Les rituels du transport par voie aérienne sont connus de tous ceux qui en ont fait l’expérience. Ce sont des choses dont on se rappelle très précisément parce qu’elles vont à l’encontre de toutes nos habitudes. : pour quelques heures de notre vie, nous acceptons de remettre les clés de notre destinée à un pilote d’avion. C’est au moment où l’on donne son numéro de carte bleu que tout est joué, même si on ne le réalise pas à ce moment là. Tout devient plus concret à l’arrivée à l’aéroport. On y arrive par voie terrestre : route ou rail. Ah ce qu’on est bien les pieds sur terre. Soudain, on les voit en pleine action ces aréopages : ils décollent, ils atterrissent. Ils ont l’air si léger. Ils se posent sur la piste avec la grâce d’un albatros qui longe l’eau pour y puiser poissons. Même le décollage n’apparaît pas comme un arrachement, mais comme l’envol d’un flamand rose en pleine Camargue sauvage. Et le ballet semble infini : décollage, atterrissage, décollage, atterrissage, comme une grande farandole.
Vient notre tour. Enregistrement des bagages. Passage des portiques de sécurité. Présentation aux portes d’embarquement. Montée dans l’avion. Bonjour au commandant de bord et au « reste de l’équipage » qui ne tardera pas à nous souhaiter un agréable voyage en leur compagnie. La déclamation des consignes de sécurité qui est toujours d’un comique efficace. Et puis il y a toujours ce délicieux moment où l’on nous apprend qu’en cas de dépressurisation de la cabine des masques à oxygènes tomberont et qu’il faudra tirer dessus pour qu’ils fonctionnent. Avec cette précision d’une sublime cruauté : « Veillez à disposer votre masque à oxygène avant d’aider les enfants qui seraient à vos cotés ». Puis c’est la ceinture de sécurité « jusqu’à l’extinction de la consigne lumineuse ».
Bref, jusque là tout va bien. Le décollage s’effectue. Et là les choses sérieuses commencent : la bouffe. En ce qui me concerne, lorsque intervient ce moment privilégié, je suis tiraillé par un double sentiment de jouissance et de déception. Quelle que soit la classe où je me trouve d’ailleurs. Jouissance d’abord parce que je ne puis m’empêcher de trouver ça extraordinaire de se voir servi un repas « chaud » alors qu’on file à près de 900km/h à une dizaine de kilomètre d’altitude. Pour moi c’est du domaine de la prouesse. Alors être là, quiché dans mon fauteuil à attendre la bouche en cœur qu’une dame vêtue d’un foulard bicolore autour du coup m’apporte des victuailles… cette situation m’emplit de joie. Et bien souvent, je constate que je suis le seul à accueillir avec chaleur le « personnel de bord ». Mais derrière ce sentiment, il y a toujours la constatation du désastre culinaire, du Waterloo gustatif, du juin-40 gastronomique. Même au plus profond de mon enfance, lorsque insouciants nous nous amusions dans la cour de récréation de l’école maternelle et primaire, je n’affectionnais pas le moins du monde de jouer à la dînette. Il va sans dire que c’est encore le cas aujourd’hui que je fais un mètre et 50kg de plus. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : jouer à la dînette. Le tout étant corsé par les secousses qui remuent l’avion de temps à autre et par le périmètre restreint du plateau sur lequel gît le repas. Lequel plateau étant habilement posé sur une tablette dépliable qui sort comme par magie de l’accoudoir. Bref, je défie quiconque de parvenir à se nourrir sur un tel château de cartes, sans provoquer de catastrophe. Et lorsqu’une catastrophe intervient, le pire est encore à venir : comment réparer la catastrophe sans faire empirer la situation. Autrement dit, comment, dans un espace aussi confiné, est-il possible de ramasser un petit poix tombé à ses pieds, sans renverser son jus d’orange ?
Puis le vol se poursuit, tout en perturbations, ceinture, queue aux toilettes, ceinture, lecture, extinction de la consigne lumineuse, tentatives d’endormissements ratées, mais tentatives réussies pour son voisin de gauche qui vous bave sur l’épaule adjacente. « Préparez-vous pour l’atterrissage ». Atterrissage. Attente. Sortie… Et… et l’essentiel…
Attente devant le tapis roulant qui fait défiler les bagages disposés en soute. Les valises sortent comme les numéros du loto. Certains ont du bol et choppent la première valoche qui sort, d’autres attendent une heure (oui une heure), d’autres sortent perdant et rentrent bredouilles, comme des maillons faibles, au revoir. Et tout le monde connaît cette règle, c’est la raison pour laquelle personne n’est vraiment détendu pendant cette ultime phase du voyage. Sauf les enfants qui crient partout. Alors nous on attend, patiemment. D’ailleurs, il arrive toujours un moment où l’on se dit que c’est perdu. Après 30 minutes, quand la majorité des passager s’est fait la malle… on commence à se sentir mal. Personnellement j’en viens toujours à penser que quelqu’un est parti avec ma valise et que j’attends pour rien. C’est long, long, long. D’autant plus long qu’inutile. On égrène toutes les choses indispensables qui se trouvent dans le bagage tant attendu. On se dit qu’une indemnisation au kilo ne fera pas le poids et qu’on perdra beaucoup de temps et d’argent à l’affaire. On se résigne. Augustes face à notre destin, on finit par regarder partir les autres sans jalousie. Puis, on veut faire diversion. On passe quelques coups de fil, on écoute de la musique. Mais la réalité et là, devant soi, matérialisée par une absence de valise. Un non-bagage qui ne tournicote pas sur le tapis roulant comme les affaires des autres passagers. Pourquoi moi ? On se le demande ça, hein. Mais pourquoi moi ? Voire, pour les adeptes de blasphèmes : Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire au bon Dieu pour… etc. Est-ce une vengeance quelconque ? Et puis au bout du bout, il y a le miracle qu’on n’attendait plus. La valise finit par apparaître, comme la Sainte Vierge devant Bernadette. On la sert contre soi. On lui jure que plus jamais on ne se séparera d’elle. Puis on la fait traîner derrière soi sans plus d’attention qu’à l’accoutumée, parce que bon, c’est pas tout, mais nous on a un métro à prendre pour rentrer à la case.
mardi 29 juin 2010
jeudi 15 avril 2010
THÉÂTRE: "Colombe", de Jean Anouilh

S’il n’était pas mort, Anouilh aurait eu 100 ans cette année.
