolorès bénéficie d’une totale liberté dans l’adaptation scénique du répertoire. Elle fait chanter le public au bon rythme, de sorte que les chansons ne sont pas dénaturées : « You are with us. We are with you » répète-t-elle à plusieurs reprises, comme un leitmotiv (à l’image du titre « you and me » chanté en rappel). Elle s’exprime beaucoup entre les morceaux et quasi-systématiquement en français. Elle explique l’origine de l’inspiration d’une chanson « Animal instinct » fut écrite à la naissance de sa première fille. « Just my imagination » est une autre chanson post-natale sur le sacrifice de ses grasses-mâtinées des dimanches de gueule de bois. « Linger » fut la première composition du groupe. « When you’re gone » qui change de signification avec le temps et lui évoque aujourd’hui ses grands-parents disparus. Voilà le genre d’interactions qui font que le groupe n’est pas une machine à jouer de ville en ville et à engrenger des dollars, mais un artiste qui rencontre son public, avec sa sensibilité et selon l’humeur du jour. Dolores a une approche très physique de ses chansons et me laisse la même impression que Catherine Ringer (à la Cigale) il y a quelques temps. Les chansons ont un sens, et l’explication de texte passe aussi par le corps, une façon d’onduler, de marteler, de souligner un mot avec le poing ou la main ouverte. Ces deux femmes ont une approche plus nuancée des morceaux ; douceur n’est pas synonyme de faiblesse et n’est pas antinomique avec la révolte intrinsèque que représente ce mouvement musical. Ce n’est pas un rock viril débile, mais plus un cri à la fois brut et contrôlé. I like.

Les tubes s’enchaînent sans discontinuer, piochés principalement dans les deux albums les plus denses : « No need to argue » et « Bury the hatchet ». Pas rencunier, le groupe joue même « Ordinary day » que Dolores a sorti sur son premier album solo. Ils (les 4+1 larons) ont l’air de bien s’entendre sur scène. Musicalement, les interprétations montrent que les répétitions se sont bien déroulées. La magie fonctionne sur chaque morceau. Et 1h10 après le début, les premiers accords de Zombie résonnent dans le Zénith. Le public assis se lève et la fosse, déjà debout, lève les bras. Transe collective pour ce qui est l’hymne du groupe. Un hymne, tout le monde le connaît, il fait l’unanimité et transcende la salle entière. Pour U2, c’est Sunday Bloody Sunday, pour Mylène Farmer, c’est Désenchantée, pour les Rita, c’est Marcia Baila, pour Depeche Mode c’est Enjoy the Silence, et pour les Cranberries c’est Zombie. Ils ont pu se permettre de le jouer en dernier (avant les rappels) parce qu’ils ont plus d’un tube punchy dans leur sac à jouer avant et que le public n’a pas attendu Zombie pour être galvanisé par une chanson. Toujours est-il que c’était du délire. Évidemment version extended, dark à souhait et participative (what else ?). Autre particularité d’un hymne, il échappe un peu au groupe, le sens des paroles s’est dissipé. Chacun a trop entendu la chanson pour feindre de la redécouvrir en concert. Alors, il s’agit juste de se laisser bercer par l’instant. Apprécier l’harmonie de chaque note qui s’enchaîne selon un ordre magique qui nous fait revivre les moments où on l’a écouté cette chanson, où elle s’est associée à mille événements de sa vie, on était partout et à tous les moments. Cette chanson mille fois est revenue. On était seul chez soi, sur la moquette de sa chambre d’ado, dans la voiture, dans un TGV de nuit traversant la campagne, à l’autre bout du monde, hier encore au réveil ou sous la douche, dans le trajet en métro menant jusqu’à ce concert, en hésitant entre telle ou telle paire de rollers chez Go sport, après une rupture, avant une rupture, après une rencontre, avant, pendant, un jour d’anniversaire, un soir de pleine lune, en clip sur MTV, au détour d’un sourire, à l’ombre d’un chêne, au creux d’une épaule, dehors, dedans, ici, partout, et l’on ne sait plus, mais tout ça s’accumule, sédimente, et donne… du relief, à une chanson qui parle de tout sauf de ça, elle parle de guerre de morts, de haine, et pourtant elle donne du baume au cœur, parce qu’elle nous accompagne ; morbide compagnon, mais compagnon quand même ; fidèle comme une ombre, chaude comme un cœur amoureux et éternellement jeune et douce comme un sourire ami. En la jouant sur scène, il n’est pas impossible que le batteur en est la nausée, mais rien ne transparaît, la chanson se (re)constitue sous nos yeux comme au premier jour et se répercute en chacun de nous selon nos histoires respectives, avec la certitude toutefois que nous ajoutons là tous ensemble la même couche, et pas des moindres : une version live d’un groupe qui revient après 7 ans d’absence avec une Dolores en pleine possession de son incomparable voix. À la fin de cette chanson le groupe salue.

