« À la rigueur, oui alors à ce moment-là, on rallonge devant, on laque le côté et du coup on est tranquille pour tout l’arrière.
_ Oui… À la rigueur.
_ Ou alors, à la rigueur, ce que je peux faire c’est mécher l’avant, piquer le dessus et remonter toute la masse capillaire de l’arrière sur le dessus, en chignon. Et après je brushe le reste, à la main – (à l’ancienne).
_ Hmmm… ça nécessite réflexion quand même.
_ Ne craignez rien, c’est très courant, je fais ça tout le temps. À la rigueur, tenez, regardez c’est en une d’Ici Paris Et Maintenant Ici. Même Eva Longoria a choisi cette technique.
_ Eva Longoria est quand même une star internationale, c’est vrai.
_ Voyez. C’est affaire de 50 minutes pas plus. Et après, hop, vous filez sous les bacs. Et là c’est affaire de 3 heures maximum tout compris. 4 maxi, quoi, à la rigueur.
_ Mais il pleut dehors, tout va tomber à l’eau. À la rigueur il faut que j’achète aussi une charlotte pour que ça tienne.
_ Hmmm… ce serait peut-être plus prudent oui. Ou alors à la rigueur pour être tranquille je laque tout, et ça cimente l’ensemble. Bon bien sûr, on risque un petit effet casque. Mais en 2010, c’est le retour du playmobile. À la rigueur ça peut toujours faire son petit effet.
_ Allez, je vous fais confiance.
_ Allez, du coup je vous attaque »
C’est à peu près la conversation que j’eus à subir en attendant mon tour. Je préfère donner les éléments de contexte après le texte nu. Tout simplement parce que sinon, c’est insupportable. Mais il faut bien se représenter la coiffeuse. Ou le coiffeur… à la réflexion je ne sais plus bien. J’ai essayé de me remémorer la voix… mais en fait ça ne m’aide pas plus ; c’était une voix féminine, mais ça ne m’avance pas. En revanche, ce qui s’est imprimé pour le restant de mes jours, c’est cette expression « à la rigueur ». Je trouvais qu’il n’y avait rien de rigoureux ; rien de rien. Ni la construction des phrases, ni l’attitude. À ce propos, le masticage de chewing-gum est toujours du pire effet, mais là, je n’apprends rien à personne. Enfin personne de lettré.
Ce que j’aime chez le coiffeur, c’est le rythme, cadencé, ritualisé, immuable. Tout commence au définitif : « Bonjour, j’ai RDV ». C’est le top départ duquel tout découle. Ôtage des vêtements. Accrochage dans la penderie. Enfilage de l’espèce de chemise-de-nuit-satinée-sans-manche-qu’on-sait-jamais-si-on-la-met-par-devant-ou-par-derrière. Trajet jusqu’aux bacs. Intallation. Hop, petite serviette derrière la nuque. Basculement de la tête à 90°. Top, deuxième départ, le shampoing. Eau glacée. Eau brûlante. Et là la shampouineuse invente l’eau tiède (pas de sot métier). Shampoing glacé. Massage capillaire et testal. Même raté c’est un moment agréable. La zone est sensible, c’est comme ça, c’est comme ça. Hop derrière les oreilles. Rinçage (eau froide – dégoûté). Pour les plus chanceux (ou les plus crades), deuxième shampoing. Puis séchage avec un petite serviette rêche. Tordage de tête, mal à la nuque. Trajet jusqu’au trône, face miroir. Explication de la commande : « on coupe, mais on garde toute la longueur ». Coupe. Dissertation à l’orale : sujet : « les gens célèbres ont-ils plus ou moins de problèmes que nous ? ». Variante possible : « Qu’est-ce que tu fais pour les vacances ? ». Coupe. Apposition d’un miroir derrière la nuque pour demander au client impuissant s’il en est satisfait. Réponse par l’affirmative. Ôtage de la chemise-de-nuit-satinée-sans-manche-qu’on-sait-jamais-si-on-la-met-par-devant-ou-par-derrière. Retour par la case vestiaire. CB. Merci. Au revoir.