Colombe fut créée en 1951 au théâtre de l’Atelier.
Elle est reprise à la Comédie des Champs Élysées pour 4 mois, dans une mise en scène de Michel Fagadau
La pièce raconte l’histoire de… Colombe : une jeune femme mariée à Julien qui attend un enfant de lui. Seulement le jeune homme est pétri de principes et souhaite honorer la mémoire de son défunt père qui était officier. Aussi, il refuse de se faire réformer et s’aprête à aller effectuer son service militaire bien loin de Paris, l’empêchant de gagner assez pour entretenir sa femme et son enfant à naître. Peu avant son départ, dans le besoin, il entreprend de demander de l’aide à sa mère avec laquelle il entretient les pires rapports. C’est ainsi que l’on retrouve le jeune couple dans les coulisses d’un théâtre parisien. Oui, car sa mère s’avère être Mme Alexandra, l’une des deux plus grandes comédiennes de l’époque (en concurrence avec Sarah Bernardt). Au final plutôt que de leur verser de l’argent, Mme Alexandra trouve un rôle à sa belle-fille qui va donc connaître les joies et les rêves d’une jeune première, elle qui n’était promise qu’aux plus sombres destins avec un mari qui refuse de goûter aux joies qu’offre la vie. La candide et fidèle Colombe résistera-t-elle aux attraits de la vie d’artiste et aux avances de ses nombreux prétendants qui profitent de l’éloignement du mari ? À la faveur d’une courte permission, son mari rentre à Paris pour s’assurer de ce que son épouse est restée la même… Déconvenue pour lui, elle s’est émancipée. Pour lui un monde s’écroule, le monde clos qu’il avait bâti autour de leur seul couple mettant des oeillères à sa femme. Pour elle, un monde s’est ouvert, elle respire… Elle comprend qu’avant, elle ignorait qu’elle étouffait.
Voilà pour l’histoire, sur le papier. Mais ça ne suffit pas pour qu’une pièce soit réussie. Il faut que tout le reste suive. Et là c’est le cas : Mise-en-scène subtile, jolis décors (réalistes : coulisses d’un théâtre), belle lumière (qui éclaire bien^^), costumes réussis (bien dessinés et bien cousus) et… excellents comédiens : du premier au dernier rôle. Comme souvent ce sont les rôles des personnages les plus agés qui sont les plus denses et les mieux joués :
- La Surette (le secrétaire particulier de Mme Alexandra) : joué par Rufus dans un irrésistible style « bourvilien ».
- Desfournettes (le directeur du théâtre) : Extra
- Du Bartas (un vieux comédien) : Extra
- Mme George (habilleuse de Mme Alexandra) : Extra, exprime le bon sens populaire avec humour
ET :
- Poète-Chéri (l’auteur de la pièce qui est jouée dans la pièce) : Prix spécial du Jury pour Jean-Paul Bordes qui l’interprête. Il pousse son personnage très au-delà de ce que Anouilh pouvait imaginer et le fait ma-gi-stra-le-ment, avec un pouvoir comique sans borne.
- Mme Alexandra : Mention spéciale également pour Anny Duperey qui l’interprête tout en nuance, avec ce qui sied d’humour et toute la profondeur requise. (Le personnage de Colombe est joué par sa fille: Sarah Giraudeau)
Grâce à cette plongée au cœur du « boulevard du crime » (quartier de la capitale où étaient regroupés les principaux théâtres au XIXe siècle), on passe une excellente soirée. On se satisfait de voir triompher le désir sur la peur de vivre, et l’on s’effraie de voir en quoi ils sont fragiles et éphémères ces serments d’amour d’un jour et les "pour toujours". Certaines tirades raisonnent encore, longtemps après qu’elle furent prononcées : Comme Julien, au dernier acte : « En marchant dans les rues, je t’ai parlé tout ce soir, tout haut. Je t’ai tout expliqué. Les gens me regardaient, ils devaient croire que j’étais fou. Je les heurtais, je leur demandais bien poliment pardon et je continuais. C’est drôle : on peut très bien marcher, sourire, traverser les rues et être mort. Je suis déjà mort. »
Pour information :
3 Nominations Molières 2010 :
Molière de la comédienne : Anny DUPEREY (en Mme Alexandra)
Molière de la comédienne dans un second rôle : Fabienne CHAUDAT (en Mme George)
Molière du créateur costumes : Pascale BORDET
vendredi 9 avril 2010
2+3 = 5 FILMS

Deux nouveautés, trois pas nouveautés.
Deux pas réussites, trois réussites.
Deux comédies, trois pas comédies.
