mercredi 3 mars 2010

"A single man", de Tom Ford



1962, Los Angeles.
George Falconer, Pr. d'Anglais à l'Université, apprend par téléphone qu'il a perdu Jim, son "compagnon" depuis 16 ans, dans un accident de voiture. Dévasté, l'homme tente de répondre à une seule question: "Est-il possible de vivre?". Car ce George est déjà naturellement flegmatique. Anglais, Londonien, il semble maintenir en permanence une distance entre les événements et lui. Il a toujours été comme ça, même lorsque le monde avait des couleurs, du temps où son amour était vivant.
Colin Firth interprête brillamment ce rôle solitaire qui ne parvient à se livrer vraiment qu'à sa meilleure amie, sa confidente de toujours qui est jouée par la délicieuse Julianne Moore. Les deux méritent l'oscar. Et le film mérite d'être vu. Le temps est lent, l'atmosphère troublante, sans que jamais on ne s'ennuie. Tom Ford apporte l'esthétisme, la sensibilité et la sensualité qui donnent du souffle au film et l'éloignent de toute mièvrerie. Il fait du sur-mesure brodé au fil d'or. Tom Ford joue et gagne.

"A few times in my life I've had moments of absolute clarity, when for a few brief seconds the silence drowns out the noise and I can feel rather than think, and things seem so sharp and the world seems so fresh. I can never make these moments last. I cling to them, but like everything, they fade. I have lived my life on these moments. They pull me back to the present, and I realize that everything is exactly the way it was meant to be."

Téléphones s'enfilent !

Cette boutique ressemble à un gros cube rouge qui rime avec "elle sait faire", sauf que non, elle ne sait pas faire. On y croise des gens venus changer de téléphone, venu se plaindre de x et y choses, venus rêver devant leur futur "cellulaire". Le spectacle sidère dans sa violence morale, voici quelques saynètes observées à mes dépends alors que j'attendais mon tour.

Un vieux monsieur entre. Je dois à l'honnêteté de dire qu'il était même très vieux, du genre croulant. Nul doute qu'il allait se faire avoir le pauvre. Il voulait un téléphone usuel qui donne l'heure et permette de téléphoner. Il repartit avec un truc qui clignote dans tous les sens et qui prend des photos de 5 millions de pixels qu'il pourra relier à son non-ordinateur grâce à un fil qu'il n'a -dieu merci- pas acheté. En revanche il succomba bel et bien à la tentation de souscrire à une assurance complémentaire de 8 euros par mois au cas où il arrivât quelque chose à son joujou. Le pauvre homme n'avait pu se rassembler pour faire le calcul simple que cette cotisation coûtait en fait un bras, et même le prix d'un téléphone en quelques mois de versement... En partant, médusé face à l'engin bourré de technologie, le vieillard regarda comme il put le vendeur et lui demanda, comment en s'excusant: "Pouvez-vous m'aider à régler l'heure?". Si le pauvre type redoutait déjà d'échouer dans son entreprise de régler l'horloge, il n'était pas au bout de ses peines.

Deuxième situation une dame. Oui, une dame comme le VIIe arrondissement en produit de plus typiques. Sûre d'elle, le regard sévère, la jupe droite, le talon haut, la voix qui porte, la lunette carrée. Elle était entrée dans la boutique comme d'autres ouvrent la porte de le réfrigérateur . Elle était chez elle et tout le monde l'avait bien compris. Sur son passage hommes et objets semblait plier. Elle n'y alla pas par quatre chemins: "je voudrais m'adresser au responsable de la boutique immédiatement". Son charisme lui permit de n'avoir pas à justifier cette requête et de voir l'employé s'exécuter dans la seconde. Les clients qui s'impatientaient dans la file d'attente demeurèrent silencieux et ne purent que ruminer leur petitesse. Face au grand boss, la dame du VIIe sortit le grand jeu: mouvements de bras, haussements d'épaules, mine effarée. Quelques minutes plus tard on a vu entré dans le magasin un morveux de 17 ans qui rejoint sa mère et se posta à son côté, non sans avoir reçu une taloche. Lui faisait profil bas. La responsable avait l'air gêné également. Apparemment le petit serait venu modifier son forfait quelques jours auparavant, sans l'autorisation de sa mère. Chacun essayait de garder la face. Pathétique. La dame du VII sortit triomphante, marchant deux pas derrière son fils qui avançait tête basse.

vendredi 26 février 2010

"Une Education", de Lone Scherfig

Jenny est anglaise, a 16 ans en 1961, est la fille unique d’un couple de parents sans histoire (à tous les sens du mot) qui ne rêvent que d’une chose : voir leur fille intégrer une Université d’Oxford. Parce que c’est quand même rassurant pour des parents. On la voit du coup s’y préparer jour et nuit, jusqu’à demander à son père quels « hobbies » elle doit avoir, en vue de l’oral d’entrée où il faudra faire bonne figure. Ainsi, elle joue du violoncelle dans un orchestre. La case « je suis sociable » étant remplie sur le CV, à quoi bon rester dans ce miteux orchestre ? Et son père de trancher : « Si tu en pars trop tôt, tu passeras pour une rebelle ». Jenny reste dans l’orchestre.