En quittant le lieu, je restai médusé devant le spectacle qui s’offrit à moi. Un coiffeur en faction préparait un feuilleté au saumon sur la tête d’une vieille dame. Rousse par ailleurs. Ca m’a scotché, ça m’a scié, ça m’a assis. Autant de papier d’allu sur la tête, j’avais jamais vu. Il paraît qu’après ils la passent au four. On m’a dit que c’était en fait pour les mèches et que ça n’avait rien à voir avec un feuilleté au saumon (fut-ce l’odeur). J’étais rassuré. Je partis soulagé, le cheveu léger, la cervelle reposée.
jeudi 4 février 2010
mercredi 3 février 2010
Quête du Graal. Episode I.
Je me souviens quand j’étais petit, en colonie, y’a un de nos moniteurs qui avait perdu sa montre Boss lors d’une ballade en forêt. Il était plutôt mécontent, pour le dire poliment. Alors le lendemain on avait tous refait le même trajet et il nous avait dit de regarder un peu par terre si toutefois on ne retrouvait pas sa putain de montre. Alors on s’était tous mis en ligne, et on avait marché, marché. Les plus téméraires remuaient tous les fourrés des fois que ladite montre s’y fut fourrée. Les plus fainéants regardaient leurs chaussures en avançant et faisaient mine d’écarter trois branchages lorsque le moniteur s’approchait. Face à l’échec de nos recherches le pauvre homme déballa l’artillerie lourde et nous sortit une carotte plus grosse que lui. Ce que je veux dire par là c’est qu’il promit une récompense à qui trouverait son cher bijou de famille. Enfin, ce que je veux dire par là c’est qu’il a trouvé un moyen imparable pour motiver ses jeunes troupes. Qui retrouverait sa montre serait récompensé d’un cadeau. Et c’est là que le bât blesse. Alors que nous bavions tous en attendant de savoir de quoi il retournait, eh bien il ne retourna de rien de bien follichon. Pour tout trophée à de nombreuses heures de recherche, l’heureux gagnant se voyait offrir deux boules de glace.
Voilà ! Fin de l’histoire. Je peux juste vous dire que 99% des 13 enfants qui composaient le groupe étaient ravis de cette arnaque. Il n’y eut que moi pour ruminer intérieurement combien je trouvais la récompense incommensurablement minable au regard de l’enjeu qui se montait à plusieurs centaines de francs français. Oui c’étaient des francs à l’époque. Ah, et tiens ! Puisque nous y sommes. Petit point technique avant de poursuivre. N’essayez pas de vous livrer à un produit en croix mêlant 99, 100 et 13. Vous ne parviendrez pas à un nombre rond d’enfants. C’était histoire de donner un ordre de grandeur dans l’absurdité de la chose. Etais-je le seul à penser cela, ou bien est-ce que tous les autres enfants le pensaient aussi et feignaient de sauter de joie pour je ne sais quelle raison… pour faire croire aux adultes qu’ils sont bien stupides et dociles. Mais tout de même, un instant de lucidité, merde. De nos yeux d'enfants... cette recherche de la montre magique, c'était d'une importance au moins égale à une quête de Graal. Or c'est bien plus que deux misérables boules qui étaient promises au Roi Arthur en cas de succès. Il s'agissait quand même de la vie éternelle, quoi. Alors merde. Fuck les deux boules. Les deux boules, pour le Roi Arthur, c'était une mise en bouche quoi, un vulgaire apéritif, pas une fin en soi. Nous on nous a vendu les deux boules comme l'aboutissement de la longue quête. Je suis désolé, mais non. Non!
Pourquoi cette histoire maintenant ? Quel rapport avec la choucroute ? Et quelle morale en tirer ? Eh bien tout ça pour dire que parfois on nous prend pour des cons et que comme personne ne le dit, on finit par se sentir seul et on se pose LA question qu’il ne faut jamais se poser.
Suis-je fou ou bien est-ce tout le monde autour de moi qui est fou ?
