mercredi 24 mars 2010
lundi 22 mars 2010
Bus Palladium

Paris, 1980s, Lust est un groupe de rock composé de cinq amis d’enfance qui se lancent et cherchent à percer. Ils arrivent bien après les Stones et ne sont ni anglais ni américains. Pourtant ils ont du talent.
Typiquement le genre de film que j’aurais aimé aimer. Constat amer, le film est insipide ou, pire, avec un goût de déjà-vu, mais on ne sait trop où. À y réfléchir c’est dans notre tête qu’on l’a déjà vu, après avoir lu synopsis. Le film est propre, mais peut-être trop propre. Et lorsque l’on parle du Rock n’ Roll, il faut peut-être lâcher la bride dans la réalisation. Là c’est attendu, presque cliché. Oh on ne s’ennuie pas, non. Mais on ne s’enflamme pas non plus. Pour sûr, les comédiens sauvent la mise. Une mention extra-spéciale à François Civil qui joue Mario, un des cinq larrons de la bande qui, non-musicien, s’improvise agent/impresario. Comédien très drôle et toujours juste (et très drôle – même si je l’ai déjà dit). PS: Il est au premier plan sur la photo supra.
La trame narrative est convenue : le groupe tient à la force du couple leader-guitariste que vient mettre en péril une jeune fille mignonne. Et puis en fond, bien entendu, la drogue, les filles, le petit succès, une BO Rock, la maison de disques, la salle de concerts (bus palladium), etc. Le film commence par l’enterrement du leader du groupe puis fait un flash back d’une heure trente sur les deux années précédentes qui conduisent à cette scène au cimetière. On n’aura donc rien à se mettre sous la dent en guise d’éléments de surprise. Dommage. Ce qu’il en reste est plaisant à regarder, mais à la fin il n’en reste rien… comme un mauvais chocolat qu’on suce : bon dans l’instant, oublié une fois l’instant passé. La chanson finale est « Rock n’ Roll Suicide », peut-être la plus belle chanson de tous les temps. Elle colle au thème du film puisqu’un chanteur de rock se… suicide. Elle colle parfaitement au thème, trop parfaitement. D’ailleurs la chanson est coupée au moment des génériques qui défilent sur une musique originale. On aurait préféré rester avec le grand David. Une fois sortis de la salle, c’est un peu le cas. Le film est oublié, mais la chanson de Bowie raisonne encore.
TV: La soirée électorale

La Un, la Deux, la Trois. Tout le monde sur le pont pour une soirée électorale « d’exception ». On n’a pas le don d’ubiquité, mais avec la zapette on l’a presque. 1-2-3-1-2-3 ou 2-1-3-2-1-3 ou mille autres possibilités. Chacun y va selon son inspiration.
Sur la Deux, c’est viril mais correct. Pujadas est là pour être sérieux, pour parler, pour animer le plateau. Elise lucet est là pour faire une annonce tous les quart d’heure : « merci Elise ». On sent le côté service public : un homme, une femme. Méthode Chabadabada, comme pour les listes aux Régionales. Parité. Tout bien tout bien. Neutralité. Mais bon faut pas délirer quand même : « merci Elise ».
Sur la Trois, on est encore en grève, comme au premier tour. Ou si on ne l’est plus, on ne fait pas la différence. Est-on sur un plateau de fromages national ou régional… on ne sait. Parfois un journaliste lance un duplex avec Zorro. Fausse manip’, c’est juste que dans ladite région, les techniciens sont en grève et que pour occuper l’espace, en lieu et place d’une soirée électorale, on (re)diffuse Zorro.
Sur la Un, c’est toujours très glam. Ferrari à paillette, Chazal à gogo, on donne dans le sourire, le plateau est en platinium brut, les invités sont peu nombreux, ils ont de l'espace, ils sont à dix mètres les uns des autres. Et y'a de la qualité les enfants: personne ne refuse une invitation sur la première chaîne. Aussi, à 20h00 (heure du crime), le plus beau plateau de fromages est sur la Un. On a les top leaders (comme YSL se payait les Top-Modèles) : X.Bertrand, C. Lagarde, B. Delanoë, L.Fabius, C.Duflot, MG.Buffet. Et on ne s’encombre pas de l’extrême droite qui signe pourtant avec cette élection son grand retour sur l’échiquier politique. Le Pen (père ou fille) n’est pas assez glam probablement. Lagarde écharpe Fabius sur la politique fiscale, celui-ci réplique. On se dit qu’il va y avoir un débat. Mais non. Game over. Comme à plusieurs reprises. Lolo Ferrari interrompt tout le monde par un quelconque prétexte : annonce d’un duplex ou d’un bilan des résultats « région par région ». Pourquoi ? « Parce que c’est important ». C’était pourtant amusant d’entendre Kiki Lagarde nous prouver par a + b que le bouclier fiscal a pour vocation de bénéficier aux foyers les plus modestes. On n’aura pas le détail de la démonstration malheureusement. Tout s’enchaîne inéluctablement : la déclaration de FF (F.Fillon), celle de M.Aubry, celle de Frêche (so not « fresh »), etc. Et toujours le même constat : Lorsqu’ils sont en duplex, les hommes politiques attendent que TF1 leur donne le feu vert pour parler. Du coup sur France 2, ça poireaute alors que sur TF1 ça bataille féroce sur le plateau de fromages. Ah, on voit bien où est le pouvoir… Celui qui domine c’est celui qui fait attendre l’autre. Retour sur le plateau-TV : la droite ne reconnaît pas sa défaite. Et, comme tout mauvais accusé, tout en disant qu’elle n’a pas perdu, elle trouve quand même un alibi à sa défaite : la crise « sans précédent que traverse notre pays ». Après tout ça ne mange pas de pain. On s’approche à grand pas des 20h45. Dans l'oreillette, on dit aux deux dames qui animent le plateau qu'on va finir avec 20 minutes d'avance, parce que "Oh, hé, hein, bon". Finito la politique, place au spectacle, place au rêve : « Les Experts ».