Le public se déchaîne pour rappeler les quatre irlandais, qu’il accueille au bout de 4 minutes en secouant des ballons aux couleurs de l’Irlande. Dolores apprécie. Elle chante « Shattered », « You and Me », « The journey » et… « DREAMS » (écouter ci-après et ci-contre). Cette ultime chanson est ma préférée. Tonique, vivante, irlandaise, rock, elle clôt magnifiquement le concert, comme « Analyse » l’avait commencé. Du grand art. Chapeaux bas les artistes.

PS : la playlist complète du concert est à
- lire ici : http://www.setlist.fm/setlist/the-cranberries/2010/le-zenith-paris-france-3d4a133.html
- écouter ici : http://www.jiwa.fr/#playlist/559809
(les chansons après « Dreams » n’ont pas été chantées au concert, mais méritent tout de même d’être écoutées)

The Cranberries, "Dreams" @ Zenith de Paris (22 mars 2010)

lundi 22 mars 2010

Bus Palladium



Paris, 1980s, Lust est un groupe de rock composé de cinq amis d’enfance qui se lancent et cherchent à percer. Ils arrivent bien après les Stones et ne sont ni anglais ni américains. Pourtant ils ont du talent.

Typiquement le genre de film que j’aurais aimé aimer. Constat amer, le film est insipide ou, pire, avec un goût de déjà-vu, mais on ne sait trop où. À y réfléchir c’est dans notre tête qu’on l’a déjà vu, après avoir lu synopsis. Le film est propre, mais peut-être trop propre. Et lorsque l’on parle du Rock n’ Roll, il faut peut-être lâcher la bride dans la réalisation. Là c’est attendu, presque cliché. Oh on ne s’ennuie pas, non. Mais on ne s’enflamme pas non plus. Pour sûr, les comédiens sauvent la mise. Une mention extra-spéciale à François Civil qui joue Mario, un des cinq larrons de la bande qui, non-musicien, s’improvise agent/impresario. Comédien très drôle et toujours juste (et très drôle – même si je l’ai déjà dit). PS: Il est au premier plan sur la photo supra.

La trame narrative est convenue : le groupe tient à la force du couple leader-guitariste que vient mettre en péril une jeune fille mignonne. Et puis en fond, bien entendu, la drogue, les filles, le petit succès, une BO Rock, la maison de disques, la salle de concerts (bus palladium), etc. Le film commence par l’enterrement du leader du groupe puis fait un flash back d’une heure trente sur les deux années précédentes qui conduisent à cette scène au cimetière. On n’aura donc rien à se mettre sous la dent en guise d’éléments de surprise. Dommage. Ce qu’il en reste est plaisant à regarder, mais à la fin il n’en reste rien… comme un mauvais chocolat qu’on suce : bon dans l’instant, oublié une fois l’instant passé. La chanson finale est « Rock n’ Roll Suicide », peut-être la plus belle chanson de tous les temps. Elle colle au thème du film puisqu’un chanteur de rock se… suicide. Elle colle parfaitement au thème, trop parfaitement. D’ailleurs la chanson est coupée au moment des génériques qui défilent sur une musique originale. On aurait préféré rester avec le grand David. Une fois sortis de la salle, c’est un peu le cas. Le film est oublié, mais la chanson de Bowie raisonne encore.