Cette question, autant que possible, il convient de la bannir de ses pensées. Elle est mortelle. Alors, devant la folie du monde, devant le tohu bohu post-moderne qui nous entraîne dans son délire, il nous faut quelqu’un/quelques uns pour dire en mots intelligibles ce qui se passe. C’est aussi simple que cela. Sans cela, face à l’absurdité du monde et face au silence de ses contemporains, la fourmi que nous sommes n’a plus qu’à se jeter du haut du trottoir…
Voilà ! Fin de l’histoire. Je peux juste vous dire que 99% des 13 enfants qui composaient le groupe étaient ravis de cette arnaque. Il n’y eut que moi pour ruminer intérieurement combien je trouvais la récompense incommensurablement minable au regard de l’enjeu qui se montait à plusieurs centaines de francs français. Oui c’étaient des francs à l’époque. Ah, et tiens ! Puisque nous y sommes. Petit point technique avant de poursuivre. N’essayez pas de vous livrer à un produit en croix mêlant 99, 100 et 13. Vous ne parviendrez pas à un nombre rond d’enfants. C’était histoire de donner un ordre de grandeur dans l’absurdité de la chose. Etais-je le seul à penser cela, ou bien est-ce que tous les autres enfants le pensaient aussi et feignaient de sauter de joie pour je ne sais quelle raison… pour faire croire aux adultes qu’ils sont bien stupides et dociles. Mais tout de même, un instant de lucidité, merde. De nos yeux d'enfants... cette recherche de la montre magique, c'était d'une importance au moins égale à une quête de Graal. Or c'est bien plus que deux misérables boules qui étaient promises au Roi Arthur en cas de succès. Il s'agissait quand même de la vie éternelle, quoi. Alors merde. Fuck les deux boules. Les deux boules, pour le Roi Arthur, c'était une mise en bouche quoi, un vulgaire apéritif, pas une fin en soi. Nous on nous a vendu les deux boules comme l'aboutissement de la longue quête. Je suis désolé, mais non. Non!
Pourquoi cette histoire maintenant ? Quel rapport avec la choucroute ? Et quelle morale en tirer ? Eh bien tout ça pour dire que parfois on nous prend pour des cons et que comme personne ne le dit, on finit par se sentir seul et on se pose LA question qu’il ne faut jamais se poser.
Suis-je fou ou bien est-ce tout le monde autour de moi qui est fou ?
Cette question, autant que possible, il convient de la bannir de ses pensées. Elle est mortelle. Alors, devant la folie du monde, devant le tohu bohu post-moderne qui nous entraîne dans son délire, il nous faut quelqu’un/quelques uns pour dire en mots intelligibles ce qui se passe. C’est aussi simple que cela. Sans cela, face à l’absurdité du monde et face au silence de ses contemporains, la fourmi que nous sommes n’a plus qu’à se jeter du haut du trottoir…
mardi 2 février 2010
Comment enchaîner trois feux verts et gagner du temps !
Certains voient dans les rituels qui rythment nos vies quelque chose de rassurant. J’y vois quelque chose de profondément angoissant. Métro-boulot-dodo, une femme, deux enfants, un plan épargne retraite, une mutuelle, une sur-mutuelle, une assurance tout risque, des ennuis malgré ça, voire des grosses emmerdes, une nounou pour pouvoir aller au cinéma le samedi soir pendant que les gosses regardent Patrick Sébastien, une carte fidélité carrefour, un monospace Renault parce que c’est mieux pour l’industrie française, un crédit immobilier, un crédit auto, un crédit pour refaire la terrasse, un crédit pour payer le crédit… Une vie toute tracée en somme en plus d’être une vie à crédit. Parce qu’il ne faut pas se leurrer une fois que t’as tout payé les crédits bah… il ne te reste plus qu’à mourir. Et t’emportes pas ton F5 au paradis. Tout au plus as-tu la satisfaction de le laisser à tes mioches, les ingrats héritiers. Ils le revendront à la première occasion, en reverseront la moitié à l’Etat et utiliseront le reste pour partir au soleil et payer la pension alimentaire de leur ex-femme partie avec les gamins à la première engueulade venue. Oui car ils seront divorcés. Ah ! cette question de l’engagement… Comme si on ne pouvait pas faire des réunions de travail avec sa secrétaire à l’hôtel Ibis de Châteauroux de 14 à 15h… Et puis quelle idée de ne pas s’apercevoir qu’on était suivi depuis la sortie 18 de la N42 par une 205 louche. T’aurais pu le reconnaître ce type, c’est quand même ton beau-frère. Enfin c’était. Bref, tout ça pour dire qu’à la seconde où tu lui as passé la bague au doigt, tu mettais un pied dans la tombe. Au premier gosse, tu mettais le deuxième pied. Et au premier balbutiement du dernier bambin, tu avais de la terre jusqu’aux genoux, jusqu’aux hanches même. Façon sable mouvant. Le sable en moins.