Le Grand Saut
(Frères Coen)
Pas nouveauté / Réussite / Comédie
Trouvez un pitch bien senti (la nomination d'un abruti à la tête d'une multinationale), incorporez une poignée d'acteurs géniaux (dont Paul Newman magnifique), secouez avec la réalisation des frères Coen (comme toujours superbe) et vous obtenez un chouette film. Avec la dose de décalage nécessaire, les absurdités du monde, de l'Amérique, du capitalisme et de l'espèce humaine sont passées à la moulinette. Fait générateur: le richissime PDG d'une énorme boîte décide en plein conseil d'administration de courir sur l'immense table et de se défenestrer (Cf. photo supra). Motif: l'argent ne fait pas le bonheur... Il sera remplacé par un type un peu simple d'esprit... "pour le meilleur et pour le rire".
5/5
Les Invités de mon père
(Anne Le Ny)
Trouvez un pitch bien senti (la nomination d'un abruti à la tête d'une multinationale), incorporez une poignée d'acteurs géniaux (dont Paul Newman magnifique), secouez avec la réalisation des frères Coen (comme toujours superbe) et vous obtenez un chouette film. Avec la dose de décalage nécessaire, les absurdités du monde, de l'Amérique, du capitalisme et de l'espèce humaine sont passées à la moulinette. Fait générateur: le richissime PDG d'une énorme boîte décide en plein conseil d'administration de courir sur l'immense table et de se défenestrer (Cf. photo supra). Motif: l'argent ne fait pas le bonheur... Il sera remplacé par un type un peu simple d'esprit... "pour le meilleur et pour le rire".
5/5
Les Invités de mon père
(Anne Le Ny)
Nouveauté / Réussite / Comédie
Enfin un film français qui ne soit ni lourd, ni léger. Le triumvirat Luchini/Viard/Aumont permet au moins quatre possibilités comme autant de réjouissances. On nous donne à voir et on nous donne à penser, le tout sans pathos inutile et parfois avec humour. L'intrigue se noue par l'arrivée d'une jeune moldave et sa fille, toutes deux sans papier, qu'héberge un vieux monsieur désireux de faire un geste désintéressé, accomplissant une cause en laquelle il croit. Progressivement l'équilibre familial se rompt et pose mille questions sur la cause juste, l'altruisme, la famille, la transmission, l'amour, la lassitude...
4/5
Gomorra
(Matteo Garrone)
Enfin un film français qui ne soit ni lourd, ni léger. Le triumvirat Luchini/Viard/Aumont permet au moins quatre possibilités comme autant de réjouissances. On nous donne à voir et on nous donne à penser, le tout sans pathos inutile et parfois avec humour. L'intrigue se noue par l'arrivée d'une jeune moldave et sa fille, toutes deux sans papier, qu'héberge un vieux monsieur désireux de faire un geste désintéressé, accomplissant une cause en laquelle il croit. Progressivement l'équilibre familial se rompt et pose mille questions sur la cause juste, l'altruisme, la famille, la transmission, l'amour, la lassitude...
4/5
Gomorra
(Matteo Garrone)
Pas nouveauté / Réussite / Pas comédie
Portrait brut des protagonistes ordinaires de la mafia napolitaine. C'est là que réside l'originalité. Le film n'est pas sur le cerveau de la pieuvre mais bien sur les tentacules du système. On entr'aperçoit les oligarques de cette mafia, mais ils ne trament pas le coeur de l'intrigue. La réalisation est... réaliste; économe en musique et en effets de style. Pour le reste, le film ne nous épargne aucun détail: trafics, drogue, armes, trahison, silences, enfants, ados, adultes, parrain, clans, petites frappes, terreur, survie, etc. Comment rester honnête dans un tel panier de crabes? Ca semble impossible. Tout est pourri. Seule solution: partir... ou mourir.
4/5
Le Caïman
(Nanni Moretti)
Portrait brut des protagonistes ordinaires de la mafia napolitaine. C'est là que réside l'originalité. Le film n'est pas sur le cerveau de la pieuvre mais bien sur les tentacules du système. On entr'aperçoit les oligarques de cette mafia, mais ils ne trament pas le coeur de l'intrigue. La réalisation est... réaliste; économe en musique et en effets de style. Pour le reste, le film ne nous épargne aucun détail: trafics, drogue, armes, trahison, silences, enfants, ados, adultes, parrain, clans, petites frappes, terreur, survie, etc. Comment rester honnête dans un tel panier de crabes? Ca semble impossible. Tout est pourri. Seule solution: partir... ou mourir.
4/5
Le Caïman
(Nanni Moretti)
Pas nouveauté / Pas réussite / Pas comédie
On dit Nanni Moretti, Nanni Moretti... Pourtant je n'ai rien vu de transcendant dans ce film. Peut-être parce que je m'attendais à voir "Le Caïman". Oui, car le film est une mise en abîme: c'est l'histoire d'un producteur peinant à monter "Le Caïman", film sur S.Berlusconi. Moi c'est ce film là que j'aurais aimé voir, le "film dans le film". C'est-à-dire un film clairement politique, comme "Il Divo", mais sur l'Italie d'aujourd'hui. Au lieu de ça on a quelque chose qui ne démarre pas. C'est plutôt bien joué, d'ailleurs, mais on ne voit pas bien où ça veut en venir en s'entortillant dans tous les sens. Il y a un couple qui bat de l'aile, une réalisatrice qui se révèle être lesbienne, la situation du cinéma italien aujourd'hui, les difficultés de trouver un financement lorsqu'on touche à Berlusconi... Il y a tout ça. Ce pourrait être génial au fond. Mais c'est comme si les cartes n'étaient pas dans le bon ordre. Dommage.
