mardi 9 février 2010

Tombe la neige, ci-gît la mariée

Encore du blanc tombé du ciel ce matin, en flocons. Ma vie plan plan devient blanc blanc. La neige s’accroche à l’air, on dirait. Elle me rappelle ce soir d’été où deux amants buvaient du blanc côte-à-côté sur la banquette et côte d’agneaux dans leurs assiettes. C’était elle et lui. Ce fut toi et moi. Après le vin blanc vint le blanc de blanc. Et puis ce fut nous deux, seuls, dans le blanc des yeux. Partis déjà loin, loin du blanc de dinde. Puis aux Blancs manteaux, tu me revins, blanche colombe. Et l’air de rien, de toi à moi, de moi à toi. De banc public en banc public… on les publia, les bans. Ce jour d’été, un an plus tard la mariée était en blanc. Ce fut toi. Les chèques étaient en blanc aussi. Ce fut moi. Echanges d’alliances pour plus de confiance. Ce fut toi et moi. Un blanc seing à notre amour, dans cette église, au sein des saints. Ou déjà loin : le sable fin, rien n’était feint, le sable blanc, sans faire semblant. Comme nos semblables, tout simplement. Rue Blanche on emménagea. Curieusement tu disais qu’on déménageait. C’était déjà renoncer. Pourquoi la déballer, la blanche porcelaine, si dès l’instant d’après nous succombions à la faucheuse des amours vertes, l’insupportable litanie des habitudes ? Pourquoi ce chien ? Plus rantamplan que croc-blanc. Adieu au rêve. Les bancs publics sont déjà loin. Je ne sais pas bien quand tout ça a disparu. Tout ça c’est la colombe et puis le sable blanc qui devenu mouvant a bu mes souvenirs. Tes yeux sont toujours bleu, mais plus le même bleu. Quelque chose est parti, sans que je m’aperçoive. Etait-ce un cri ? Un cri silencieux, comme tous les cris qui viennent de loin. Cupidon a dû tiré à blanc. Un coup pour rien. Et on se tire. Sans la tirelire. Sans grand délire. Le blanc des yeux, monté en neige, est retombé, comme un soufflé, un camouflet à ta beauté. Celle-la même qui aurait dû m’accompagner jusqu’aux sombres ténèbres de nos vies évanouies. Et même là, sans respirer, loin de nos corps désintégrés, nous aurions dû l’étreinte poursuivre, dans la blanche lumière de l’infini. À jamais imprimée sur ma prunelle mordorée, ton image diaphane aurait dû -le pouvait-elle ?- m’accompagner à tout jamais dans un élan, un souffle long, interminable comme le fut ton baiser par ce doux soir d’été. Mais non. Non. Il n’a pu en être ainsi. Pourquoi ? Oh, mais parce qu’en fait t’es vraiment qu’une grosse connasse.

1 commentaire:

Baron Rouge a dit…

Je m'arracherai un bras si on m'assurait pouvoir écrire comme toi.