L’histoire bascule lorsqu’elle rencontre un type de deux fois son age qui, alors qu’il pleut, lui propose, avec toute la courtoisie qui sied à la situation, de la ramener chez elle. S’ensuit un marivaudage, un ravissement et tout un tas de péripéties classiques dans ce genre d’idylle romantique sans être mièvre (le mot « Paris » revient toutes les 10 minutes). En parfait gentleman, il la sort dans le monde, la fait voyager, lui parle peinture, musique…

Voilà un film d’époque tout à fait délicieux et agréablement surprenant... À 16 ans et avec beaucoup de maurité, la jeune fille tente d’affronter des choix de vie déterminants. Ses parents sont vite dépassés par les événements et peinent à résister à la tentation de succomber aux sirènes de la stabilité qu’offre ce riche dandy trentenaire qui sait les amadouer.

16/20

Les WC

Il y a des mots comme ça qui, par leur simple énoncé, me font rire. Au risque de paraître trivial, je me risque avec l’un d’entre eux, j’ai nommé les WC. La juxtaposition de ces deux lettres si différentes et si alphabétiquement éloignées ne peut que provoquer l’hilarité chez son lecteur. Ce « double-V » a déjà du mal à ressembler à quelque chose lorsqu’il est seul. Mais alors quand il vient se coller au « C » comme ça, en toute vulgarité… Enfin il y a pire. Il y a cette assonance : « vécé » qui est même systématiquement accentuée à l’orale lorsque l’on dit « les vécé ». « Où sont les vécé ? ». A t’entendre, « Dans ta bouche » a-t-on envie de répondre.

Syn. : Toilettes, Waters.
Mais aussi : Chiottes, « pipi-room » (pour les plus audacieux)

La semaine prochaine: PQ

mardi 23 février 2010

L’autre Dumas, de Safy Nebbou

Benoît (Poelvoorde) joue Auguste (Maquet), et Gérard (Depardieu) joue Alexandre (Dumas). Le premier est « l’autre Dumas, le nègre ». Le second est le premier Dumas, le vrai.

Le film est une réussite, du début à la fin et sur tous les plans, ce qui n’est malheureusement pas l’avis de toutes les critiques, qui ont apparemment pris la décision de ne plus jamais rien aimer de peur de passer un bon moment et de ne savoir pas comment gérer ce sentiment nouveau. Par ailleurs, un lundi à 22h25 nous n’étions que 7 aux Halles, dans une salle petite… curieux… Bref !

De quoi s’agit-il ? Auguste Maquet est un homme de l’ombre, à l’ombre du gigantesque et dantesque Dumas. Il n’est pas à proprement parler un nègre, il est beaucoup plus que ça. On va les suivre dans les semaines qui précèdent la révolution de 1848, alors que les deux écrivains s’attèlent à l’écriture parallèle d’une pièce et d’un roman.
Ils sont inséparables et irréconciliables.

Inséparables parce que, d’un côté, le Grand-Alexandre ne peut se passer de son « collaborateur » pour écrire ; et de l’autre, le trop sérieux Maquet ne peut se passer de son maître qui donne à la rigueur de son style la flamboyance nécessaire à tout succès littéraire.

Irréconciliables parce que les caractères s’opposent.
Dumas/Depardieu sort de lui-même, sort de l’écran, dévore tout ce qui passe : animaux, femmes, paysages… Il empoigne son désir et poursuit son chemin, comme un brise-glace qui fend la banquise-France selon sa vision, sans tergiverser à chaque centimètre pour savoir si le cap est bon. Il avance fort et juste, selon son intuition qui est toujours la bonne.
À l’inverse, Maquet/Poelvoorde est un travailleur plus appliqué, plus contraint, plus serré. Alors qu’il le voudrait, il ne parvient pas à sortir de ses gonds. Il se retient, il est fidèle et lorsqu’une passion amoureuse se dresse devant lui, il joue de maladresse, se prend les pieds dans le tapis entraînant dans sa chute un peu tout le monde, et même le régime politique. Et dieu sait que dans ce film le contexte historique est passionnant à observer, en toile de fond, par petites touches impressionnistes.

Ces histoires de nègres font toujours un peu fantasmer. Se dire que derrière l’histoire officielle, derrière la plume de tel ou tel il y a un oublié, un être talentueux, mais qui, pour mille raisons, n’accède pas au rang d’immortel de la littérature. Le sentiment de prendre part à une œuvre qu’il n’aurait probablement pas été capable d’initier se mêle à l’amère douleur du manque de reconnaissance. Maquet ne peut qu’être un wagon de la locomotive Dumas et Dumas ne peut avancer sans cet attelage. Peut-être le plus beau film qui soit sur le travail en équipe…

Pour le reste, tout est réussi : les costumes, les décors, la musique, la photo. Les personnages secondaires très bien servis. La réalisation est neutre ; ce n’est peut-être pas plus mal, ça n’entrave pas le déroulement du récit ni le plaisir complètement jouissif qu’il y a à observer notre Gérard national déployer tout son talent avec une déconcertante facilité.

jeudi 11 février 2010

Variations d’un plouc dès potron minet

_ Dès potron minet, la neige est belle, Paris pâlit.