TV: La soirée électorale



La Un, la Deux, la Trois. Tout le monde sur le pont pour une soirée électorale « d’exception ». On n’a pas le don d’ubiquité, mais avec la zapette on l’a presque. 1-2-3-1-2-3 ou 2-1-3-2-1-3 ou mille autres possibilités. Chacun y va selon son inspiration.

Sur la Deux, c’est viril mais correct. Pujadas est là pour être sérieux, pour parler, pour animer le plateau. Elise lucet est là pour faire une annonce tous les quart d’heure : « merci Elise ». On sent le côté service public : un homme, une femme. Méthode Chabadabada, comme pour les listes aux Régionales. Parité. Tout bien tout bien. Neutralité. Mais bon faut pas délirer quand même : « merci Elise ».

Sur la Trois, on est encore en grève, comme au premier tour. Ou si on ne l’est plus, on ne fait pas la différence. Est-on sur un plateau de fromages national ou régional… on ne sait. Parfois un journaliste lance un duplex avec Zorro. Fausse manip’, c’est juste que dans ladite région, les techniciens sont en grève et que pour occuper l’espace, en lieu et place d’une soirée électorale, on (re)diffuse Zorro.

Sur la Un, c’est toujours très glam. Ferrari à paillette, Chazal à gogo, on donne dans le sourire, le plateau est en platinium brut, les invités sont peu nombreux, ils ont de l'espace, ils sont à dix mètres les uns des autres. Et y'a de la qualité les enfants: personne ne refuse une invitation sur la première chaîne. Aussi, à 20h00 (heure du crime), le plus beau plateau de fromages est sur la Un. On a les top leaders (comme YSL se payait les Top-Modèles) : X.Bertrand, C. Lagarde, B. Delanoë, L.Fabius, C.Duflot, MG.Buffet. Et on ne s’encombre pas de l’extrême droite qui signe pourtant avec cette élection son grand retour sur l’échiquier politique. Le Pen (père ou fille) n’est pas assez glam probablement. Lagarde écharpe Fabius sur la politique fiscale, celui-ci réplique. On se dit qu’il va y avoir un débat. Mais non. Game over. Comme à plusieurs reprises. Lolo Ferrari interrompt tout le monde par un quelconque prétexte : annonce d’un duplex ou d’un bilan des résultats « région par région ». Pourquoi ? « Parce que c’est important ». C’était pourtant amusant d’entendre Kiki Lagarde nous prouver par a + b que le bouclier fiscal a pour vocation de bénéficier aux foyers les plus modestes. On n’aura pas le détail de la démonstration malheureusement. Tout s’enchaîne inéluctablement : la déclaration de FF (F.Fillon), celle de M.Aubry, celle de Frêche (so not « fresh »), etc. Et toujours le même constat : Lorsqu’ils sont en duplex, les hommes politiques attendent que TF1 leur donne le feu vert pour parler. Du coup sur France 2, ça poireaute alors que sur TF1 ça bataille féroce sur le plateau de fromages. Ah, on voit bien où est le pouvoir… Celui qui domine c’est celui qui fait attendre l’autre. Retour sur le plateau-TV : la droite ne reconnaît pas sa défaite. Et, comme tout mauvais accusé, tout en disant qu’elle n’a pas perdu, elle trouve quand même un alibi à sa défaite : la crise « sans précédent que traverse notre pays ». Après tout ça ne mange pas de pain. On s’approche à grand pas des 20h45. Dans l'oreillette, on dit aux deux dames qui animent le plateau qu'on va finir avec 20 minutes d'avance, parce que "Oh, hé, hein, bon". Finito la politique, place au spectacle, place au rêve : « Les Experts ».