mercredi 17 mars 2010
"Luchini lit Murray" au Théâtre de l'Atelier

Je ne m’attendais pas à revoir Fabrice Luchini sur scène avant un petit moment ; lui qui vient juste de terminer son « Point sur Robert » que j’avais adoré. Oui mais voilà, le 2 décembre 2009, à la demande de la veuve de Philippe Muray, Luchini a fait une lecture de cet auteur à La société des gens de lettres. Ca n’avait pas vocation à aller plus loin. Seulement ce fut un franc succès. D’où l’idée de le proposer à un public plus large que les membres de ce cercle restreint et privilégié. De ce point de vue l’objectif est atteint, grâce à des places à bas prix (15, 20 et 25 eur.), et grâce au choix du théâtre. Le théâtre de l’Atelier se situe dans le XVIIIe arr., il est mignon, accueillant et chaleureux. C’est l’anti-Marigny, l’anti-Théâtre des champs Élysées qui sont vastes et froids. Dans sa composition, le public était varié. Dans son attitude, il était éveillé et trépidant. L’écueil d’une lecture publique, c’est l’ennui, la froideur, la bien-pensance des « intellectuels pourris de Paris »*. C’est trop souvent le cas. Mais là, rien à voir !
Évidemment il arrive en terrain conquis et reçoit une salve d’applaudissement en montant sur scène. Il s’assoit à côté d’une table où sont disposés quelques ouvrages. Derrière lui le rideau est fermé renforçant le sentiment de proximité. Ce n’est pas une leçon de littérature, c’est un agréable aiguillage. En ce sens, même si le public est sien, il aime le prendre à rebours, le taquiner, l’entraîner sur des voies inconnues. Luchini commence par un court extrait de Cioran au cynisme inégalable et, ironique, nous prévient que ça c’est pour se détendre avant d’aborder des textes plus pessimistes encore. Puis il lit Philippe Muray. C’est un décryptage aigü du monde moderne dans ce qu’il a de plus absurde et sinistre. Il moque une époque où trônent l'hyper-festif et l'infantéisme. Ca fait rire autant que ça interpelle. Luchini s’atarde sur certains mots ou expressions, par simple amour de la langue et de la musique qu’elle produit. En ce sens il donne du relief au texte, une troisième dimension. Le texte est mis en espace. Pour le spectateur, écouter devient jouissif. Le comédien-lecteur procure autant de plaisir qu’il ne semble en prendre partageant ces textes. L'Art est placé très haut et il ne s'agit pas de l'abaisser, mais de nous élever.
Luchini est là aussi pour mettre en garde et nous aider à prendre de la distance par rapport aux écrits de Muray. Car l’on aurait vite fait de se laisser prendre au piège du style, qui est si fluide et si persuasif. Muray fut un pamphlétaire autant qu’un écrivain et un penseur, et il a beaucoup plus tapé à gauche qu’à droite, de manière parfois hargneuse. Mais dans les textes que nous fait découvrir Luchini, c’est sa peinture du monde actuel qui frappe juste et fort. Le poème sur la jeune touriste occidentale altermondialiste est criant de vérité. Luchini se délecte de pouvoir par moment interpeler et choquer certains. Dans l’ensemble, l’auditoire reste suspendu à ses lèvres, se régalant de chaque phrase, chaque mot, chaque syllabe qui est sublimée par l’élocution luchinienne. Ce spectacle n’est pas un spectacle, mais une lecture. Le précédent accordait une place immense au récit par Luchini de sa rencontre avec Barthes ou à ses imitations de Johnny. Lundi dernier, toute la place est revenue au texte. Deux jours après, il raisonne encore en moi.