_ Sarah Palin ? … pâlit aussi, de l’autre côté de l’atlantique. Drôle de tourbillon médiatique aussi débile qu’elle, la blanche américaine, gouverneure du candide Alaska à l’ours blanc et au noir pétrole. Drôle d’histoire que son histoire que cette course à la Blanche-Maison, ce « ticket » avec McCain, qui n’a plus tellement la patate depuis la défaite.

_ Dans le genre couple star, on lit des choses hallucinantes. Balkani prétend avoir couché avec Bardot dans les années… 60. Hm… Non, on n’a pas envie de savoir. Très sérieusement, quand l’on voit la photo des deux individus aujourd’hui… non, on n’a pas envie de savoir. Eh puis, c’est toujours facile de se vanter un demi-siècle après quand on est aussi sénile l’un que l’autre. On ne répètera jamais assez qu’il est préférable pour les superstars d’une époque de mourir au crépuscule de cette époque avant qu’une autre la remplace. Après on devient vieille et on ne parle plus qu’aux animaux.

_ Lu: Petite annonce :
« JF cherche homme mûr, mais pas trop. Hommes dégarnis au chéquier bien garni, bienvenus »

_ Entendu: Conversation :
« Tu lis quoi là ?
_ Là ? J’lis Les Misérables.
_ Pff ! C’est tellement 1802 »

_ Lu: Petit annonce :
« Cadre argenté cherche beau tableau pour mettre dedans »

_ Entendu: Conversation :
« C’est grand chez toi, j’aimerais bien visiter ?
_ Bah studio. Normal quoi, on se monte dessus.
_ Tu veux pas qu’on visite d’abord ? »

mardi 9 février 2010

Tombe la neige, ci-gît la mariée

Encore du blanc tombé du ciel ce matin, en flocons. Ma vie plan plan devient blanc blanc. La neige s’accroche à l’air, on dirait. Elle me rappelle ce soir d’été où deux amants buvaient du blanc côte-à-côté sur la banquette et côte d’agneaux dans leurs assiettes. C’était elle et lui. Ce fut toi et moi. Après le vin blanc vint le blanc de blanc. Et puis ce fut nous deux, seuls, dans le blanc des yeux. Partis déjà loin, loin du blanc de dinde. Puis aux Blancs manteaux, tu me revins, blanche colombe. Et l’air de rien, de toi à moi, de moi à toi. De banc public en banc public… on les publia, les bans. Ce jour d’été, un an plus tard la mariée était en blanc. Ce fut toi. Les chèques étaient en blanc aussi. Ce fut moi. Echanges d’alliances pour plus de confiance. Ce fut toi et moi. Un blanc seing à notre amour, dans cette église, au sein des saints. Ou déjà loin : le sable fin, rien n’était feint, le sable blanc, sans faire semblant. Comme nos semblables, tout simplement. Rue Blanche on emménagea. Curieusement tu disais qu’on déménageait. C’était déjà renoncer. Pourquoi la déballer, la blanche porcelaine, si dès l’instant d’après nous succombions à la faucheuse des amours vertes, l’insupportable litanie des habitudes ? Pourquoi ce chien ? Plus rantamplan que croc-blanc. Adieu au rêve. Les bancs publics sont déjà loin. Je ne sais pas bien quand tout ça a disparu. Tout ça c’est la colombe et puis le sable blanc qui devenu mouvant a bu mes souvenirs. Tes yeux sont toujours bleu, mais plus le même bleu. Quelque chose est parti, sans que je m’aperçoive. Etait-ce un cri ? Un cri silencieux, comme tous les cris qui viennent de loin. Cupidon a dû tiré à blanc. Un coup pour rien. Et on se tire. Sans la tirelire. Sans grand délire. Le blanc des yeux, monté en neige, est retombé, comme un soufflé, un camouflet à ta beauté. Celle-la même qui aurait dû m’accompagner jusqu’aux sombres ténèbres de nos vies évanouies. Et même là, sans respirer, loin de nos corps désintégrés, nous aurions dû l’étreinte poursuivre, dans la blanche lumière de l’infini. À jamais imprimée sur ma prunelle mordorée, ton image diaphane aurait dû -le pouvait-elle ?- m’accompagner à tout jamais dans un élan, un souffle long, interminable comme le fut ton baiser par ce doux soir d’été. Mais non. Non. Il n’a pu en être ainsi. Pourquoi ? Oh, mais parce qu’en fait t’es vraiment qu’une grosse connasse.