mercredi 17 mars 2010

"Luchini lit Murray" au Théâtre de l'Atelier



Je ne m’attendais pas à revoir Fabrice Luchini sur scène avant un petit moment ; lui qui vient juste de terminer son « Point sur Robert » que j’avais adoré. Oui mais voilà, le 2 décembre 2009, à la demande de la veuve de Philippe Muray, Luchini a fait une lecture de cet auteur à La société des gens de lettres. Ca n’avait pas vocation à aller plus loin. Seulement ce fut un franc succès. D’où l’idée de le proposer à un public plus large que les membres de ce cercle restreint et privilégié. De ce point de vue l’objectif est atteint, grâce à des places à bas prix (15, 20 et 25 eur.), et grâce au choix du théâtre. Le théâtre de l’Atelier se situe dans le XVIIIe arr., il est mignon, accueillant et chaleureux. C’est l’anti-Marigny, l’anti-Théâtre des champs Élysées qui sont vastes et froids. Dans sa composition, le public était varié. Dans son attitude, il était éveillé et trépidant. L’écueil d’une lecture publique, c’est l’ennui, la froideur, la bien-pensance des « intellectuels pourris de Paris »*. C’est trop souvent le cas. Mais là, rien à voir !

Évidemment il arrive en terrain conquis et reçoit une salve d’applaudissement en montant sur scène. Il s’assoit à côté d’une table où sont disposés quelques ouvrages. Derrière lui le rideau est fermé renforçant le sentiment de proximité. Ce n’est pas une leçon de littérature, c’est un agréable aiguillage. En ce sens, même si le public est sien, il aime le prendre à rebours, le taquiner, l’entraîner sur des voies inconnues. Luchini commence par un court extrait de Cioran au cynisme inégalable et, ironique, nous prévient que ça c’est pour se détendre avant d’aborder des textes plus pessimistes encore. Puis il lit Philippe Muray. C’est un décryptage aigü du monde moderne dans ce qu’il a de plus absurde et sinistre. Il moque une époque où trônent l'hyper-festif et l'infantéisme. Ca fait rire autant que ça interpelle. Luchini s’atarde sur certains mots ou expressions, par simple amour de la langue et de la musique qu’elle produit. En ce sens il donne du relief au texte, une troisième dimension. Le texte est mis en espace. Pour le spectateur, écouter devient jouissif. Le comédien-lecteur procure autant de plaisir qu’il ne semble en prendre partageant ces textes. L'Art est placé très haut et il ne s'agit pas de l'abaisser, mais de nous élever.

Luchini est là aussi pour mettre en garde et nous aider à prendre de la distance par rapport aux écrits de Muray. Car l’on aurait vite fait de se laisser prendre au piège du style, qui est si fluide et si persuasif. Muray fut un pamphlétaire autant qu’un écrivain et un penseur, et il a beaucoup plus tapé à gauche qu’à droite, de manière parfois hargneuse. Mais dans les textes que nous fait découvrir Luchini, c’est sa peinture du monde actuel qui frappe juste et fort. Le poème sur la jeune touriste occidentale altermondialiste est criant de vérité. Luchini se délecte de pouvoir par moment interpeler et choquer certains. Dans l’ensemble, l’auditoire reste suspendu à ses lèvres, se régalant de chaque phrase, chaque mot, chaque syllabe qui est sublimée par l’élocution luchinienne. Ce spectacle n’est pas un spectacle, mais une lecture. Le précédent accordait une place immense au récit par Luchini de sa rencontre avec Barthes ou à ses imitations de Johnny. Lundi dernier, toute la place est revenue au texte. Deux jours après, il raisonne encore en moi.