1/5
Alice au pays des merveilles
(Tim Burton)
On dit Nanni Moretti, Nanni Moretti... Pourtant je n'ai rien vu de transcendant dans ce film. Peut-être parce que je m'attendais à voir "Le Caïman". Oui, car le film est une mise en abîme: c'est l'histoire d'un producteur peinant à monter "Le Caïman", film sur S.Berlusconi. Moi c'est ce film là que j'aurais aimé voir, le "film dans le film". C'est-à-dire un film clairement politique, comme "Il Divo", mais sur l'Italie d'aujourd'hui. Au lieu de ça on a quelque chose qui ne démarre pas. C'est plutôt bien joué, d'ailleurs, mais on ne voit pas bien où ça veut en venir en s'entortillant dans tous les sens. Il y a un couple qui bat de l'aile, une réalisatrice qui se révèle être lesbienne, la situation du cinéma italien aujourd'hui, les difficultés de trouver un financement lorsqu'on touche à Berlusconi... Il y a tout ça. Ce pourrait être génial au fond. Mais c'est comme si les cartes n'étaient pas dans le bon ordre. Dommage.
1/5
Alice au pays des merveilles
(Tim Burton)
Nouveauté / Pas réussite / Pas comédie
Il s'agit d'un divertissement pour enfant de moins de 10 ans, rien de plus, rien de moins. Pour les autres, bon courage. Burton a voulu adapter un romain de Lewis Carroll: "De l'autre côté du miroir" qui est une sorte de suite au traditionnel "Alice" que l'on connaît et que Disney a fidèlement repris. Peut-être que Burton se frotte à un maître et qu'il ne peut donner sur pellicule la profondeur que l'écrivain donne à son roman. Peut-être que ne pas prendre de risque et réaliser un film visant à d'énormes scores au box office suppose de donner dans le consensuel mou et l'esthétique convenue. Peut-être qu'il n'a pas osé oser. En tous les cas, la sauce ne prend pas et ce n'est pas imputable aux acteurs qui sont délicieux: notamment les deux reines et le chapelier toqué (interprété par J.Depp). Alice est adulte dans cette version. Mais elle semble plus nunuche que lorsqu'elle était enfant. Difficile de parvenir à une forme de poésie avec ça. En résumé: Esthétiquement ennuyeux, narrativement pauvre, poétiquement dégarni. Peu de fantaisies, pas de magie. Le tout dans un univers sombre, voire glauque. À oublier. D'ailleurs, c'est déjà fait.
1/5 (pour l'effort en costume/décor)
Il s'agit d'un divertissement pour enfant de moins de 10 ans, rien de plus, rien de moins. Pour les autres, bon courage. Burton a voulu adapter un romain de Lewis Carroll: "De l'autre côté du miroir" qui est une sorte de suite au traditionnel "Alice" que l'on connaît et que Disney a fidèlement repris. Peut-être que Burton se frotte à un maître et qu'il ne peut donner sur pellicule la profondeur que l'écrivain donne à son roman. Peut-être que ne pas prendre de risque et réaliser un film visant à d'énormes scores au box office suppose de donner dans le consensuel mou et l'esthétique convenue. Peut-être qu'il n'a pas osé oser. En tous les cas, la sauce ne prend pas et ce n'est pas imputable aux acteurs qui sont délicieux: notamment les deux reines et le chapelier toqué (interprété par J.Depp). Alice est adulte dans cette version. Mais elle semble plus nunuche que lorsqu'elle était enfant. Difficile de parvenir à une forme de poésie avec ça. En résumé: Esthétiquement ennuyeux, narrativement pauvre, poétiquement dégarni. Peu de fantaisies, pas de magie. Le tout dans un univers sombre, voire glauque. À oublier. D'ailleurs, c'est déjà fait.
1/5 (pour l'effort en costume/décor)
mercredi 24 mars 2010
THE CRANBERRIES @ Le Zénith de Paris

En 1990, deux frangins irlandais (guitare et basse) flanqués d’un troisième laron (batterie) s’essaient au rock parodique sous l’impulsion d’un quatrième comparse auteur/chanteur qui écrit des chansons du style : « Ma mère s’est noyée dans une fontaine à Lourdes ». Ce fou furieux s'imagine que le groupe est sans avenir. Il se fait la malle et avant de partir leur conseille ad’auditionner Dolores O’ Riordan. Banco ! La demoiselle séduit vocalement les 3 irlandais. En plus elle écrit des textes.
En 1990, sur leur première cassette démo, on trouve deux titres : Linger et Dreams. Deux réussites, pourtant s’ensuivront trois années de galère…
Premier album sorti en 1993 qui n'est pas un grande réussite. La consécration arrive en 1994 avec le sublime « No need to argue » dont le single « Zombie » traite de la guerre civile en Irlande du Nord. S'ensuivent trois autres albums.
Entre 1993 et 2001, le groupe sort 5 albums qu’il vend à près de 40 millions d’exemplaires, dont la moitié grâce à « No need to argue ».
En 2003 Dolores annonce que le groupe fait une pause car ils sont fatigués. Elle enregistre un album. Fait une tournée. Puis un autre album. Et là, PAF, elle ne fait pas de tournée solo, mais annonce qu’elle repartira en vadrouille avec ses trois potes.
Entre novembre 2009 et octobre 2010, 40 dates sont prévues en Amérique du Nord et Sud (dans des salles de taille modeste) et 40 en Europe (dont 18 zéniths en France, ce qui est considérable mais à la hauteur de l’amour que l’Hexagone voue au groupe – qui le lui rend bien).
Entre 1993 et 2001, le groupe sort 5 albums qu’il vend à près de 40 millions d’exemplaires, dont la moitié grâce à « No need to argue ».
En 2003 Dolores annonce que le groupe fait une pause car ils sont fatigués. Elle enregistre un album. Fait une tournée. Puis un autre album. Et là, PAF, elle ne fait pas de tournée solo, mais annonce qu’elle repartira en vadrouille avec ses trois potes.