PS : Le seul extrait disponible sur le net d’un texte de Murray sélectionné par Luchini concerne Ségolène Royal. À vous de juger.
http://www.nouveau-reac.org/textes/philippe-muray-le-sourire-a-visage-humain/
*: Expression de Ph.Caubère
lundi 15 mars 2010
Démineurs (The Hurt Locker): 6 Oscars 2010
Le spectateur suit une équipe de démineurs d'élite pendant la dernière guerre d'Iraq. Ils sont trois: le chef un peu fou, insaisissable, mais vaillant; son audace frise l'héroïsme. Il est flanqué de deux comparses: un grand gaillard, black, qui cache ses angoisses métaphysiques derrière un sacré sang-froid et un autre gars, plus chétif et craintif qui préférerait être ailleurs, loin, loin d'ici. Mais ils sont tous en Iraq, dans le bourbier d'une guerre d'occupation, urbaine, paranoïaque: comment ne pas l'être dans un conflit où il n'y a pas de "front" de bataille, mais où les insurgés sont mêlés aux civils. En qualité de démineurs, ils sont dans une position encore plus délicate, puisqu'ils doivent intervenir dans des zones pas toujours "sécurisées". Grâce à l'excellence de la mise en scène, la tension permanente hypnotise le spectateur. La réalisatrice, Kathryne Bigelow sait ne pas tomber dans le manichéisme. Ce film n'est pas une ode à la vertu des soldats US, ni un documentaire apitoyé sur le sort du peuple iraqien. On y vit le conflit de l'intérieur, on (re)découvre ce que c'est qu'une guerre et qu'il n'y en a aucune de "propre". Le film se veut aussi psychologique, sans être moralisateur. On voit la part de folie qui pousse le personnage principal à courir derrière ce frisson, cette adrénaline du moment où il désamorce des bombes qui, s'il se trompait, le transformerait en bouillie. À un moment, face à la plus grosse des bombes, et alors qu'il s'apprête à la désamorcer, il retire son équipement de protection et a cette phrase géniale:"There's enough bang in there to blow us all to Jesus. If I'm gonna die, I want to die comfortable."
Mais ce n'est pas que cette part de folie inconsciente qui le pousse à retourner quotidiennement se mettre en danger, c'est aussi et surtout l'absence de sens de la civilisation américaine qui met en rayon des kilomètres de yaourts sur plusieurs étages, mais qui n'offre rien d'autre qu'une société de consommation. Il a pourtant femme et enfant. Est-ce assez pour donner une signification à son existence ? Pas pour tout le monde...
lundi 8 mars 2010
The Ghost-Writer Vs. In The Loop

The Ghost-Writer, de R. Polanski
Thriller politique impeccable. On suit Ewan McGregor, écrivain de l’ombre (un nègre pour ainsi dire) qui est chargé d’écrire les mémoires d’Adam Lang (Pierce Brosnan), jeune ex-Premier ministre. J’imaginais que le film porterait sur l’échange entre ces deux personnages. L’un voulant réécrire son histoire à sa main, pour la postérité. Et l’autre en quête de vérité, souhaitant révéler au monde qui est l’homme qui se cache sous les habits du politique. Le film traite en partie de ça, mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel c’est la tension qui se niche partout : dans le décor, dans la musique, et dans l’intrigue : le précédent nègre d’A.Lang mort d’une mort douteuse alors que le manuscrit n’était pas terminé, non dits, zones d’ombres, des mensonges, des indices. La palette des techniques est hitchcockiennement maîtrisée : ironies, froid suspens, accélération du rythme, ambiguïtés, angoisses, paranoïa. Le film est riche, derrière une réalisation sobre mais bigrement réussie.
PS : On saluera la présence inattendue de Kim Cattrall (Samantha dans Sex&TheCity) qui joue la « première assistante » au service de Monsieur Lang depuis si longtemps.
In The Loop, de A. Iannucci
Satire drolatique flamboyante. Le style est tout autre. Les actions s’enchaînent comme des perles. Le ton n’a rien d’oppressant, mais atteint le niveau si difficile de « hautement comique ». On suit Toby, stagiaire fraîchement débarqué au sein du cabinet du Premier ministre et qui assiste à des scènes hallucinantes dés son premier jour. Les caractères des personnages sont poussés à l’extrême pour créer une langue drolatique et des situations cocasses. Ô que les dialogues sont ciselés. C’est jouissif comme les montagnes russes. Ça n’arrête pas. Et bien sûr la britannique ironie qui va avec. On voit l’Histoire se faire par le petit bout de la lorgnette : les petites mains qui tentent de savoir dans quelles salles sont les réunions de leurs boss, des ministres de paille s’embourber dans leurs propos (quand ils trouvent quelque chose à dire). Et avec tout ça les médias, le tourbillon de l’actualité, le microcosme des décideurs… La nuée des inutiles… Les lâches qui succèdent aux hypocrites… Cette satire politique depuis les coulisses frise le génie.
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