PS : Le seul extrait disponible sur le net d’un texte de Murray sélectionné par Luchini concerne Ségolène Royal. À vous de juger.
http://www.nouveau-reac.org/textes/philippe-muray-le-sourire-a-visage-humain/


*: Expression de Ph.Caubère

lundi 15 mars 2010

Démineurs (The Hurt Locker): 6 Oscars 2010

Le spectateur suit une équipe de démineurs d'élite pendant la dernière guerre d'Iraq. Ils sont trois: le chef un peu fou, insaisissable, mais vaillant; son audace frise l'héroïsme. Il est flanqué de deux comparses: un grand gaillard, black, qui cache ses angoisses métaphysiques derrière un sacré sang-froid et un autre gars, plus chétif et craintif qui préférerait être ailleurs, loin, loin d'ici. Mais ils sont tous en Iraq, dans le bourbier d'une guerre d'occupation, urbaine, paranoïaque: comment ne pas l'être dans un conflit où il n'y a pas de "front" de bataille, mais où les insurgés sont mêlés aux civils. En qualité de démineurs, ils sont dans une position encore plus délicate, puisqu'ils doivent intervenir dans des zones pas toujours "sécurisées". Grâce à l'excellence de la mise en scène, la tension permanente hypnotise le spectateur. La réalisatrice, Kathryne Bigelow sait ne pas tomber dans le manichéisme. Ce film n'est pas une ode à la vertu des soldats US, ni un documentaire apitoyé sur le sort du peuple iraqien. On y vit le conflit de l'intérieur, on (re)découvre ce que c'est qu'une guerre et qu'il n'y en a aucune de "propre". Le film se veut aussi psychologique, sans être moralisateur. On voit la part de folie qui pousse le personnage principal à courir derrière ce frisson, cette adrénaline du moment où il désamorce des bombes qui, s'il se trompait, le transformerait en bouillie. À un moment, face à la plus grosse des bombes, et alors qu'il s'apprête à la désamorcer, il retire son équipement de protection et a cette phrase géniale:
"There's enough bang in there to blow us all to Jesus. If I'm gonna die, I want to die comfortable."
Mais ce n'est pas que cette part de folie inconsciente qui le pousse à retourner quotidiennement se mettre en danger, c'est aussi et surtout l'absence de sens de la civilisation américaine qui met en rayon des kilomètres de yaourts sur plusieurs étages, mais qui n'offre rien d'autre qu'une société de consommation. Il a pourtant femme et enfant. Est-ce assez pour donner une signification à son existence ? Pas pour tout le monde...

lundi 8 mars 2010

The Ghost-Writer Vs. In The Loop



Deux films autour d’un Premier ministre britannique par temps de guerre en Irak. Évidemment c’est de Tony Blair qu’il s’agit, mais ce n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est l’atlantisme du personnage et sa façon « renouvelée » de faire de la politique. Dans les deux films, on voit les dessous de la politique, les jalousies : Femme Vs. Secrétaire, Ministre Vs. Ministre, Ministre Vs. Premier ministre, Hommes de l’ombre Vs. Hommes de lumière…

The Ghost-Writer, de R. Polanski

Thriller politique impeccable. On suit Ewan McGregor, écrivain de l’ombre (un nègre pour ainsi dire) qui est chargé d’écrire les mémoires d’Adam Lang (Pierce Brosnan), jeune ex-Premier ministre. J’imaginais que le film porterait sur l’échange entre ces deux personnages. L’un voulant réécrire son histoire à sa main, pour la postérité. Et l’autre en quête de vérité, souhaitant révéler au monde qui est l’homme qui se cache sous les habits du politique. Le film traite en partie de ça, mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel c’est la tension qui se niche partout : dans le décor, dans la musique, et dans l’intrigue : le précédent nègre d’A.Lang mort d’une mort douteuse alors que le manuscrit n’était pas terminé, non dits, zones d’ombres, des mensonges, des indices. La palette des techniques est hitchcockiennement maîtrisée : ironies, froid suspens, accélération du rythme, ambiguïtés, angoisses, paranoïa. Le film est riche, derrière une réalisation sobre mais bigrement réussie.

PS : On saluera la présence inattendue de Kim Cattrall (Samantha dans Sex&TheCity) qui joue la « première assistante » au service de Monsieur Lang depuis si longtemps.