Entre novembre 2009 et octobre 2010, 40 dates sont prévues en Amérique du Nord et Sud (dans des salles de taille modeste) et 40 en Europe (dont 18 zéniths en France, ce qui est considérable mais à la hauteur de l’amour que l’Hexagone voue au groupe – qui le lui rend bien).
À l'issue de ces dates le groupe sortira un sixième opus et repartira en tournée.
22 mars 2010 : The Cranberries au Zénith de Paris
22 mars 2010 : The Cranberries au Zénith de Paris
Cette date est complète depuis 5 mois. Et comment ! Les Cranberries reviennent après 7 ans d’absence dans une salle à la hauteur du groupe sans atteindre les proportions inhumaines du POPB-Bercy. Dans le public, tous les publics. Tous les sexes, tous les ages. Dolores n’a pas 40 ans. On en trouve qui ont son age, quelques-uns sont même plus agés. Le gros des troupes est trentenaire. Beaucoup sont vingtenaires comme votre serviteur et ont écouté les Canneberges à la radio lorsqu’ils étaient au collège/lycée. À l’époque cette musique plaisait à tout le monde, on enregistrait les morceaux sur cassette audio et on achetait les singles. Il n’y avait pas Internet, ni youtube, ni deezer, ni téléchargement légal, ni téléchargement illégal. Quelques-uns dans le public ont moins de 20 ans, ils sont venus en bande et ont probablement découvert le groupe sur jiwa.fr. Les filles sont beaucoup trop maquillées et pensent être désirables dans des hauts en lycra beaucoup trop ceintrés. Les garçons peinent à s’extirper du mal-être acnéique et de l’enferaillement dentaire auquel ils sont acculés. Pourtant ils sont là et vibrent aux mêmes chansons que moi à leur age. C’est un peu magique.
PS : Constat empirique : le public des Cran’ est plus petit que celui de Depeche Mode (qui fut mon dernier concert). Autant vous dire que quand tout le monde fait une tête de moins que soi et qu’on est plein centre et au 10e rang de la fosse, c’est du gateau, de la tarte, de l’or en barre.
Je fais court sur la première partie : Richard Walters. C’était gentil, en dépit de ses accents un peu trop JamesBlunt-iens que venait modérer un violoncelle aux délicieuses sonorités irlandaises qui permettaient de « se mettre dans le bain gaélique ». Après un set d’une huitaine de chansons, ils s’en vont. Le public applaudit. Et là mon voisin de gauche, d’habitude lourdeau dans ses analyses établit un constat implacable : « ce qui est terrible c’est que le groupe ne sait pas si on applaudit parce qu’on a aimé ou parce qu’on est content qu’ils se taisent ».
PS : Constat empirique : le public des Cran’ est plus petit que celui de Depeche Mode (qui fut mon dernier concert). Autant vous dire que quand tout le monde fait une tête de moins que soi et qu’on est plein centre et au 10e rang de la fosse, c’est du gateau, de la tarte, de l’or en barre.
Je fais court sur la première partie : Richard Walters. C’était gentil, en dépit de ses accents un peu trop JamesBlunt-iens que venait modérer un violoncelle aux délicieuses sonorités irlandaises qui permettaient de « se mettre dans le bain gaélique ». Après un set d’une huitaine de chansons, ils s’en vont. Le public applaudit. Et là mon voisin de gauche, d’habitude lourdeau dans ses analyses établit un constat implacable : « ce qui est terrible c’est que le groupe ne sait pas si on applaudit parce qu’on a aimé ou parce qu’on est content qu’ils se taisent ».
Le noir se fait. Les technicos s’activent. Le noir se défait. L’immense voile (noir) tombe. En fond de scène, on découvre des panneaux argentés suspendus sur trois niveaux qui créent une ambiance un peu électrique. C’est assez neutre, mais plutôt réussi et sert de support aux projecteurs pour créer des ambiances différentes. Le batteur s’installe au fond, les deux frères à gauche (guitariste) et à droite (bassiste), tandis qu’un musicos est là, en sus, à l’extrême droite avec un synthé et tout un tas d’autres instruments annexes. Dolores balaye le front de scène pendant l’heure quarante que dure le concert.
« Analyse » ouvre le bal. Tonique, vivant, irlandais, rock, ce titre donne le ton. Le public connaît, le public apprécie. Aérienne, la voix de Dolores tranche avec les instruments qui l’accompagnent. Son aspect à la fois diaphane et puissant me percute. Il n’aura de cesse de me percuter sur chaque chanson. Parce qu’elle les a écrites et qu’elle les a souvent éprouvées sur scène, Dolorès bénéficie d’une totale liberté dans l’adaptation scénique du répertoire. Elle fait chanter le public au bon rythme, de sorte que les chansons ne sont pas dénaturées : « You are with us. We are with you » répète-t-elle à plusieurs reprises, comme un leitmotiv (à l’image du titre « you and me » chanté en rappel). Elle s’exprime beaucoup entre les morceaux et quasi-systématiquement en français. Elle explique l’origine de l’inspiration d’une chanson « Animal instinct » fut écrite à la naissance de sa première fille. « Just my imagination » est une autre chanson post-natale sur le sacrifice de ses grasses-mâtinées des dimanches de gueule de bois. « Linger » fut la première composition du groupe. « When you’re gone » qui change de signification avec le temps et lui évoque aujourd’hui ses grands-parents disparus. Voilà le genre d’interactions qui font que le groupe n’est pas une machine à jouer de ville en ville et à engrenger des dollars, mais un artiste qui rencontre son public, avec sa sensibilité et selon l’humeur du jour. Dolores a une approche très physique de ses chansons et me laisse la même impression que Catherine Ringer (à la Cigale) il y a quelques temps. Les chansons ont un sens, et l’explication de texte passe aussi par le corps, une façon d’onduler, de marteler, de souligner un mot avec le poing ou la main ouverte. Ces deux femmes ont une approche plus nuancée des morceaux ; douceur n’est pas synonyme de faiblesse et n’est pas antinomique avec la révolte intrinsèque que représente ce mouvement musical. Ce n’est pas un rock viril débile, mais plus un cri à la fois brut et contrôlé. I like.