In The Loop, de A. Iannucci

Satire drolatique flamboyante. Le style est tout autre. Les actions s’enchaînent comme des perles. Le ton n’a rien d’oppressant, mais atteint le niveau si difficile de « hautement comique ». On suit Toby, stagiaire fraîchement débarqué au sein du cabinet du Premier ministre et qui assiste à des scènes hallucinantes dés son premier jour. Les caractères des personnages sont poussés à l’extrême pour créer une langue drolatique et des situations cocasses. Ô que les dialogues sont ciselés. C’est jouissif comme les montagnes russes. Ça n’arrête pas. Et bien sûr la britannique ironie qui va avec. On voit l’Histoire se faire par le petit bout de la lorgnette : les petites mains qui tentent de savoir dans quelles salles sont les réunions de leurs boss, des ministres de paille s’embourber dans leurs propos (quand ils trouvent quelque chose à dire). Et avec tout ça les médias, le tourbillon de l’actualité, le microcosme des décideurs… La nuée des inutiles… Les lâches qui succèdent aux hypocrites… Cette satire politique depuis les coulisses frise le génie.

jeudi 4 mars 2010

Mylène Farmer à l'Élysée

Mylène Farmer sur les marches élyséennes

Elle sort peu. Elle se fait rare. Elle est comme ça, ce n'est pas feint: mystérieuse. Peut-être une façon de se préserver. Qu'importe. En tous les cas, cela met d'autant plus en relief ses quelques apparitions médiatiques. Dans le désert de son silence, les fans ne sont jamais repu des quelques oasis médiatiques auxquels consent la "belle rousse".
Du fait de son importante notoriété en Russie, la chanteuse fut invitée (ainsi que Patricia Kaas) par le chef de l'Etat à prendre une part au dîner officiel donné en l'honneur de M. Medvedev. Enfin un peu plus qu'une part, selon l'appétit de chacun. Pour ce genre d'événement - il s'agit tout de même d'une visite d'Etat - le protocole est immuable: on entre par la porte d'entrée! Ca peut paraître anodin, mais bon, ça veut surtout dire que tous les médias sont parqués là pour faire de belles photos en couleur bien glamour qu'on mettra dans les magazines.

Dans le cas de M.Farmer, que s'est il passé?
Jusqu'aux marches tout se passe bien: Le sourire est radieux, la robe asymétrique met parfaitement en valeur un corps que beaucoup envient, les talons hauts affinent la jambe et donne un élan de la plus grande élégance à la démarche de la chanteuse.
Mais dès la troisième marche, c'est le drame: le sourire est moins radieux, la robe bien qu'encore asymétrique ne met plus tellement en valeur quoi que ce soit (par ailleurs plus personne ne l'envie), et surtout les talons n'affinent ni n'allongent plus rien, mais tendent à ratatiner la personne dont la démarche en prend un sacré coup.

Alors que s'est-il passé?
Ce genre de catastrophe ne peut qu'être polyfactorielle. C'est exactement comme le Titanic. Il y a désastre parce qu'il y a cumul de fautes: un guet pas assez vigilant, un commandant de bord qui veut aller trop vite, un manque cruel de canots, etc. Résultat des centaines de morts. Eh bien là c'est la même chose: Les talons sont trop hauts, la robe est trop asymétrique, les portiers manquent de vigilance et de prévenance et surtout les paparazzis sont trop oppressants (Cf. Lady Di qui ne s'est jamais relevé d'une course poursuite nocturne).

Développons dans l'ordre:
1° Les cris des photographes. C'est parce qu'elle avance en regardant derrière qu'il y a chute. Comment résister aux cris des journalistes? Comment parvenir à se dire que, non, on ne se retournera pas pour monter les marches parce qu'ils ont fait assez de clichés en bas? Tourner la tête lorsque l'on est apostrophé est un réflexe humain. Il se révèle parfois lourd de conséquences.
2° Talons trop hauts: ça je pense que ce sera compris par tout le monde. Clairement en converse le drame était évité. Elle se serait peut être accroché le pied sur la cruelle troisième marche, mais elle ne se serait pas vautrée. Car oui, elle s'est bel et bien vautrée.
3° L'asymétrie de la robe. Clairement la question de la robe est posée. Ces grands bandeaux de tissus qui pendent sont co-responsables des deuxième et troisième chutes. En effet, elle prend appui sur eux en se relevant, ce qui l'empêche de pouvoir déployer entièrement sa jambe.
4° Le manque de vigilance du portier et du "mec de la sécu". Le premier est en haut des marches, le second en bas. Aucun des deux ne se sent concerné par ce qui est en train d'arriver. Ils se mettent en mouvement en même temps, au moment où il est déjà trop tard. Au final la belle rousse n'aura pas eu besoin de leur aide pour parvenir jusqu'au perron. Pas très gentlemen...

Solution numéro un?
Lorsqu'une dame se présente non accompagnée à une réception, on met à sa disposition un accompagnateur qui lui présente son bras en bas des marches et demeure à son côté jusqu'à ce que Madame soit placée.

Solution numéro deux ?
Peut-être l'Elysée pourrait-il prévoir un monte-personne sur le côté pour les personnes handicapées, mais aussi pour celles qui portent de hauts talons. Ce pourrait être un moyen ludique et efficace d'atteindre l'accueil.


En guise de conclusion je ferai quelques remarques:
_ MF pousse de délicieux petits cris absolument irrésistibles à chaque chute.
_ Les journalistes derrière leur objectif se bidonnent, ce qui est quand même le comble du mauvais goût. Mais bon, comment peut-il en être autrement?
_ Un garde républicain tourne la tête au troisième cri. Je pense qu'ils ont une consigne de ne pas ciller. J'espère que l'intrépide s'est fait limogé pour cette faute grave.

mercredi 3 mars 2010

"A single man", de Tom Ford



1962, Los Angeles.
George Falconer, Pr. d'Anglais à l'Université, apprend par téléphone qu'il a perdu Jim, son "compagnon" depuis 16 ans, dans un accident de voiture. Dévasté, l'homme tente de répondre à une seule question: "Est-il possible de vivre?". Car ce George est déjà naturellement flegmatique. Anglais, Londonien, il semble maintenir en permanence une distance entre les événements et lui. Il a toujours été comme ça, même lorsque le monde avait des couleurs, du temps où son amour était vivant.
Colin Firth interprête brillamment ce rôle solitaire qui ne parvient à se livrer vraiment qu'à sa meilleure amie, sa confidente de toujours qui est jouée par la délicieuse Julianne Moore. Les deux méritent l'oscar. Et le film mérite d'être vu. Le temps est lent, l'atmosphère troublante, sans que jamais on ne s'ennuie. Tom Ford apporte l'esthétisme, la sensibilité et la sensualité qui donnent du souffle au film et l'éloignent de toute mièvrerie. Il fait du sur-mesure brodé au fil d'or. Tom Ford joue et gagne.

"A few times in my life I've had moments of absolute clarity, when for a few brief seconds the silence drowns out the noise and I can feel rather than think, and things seem so sharp and the world seems so fresh. I can never make these moments last. I cling to them, but like everything, they fade. I have lived my life on these moments. They pull me back to the present, and I realize that everything is exactly the way it was meant to be."

Téléphones s'enfilent !

Cette boutique ressemble à un gros cube rouge qui rime avec "elle sait faire", sauf que non, elle ne sait pas faire. On y croise des gens venus changer de téléphone, venu se plaindre de x et y choses, venus rêver devant leur futur "cellulaire". Le spectacle sidère dans sa violence morale, voici quelques saynètes observées à mes dépends alors que j'attendais mon tour.