Les tubes s’enchaînent sans discontinuer, piochés principalement dans les deux albums les plus denses : « No need to argue » et « Bury the hatchet ». Pas rencunier, le groupe joue même « Ordinary day » que Dolores a sorti sur son premier album solo. Ils (les 4+1 larons) ont l’air de bien s’entendre sur scène. Musicalement, les interprétations montrent que les répétitions se sont bien déroulées. La magie fonctionne sur chaque morceau. Et 1h10 après le début, les premiers accords de Zombie résonnent dans le Zénith. Le public assis se lève et la fosse, déjà debout, lève les bras. Transe collective pour ce qui est l’hymne du groupe. Un hymne, tout le monde le connaît, il fait l’unanimité et transcende la salle entière. Pour U2, c’est Sunday Bloody Sunday, pour Mylène Farmer, c’est Désenchantée, pour les Rita, c’est Marcia Baila, pour Depeche Mode c’est Enjoy the Silence, et pour les Cranberries c’est Zombie. Ils ont pu se permettre de le jouer en dernier (avant les rappels) parce qu’ils ont plus d’un tube punchy dans leur sac à jouer avant et que le public n’a pas attendu Zombie pour être galvanisé par une chanson. Toujours est-il que c’était du délire. Évidemment version extended, dark à souhait et participative (what else ?). Autre particularité d’un hymne, il échappe un peu au groupe, le sens des paroles s’est dissipé. Chacun a trop entendu la chanson pour feindre de la redécouvrir en concert. Alors, il s’agit juste de se laisser bercer par l’instant. Apprécier l’harmonie de chaque note qui s’enchaîne selon un ordre magique qui nous fait revivre les moments où on l’a écouté cette chanson, où elle s’est associée à mille événements de sa vie, on était partout et à tous les moments. Cette chanson mille fois est revenue. On était seul chez soi, sur la moquette de sa chambre d’ado, dans la voiture, dans un TGV de nuit traversant la campagne, à l’autre bout du monde, hier encore au réveil ou sous la douche, dans le trajet en métro menant jusqu’à ce concert, en hésitant entre telle ou telle paire de rollers chez Go sport, après une rupture, avant une rupture, après une rencontre, avant, pendant, un jour d’anniversaire, un soir de pleine lune, en clip sur MTV, au détour d’un sourire, à l’ombre d’un chêne, au creux d’une épaule, dehors, dedans, ici, partout, et l’on ne sait plus, mais tout ça s’accumule, sédimente, et donne… du relief, à une chanson qui parle de tout sauf de ça, elle parle de guerre de morts, de haine, et pourtant elle donne du baume au cœur, parce qu’elle nous accompagne ; morbide compagnon, mais compagnon quand même ; fidèle comme une ombre, chaude comme un cœur amoureux et éternellement jeune et douce comme un sourire ami. En la jouant sur scène, il n’est pas impossible que le batteur en est la nausée, mais rien ne transparaît, la chanson se (re)constitue sous nos yeux comme au premier jour et se répercute en chacun de nous selon nos histoires respectives, avec la certitude toutefois que nous ajoutons là tous ensemble la même couche, et pas des moindres : une version live d’un groupe qui revient après 7 ans d’absence avec une Dolores en pleine possession de son incomparable voix. À la fin de cette chanson le groupe salue.
Le public se déchaîne pour rappeler les quatre irlandais, qu’il accueille au bout de 4 minutes en secouant des ballons aux couleurs de l’Irlande. Dolores apprécie. Elle chante « Shattered », « You and Me », « The journey » et… « DREAMS » (écouter ci-après et ci-contre). Cette ultime chanson est ma préférée. Tonique, vivante, irlandaise, rock, elle clôt magnifiquement le concert, comme « Analyse » l’avait commencé. Du grand art. Chapeaux bas les artistes.
PS : la playlist complète du concert est à
- lire ici : http://www.setlist.fm/setlist/the-cranberries/2010/le-zenith-paris-france-3d4a133.html
- écouter ici : http://www.jiwa.fr/#playlist/559809
(les chansons après « Dreams » n’ont pas été chantées au concert, mais méritent tout de même d’être écoutées)
« Analyse » ouvre le bal. Tonique, vivant, irlandais, rock, ce titre donne le ton. Le public connaît, le public apprécie. Aérienne, la voix de Dolores tranche avec les instruments qui l’accompagnent. Son aspect à la fois diaphane et puissant me percute. Il n’aura de cesse de me percuter sur chaque chanson. Parce qu’elle les a écrites et qu’elle les a souvent éprouvées sur scène, Dolorès bénéficie d’une totale liberté dans l’adaptation scénique du répertoire. Elle fait chanter le public au bon rythme, de sorte que les chansons ne sont pas dénaturées : « You are with us. We are with you » répète-t-elle à plusieurs reprises, comme un leitmotiv (à l’image du titre « you and me » chanté en rappel). Elle s’exprime beaucoup entre les morceaux et quasi-systématiquement en français. Elle explique l’origine de l’inspiration d’une chanson « Animal instinct » fut écrite à la naissance de sa première fille. « Just my imagination » est une autre chanson post-natale sur le sacrifice de ses grasses-mâtinées des dimanches de gueule de bois. « Linger » fut la première composition du groupe. « When you’re gone » qui change de signification avec le temps et lui évoque aujourd’hui ses grands-parents disparus. Voilà le genre d’interactions qui font que le groupe n’est pas une machine à jouer de ville en ville et à engrenger des dollars, mais un artiste qui rencontre son public, avec sa sensibilité et selon l’humeur du jour. Dolores a une approche très physique de ses chansons et me laisse la même impression que Catherine Ringer (à la Cigale) il y a quelques temps. Les chansons ont un sens, et l’explication de texte passe aussi par le corps, une façon d’onduler, de marteler, de souligner un mot avec le poing ou la main ouverte. Ces deux femmes ont une approche plus nuancée des morceaux ; douceur n’est pas synonyme de faiblesse et n’est pas antinomique avec la révolte intrinsèque que représente ce mouvement musical. Ce n’est pas un rock viril débile, mais plus un cri à la fois brut et contrôlé. I like.
Les tubes s’enchaînent sans discontinuer, piochés principalement dans les deux albums les plus denses : « No need to argue » et « Bury the hatchet ». Pas rencunier, le groupe joue même « Ordinary day » que Dolores a sorti sur son premier album solo. Ils (les 4+1 larons) ont l’air de bien s’entendre sur scène. Musicalement, les interprétations montrent que les répétitions se sont bien déroulées. La magie fonctionne sur chaque morceau. Et 1h10 après le début, les premiers accords de Zombie résonnent dans le Zénith. Le public assis se lève et la fosse, déjà debout, lève les bras. Transe collective pour ce qui est l’hymne du groupe. Un hymne, tout le monde le connaît, il fait l’unanimité et transcende la salle entière. Pour U2, c’est Sunday Bloody Sunday, pour Mylène Farmer, c’est Désenchantée, pour les Rita, c’est Marcia Baila, pour Depeche Mode c’est Enjoy the Silence, et pour les Cranberries c’est Zombie. Ils ont pu se permettre de le jouer en dernier (avant les rappels) parce qu’ils ont plus d’un tube punchy dans leur sac à jouer avant et que le public n’a pas attendu Zombie pour être galvanisé par une chanson. Toujours est-il que c’était du délire. Évidemment version extended, dark à souhait et participative (what else ?). Autre particularité d’un hymne, il échappe un peu au groupe, le sens des paroles s’est dissipé. Chacun a trop entendu la chanson pour feindre de la redécouvrir en concert. Alors, il s’agit juste de se laisser bercer par l’instant. Apprécier l’harmonie de chaque note qui s’enchaîne selon un ordre magique qui nous fait revivre les moments où on l’a écouté cette chanson, où elle s’est associée à mille événements de sa vie, on était partout et à tous les moments. Cette chanson mille fois est revenue. On était seul chez soi, sur la moquette de sa chambre d’ado, dans la voiture, dans un TGV de nuit traversant la campagne, à l’autre bout du monde, hier encore au réveil ou sous la douche, dans le trajet en métro menant jusqu’à ce concert, en hésitant entre telle ou telle paire de rollers chez Go sport, après une rupture, avant une rupture, après une rencontre, avant, pendant, un jour d’anniversaire, un soir de pleine lune, en clip sur MTV, au détour d’un sourire, à l’ombre d’un chêne, au creux d’une épaule, dehors, dedans, ici, partout, et l’on ne sait plus, mais tout ça s’accumule, sédimente, et donne… du relief, à une chanson qui parle de tout sauf de ça, elle parle de guerre de morts, de haine, et pourtant elle donne du baume au cœur, parce qu’elle nous accompagne ; morbide compagnon, mais compagnon quand même ; fidèle comme une ombre, chaude comme un cœur amoureux et éternellement jeune et douce comme un sourire ami. En la jouant sur scène, il n’est pas impossible que le batteur en est la nausée, mais rien ne transparaît, la chanson se (re)constitue sous nos yeux comme au premier jour et se répercute en chacun de nous selon nos histoires respectives, avec la certitude toutefois que nous ajoutons là tous ensemble la même couche, et pas des moindres : une version live d’un groupe qui revient après 7 ans d’absence avec une Dolores en pleine possession de son incomparable voix. À la fin de cette chanson le groupe salue.
Le public se déchaîne pour rappeler les quatre irlandais, qu’il accueille au bout de 4 minutes en secouant des ballons aux couleurs de l’Irlande. Dolores apprécie. Elle chante « Shattered », « You and Me », « The journey » et… « DREAMS » (écouter ci-après et ci-contre). Cette ultime chanson est ma préférée. Tonique, vivante, irlandaise, rock, elle clôt magnifiquement le concert, comme « Analyse » l’avait commencé. Du grand art. Chapeaux bas les artistes.
PS : la playlist complète du concert est à
- lire ici : http://www.setlist.fm/setlist/the-cranberries/2010/le-zenith-paris-france-3d4a133.html
- écouter ici : http://www.jiwa.fr/#playlist/559809
(les chansons après « Dreams » n’ont pas été chantées au concert, mais méritent tout de même d’être écoutées)
lundi 22 mars 2010
Bus Palladium

Paris, 1980s, Lust est un groupe de rock composé de cinq amis d’enfance qui se lancent et cherchent à percer. Ils arrivent bien après les Stones et ne sont ni anglais ni américains. Pourtant ils ont du talent.