Un vieux monsieur entre. Je dois à l'honnêteté de dire qu'il était même très vieux, du genre croulant. Nul doute qu'il allait se faire avoir le pauvre. Il voulait un téléphone usuel qui donne l'heure et permette de téléphoner. Il repartit avec un truc qui clignote dans tous les sens et qui prend des photos de 5 millions de pixels qu'il pourra relier à son non-ordinateur grâce à un fil qu'il n'a -dieu merci- pas acheté. En revanche il succomba bel et bien à la tentation de souscrire à une assurance complémentaire de 8 euros par mois au cas où il arrivât quelque chose à son joujou. Le pauvre homme n'avait pu se rassembler pour faire le calcul simple que cette cotisation coûtait en fait un bras, et même le prix d'un téléphone en quelques mois de versement... En partant, médusé face à l'engin bourré de technologie, le vieillard regarda comme il put le vendeur et lui demanda, comment en s'excusant: "Pouvez-vous m'aider à régler l'heure?". Si le pauvre type redoutait déjà d'échouer dans son entreprise de régler l'horloge, il n'était pas au bout de ses peines.

Deuxième situation une dame. Oui, une dame comme le VIIe arrondissement en produit de plus typiques. Sûre d'elle, le regard sévère, la jupe droite, le talon haut, la voix qui porte, la lunette carrée. Elle était entrée dans la boutique comme d'autres ouvrent la porte de le réfrigérateur . Elle était chez elle et tout le monde l'avait bien compris. Sur son passage hommes et objets semblait plier. Elle n'y alla pas par quatre chemins: "je voudrais m'adresser au responsable de la boutique immédiatement". Son charisme lui permit de n'avoir pas à justifier cette requête et de voir l'employé s'exécuter dans la seconde. Les clients qui s'impatientaient dans la file d'attente demeurèrent silencieux et ne purent que ruminer leur petitesse. Face au grand boss, la dame du VIIe sortit le grand jeu: mouvements de bras, haussements d'épaules, mine effarée. Quelques minutes plus tard on a vu entré dans le magasin un morveux de 17 ans qui rejoint sa mère et se posta à son côté, non sans avoir reçu une taloche. Lui faisait profil bas. La responsable avait l'air gêné également. Apparemment le petit serait venu modifier son forfait quelques jours auparavant, sans l'autorisation de sa mère. Chacun essayait de garder la face. Pathétique. La dame du VII sortit triomphante, marchant deux pas derrière son fils qui avançait tête basse.

vendredi 26 février 2010

"Une Education", de Lone Scherfig

Jenny est anglaise, a 16 ans en 1961, est la fille unique d’un couple de parents sans histoire (à tous les sens du mot) qui ne rêvent que d’une chose : voir leur fille intégrer une Université d’Oxford. Parce que c’est quand même rassurant pour des parents. On la voit du coup s’y préparer jour et nuit, jusqu’à demander à son père quels « hobbies » elle doit avoir, en vue de l’oral d’entrée où il faudra faire bonne figure. Ainsi, elle joue du violoncelle dans un orchestre. La case « je suis sociable » étant remplie sur le CV, à quoi bon rester dans ce miteux orchestre ? Et son père de trancher : « Si tu en pars trop tôt, tu passeras pour une rebelle ». Jenny reste dans l’orchestre.

L’histoire bascule lorsqu’elle rencontre un type de deux fois son age qui, alors qu’il pleut, lui propose, avec toute la courtoisie qui sied à la situation, de la ramener chez elle. S’ensuit un marivaudage, un ravissement et tout un tas de péripéties classiques dans ce genre d’idylle romantique sans être mièvre (le mot « Paris » revient toutes les 10 minutes). En parfait gentleman, il la sort dans le monde, la fait voyager, lui parle peinture, musique…

Voilà un film d’époque tout à fait délicieux et agréablement surprenant... À 16 ans et avec beaucoup de maurité, la jeune fille tente d’affronter des choix de vie déterminants. Ses parents sont vite dépassés par les événements et peinent à résister à la tentation de succomber aux sirènes de la stabilité qu’offre ce riche dandy trentenaire qui sait les amadouer.

16/20