Typiquement le genre de film que j’aurais aimé aimer. Constat amer, le film est insipide ou, pire, avec un goût de déjà-vu, mais on ne sait trop où. À y réfléchir c’est dans notre tête qu’on l’a déjà vu, après avoir lu synopsis. Le film est propre, mais peut-être trop propre. Et lorsque l’on parle du Rock n’ Roll, il faut peut-être lâcher la bride dans la réalisation. Là c’est attendu, presque cliché. Oh on ne s’ennuie pas, non. Mais on ne s’enflamme pas non plus. Pour sûr, les comédiens sauvent la mise. Une mention extra-spéciale à François Civil qui joue Mario, un des cinq larrons de la bande qui, non-musicien, s’improvise agent/impresario. Comédien très drôle et toujours juste (et très drôle – même si je l’ai déjà dit). PS: Il est au premier plan sur la photo supra.
La trame narrative est convenue : le groupe tient à la force du couple leader-guitariste que vient mettre en péril une jeune fille mignonne. Et puis en fond, bien entendu, la drogue, les filles, le petit succès, une BO Rock, la maison de disques, la salle de concerts (bus palladium), etc. Le film commence par l’enterrement du leader du groupe puis fait un flash back d’une heure trente sur les deux années précédentes qui conduisent à cette scène au cimetière. On n’aura donc rien à se mettre sous la dent en guise d’éléments de surprise. Dommage. Ce qu’il en reste est plaisant à regarder, mais à la fin il n’en reste rien… comme un mauvais chocolat qu’on suce : bon dans l’instant, oublié une fois l’instant passé. La chanson finale est « Rock n’ Roll Suicide », peut-être la plus belle chanson de tous les temps. Elle colle au thème du film puisqu’un chanteur de rock se… suicide. Elle colle parfaitement au thème, trop parfaitement. D’ailleurs la chanson est coupée au moment des génériques qui défilent sur une musique originale. On aurait préféré rester avec le grand David. Une fois sortis de la salle, c’est un peu le cas. Le film est oublié, mais la chanson de Bowie raisonne encore.
TV: La soirée électorale

La Un, la Deux, la Trois. Tout le monde sur le pont pour une soirée électorale « d’exception ». On n’a pas le don d’ubiquité, mais avec la zapette on l’a presque. 1-2-3-1-2-3 ou 2-1-3-2-1-3 ou mille autres possibilités. Chacun y va selon son inspiration.
Sur la Deux, c’est viril mais correct. Pujadas est là pour être sérieux, pour parler, pour animer le plateau. Elise lucet est là pour faire une annonce tous les quart d’heure : « merci Elise ». On sent le côté service public : un homme, une femme. Méthode Chabadabada, comme pour les listes aux Régionales. Parité. Tout bien tout bien. Neutralité. Mais bon faut pas délirer quand même : « merci Elise ».
Sur la Trois, on est encore en grève, comme au premier tour. Ou si on ne l’est plus, on ne fait pas la différence. Est-on sur un plateau de fromages national ou régional… on ne sait. Parfois un journaliste lance un duplex avec Zorro. Fausse manip’, c’est juste que dans ladite région, les techniciens sont en grève et que pour occuper l’espace, en lieu et place d’une soirée électorale, on (re)diffuse Zorro.
Sur la Un, c’est toujours très glam. Ferrari à paillette, Chazal à gogo, on donne dans le sourire, le plateau est en platinium brut, les invités sont peu nombreux, ils ont de l'espace, ils sont à dix mètres les uns des autres. Et y'a de la qualité les enfants: personne ne refuse une invitation sur la première chaîne. Aussi, à 20h00 (heure du crime), le plus beau plateau de fromages est sur la Un. On a les top leaders (comme YSL se payait les Top-Modèles) : X.Bertrand, C. Lagarde, B. Delanoë, L.Fabius, C.Duflot, MG.Buffet. Et on ne s’encombre pas de l’extrême droite qui signe pourtant avec cette élection son grand retour sur l’échiquier politique. Le Pen (père ou fille) n’est pas assez glam probablement. Lagarde écharpe Fabius sur la politique fiscale, celui-ci réplique. On se dit qu’il va y avoir un débat. Mais non. Game over. Comme à plusieurs reprises. Lolo Ferrari interrompt tout le monde par un quelconque prétexte : annonce d’un duplex ou d’un bilan des résultats « région par région ». Pourquoi ? « Parce que c’est important ». C’était pourtant amusant d’entendre Kiki Lagarde nous prouver par a + b que le bouclier fiscal a pour vocation de bénéficier aux foyers les plus modestes. On n’aura pas le détail de la démonstration malheureusement. Tout s’enchaîne inéluctablement : la déclaration de FF (F.Fillon), celle de M.Aubry, celle de Frêche (so not « fresh »), etc. Et toujours le même constat : Lorsqu’ils sont en duplex, les hommes politiques attendent que TF1 leur donne le feu vert pour parler. Du coup sur France 2, ça poireaute alors que sur TF1 ça bataille féroce sur le plateau de fromages. Ah, on voit bien où est le pouvoir… Celui qui domine c’est celui qui fait attendre l’autre. Retour sur le plateau-TV : la droite ne reconnaît pas sa défaite. Et, comme tout mauvais accusé, tout en disant qu’elle n’a pas perdu, elle trouve quand même un alibi à sa défaite : la crise « sans précédent que traverse notre pays ». Après tout ça ne mange pas de pain. On s’approche à grand pas des 20h45. Dans l'oreillette, on dit aux deux dames qui animent le plateau qu'on va finir avec 20 minutes d'avance, parce que "Oh, hé, hein, bon". Finito la politique, place au spectacle, place au rêve : « Les Experts ».
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