Si l’on connaît la direction, quel intérêt de faire le voyage ? Au fil du temps qui passe, au mieux on est déçu (nos attentes sont toujours trop grandes !), au pire on est mort. Elle est belle l’alternative. Comment concevoir une existence où l’on passerait plus de temps avec ses collègues qu’avec les gens qu’on aime ? (D’où l’idée d’épouser sa secrétaire ?) Ou alors on ne vit que pour ces deux trois instants d’ivresse dans le semestre, à la discothèque de l’Amnesia de Joinville-le-Pont. D’une part c’est peu (et médiocre). D’autre part, comme son nom l’indique, on oublie aussitôt consommé. Donc zéro plus-value ! Fichtre !
Cela fait 3 mois maintenant que je fais le même parcours pour aller au boulot. Pardon de le dire ainsi, mais ce n’est plus possible. C’est juste mortel ce genre de chose. Mêmes heures, mêmes endroits, mêmes actions. Même but. Même trajet en sens inverse, le soir. Non, non, non. Entre le métro et l’entrée du travail il y a 3 rues à traverser. Ce qui veut dire 3 feux de signalisation. J’en suis à connaître par cœur la façon dont ils sont organisés. En gros (je vous résume), si j’ai le vert au premier, je l’ai aussi au second, mais j’attends un maximum au troisième (relou). Alors que si je passe à la fin du vert au premier, j’ai le rouge au second puis le vert (mais ric-rac) pour le troisième. Donc la solution à tout ça (tenez-vous bien et couchez les enfants), c’est de chopper le rouge au premier (oui le rouge, dès le départ), puis la fin du vert au deuxième et là banco, le troisième feu passera au vert PILE lorsque je mettrai le pied gauche sur la chaussée. Et dire que cela constitue une joie en soi. Non, pardon, désolé, mais moi je ne peux pas m’y résoudre. Certains choisissent de ne jamais se poser, c’est le cas du personnage interprété par George Clooney dans In the Air. D’autres choisissent la sur-sédentarité. Existe-t-il un juste milieu ?
Car la sur-sédentarité, merci bien ! Oh certains adorent. Ils sont rassurés par leur connaissance précise des paysages qu’ils traversent. Ils fendent un espace qui leur est familier et qui les épargne de toute mauvaise surprise. Oh, il y a bien quelques événements inattendus qui ponctuent leur trajet. Une merde qui barre le trottoir, une vieille au chignon rigolo, une plaque de verglas qui fait tomber un cycliste, un chauffeur de métro plus déprimant qu’à la normale, un clochard qui a changé de place, une vieille bourgeoise qui s’accroupit sur un trottoir pour mieux pouvoir se maquiller face à un rétroviseur de voiture. Il y a tout ça. Et c’est la seule façon de savoir que l’on ne vit pas EXACTEMENT la même journée qu’hier. Parce que parfois on en est rendu là. Le jour sans fin. Un enchaînement irrépressible d’événements connus. Moi il m’arrive de savoir exactement ce que va faire la demoiselle en face de moi dans le métro. À quelle station elle descend. Quel livre elle lit. Quel parfum elle porte. Elle va au travail aux mêmes heures que moi. C’est un pur hasard. Nous partageons 4 stations de métro à l’avant de la ligne une. Et j’en sais plus sur elle sans lui avoir jamais adressé la parole que sur tant d’autres à qui je parle. Par ailleurs, l’envie de lui parler est totalement absente. Pour se dire quoi ? Pour être convivial ? Et si elle n’était pas du matin, elle serait désagréable. Peut-on s’adresser à autrui sans motif valable ? Sans cause à défendre ? Sans idée derrière la tête ? De manière désintéressée ! Simplement pour dire bonjour. Pour dire, tiens, voilà, nous sommes à côté et parlons la même langue alors… parlons. Je crains que non. À quoi bon ? Et pour ceux qui ne sont pas musicien, ni écrivain et qui ont quand même des choses à dire. Ils sont nombreux. Comment font-il ? Les rockeurs sans guitare, les poètes à la feuille blanche… corps sans âme ? Autant jouer du violon dans le désert, au moins la musique qui en sort s’envole et on peut toujours avoir l’espoir que quelqu’un l’entendra par delà les vents. À Paris, tout le monde court (vers où ?) et t’as beau crier, personne ne prendra le temps de se mettre en retard pour t’écouter.
Si l’on connaît la direction, quel intérêt de faire le voyage ? Au fil du temps qui passe, au mieux on est déçu (nos attentes sont toujours trop grandes !), au pire on est mort. Elle est belle l’alternative. Comment concevoir une existence où l’on passerait plus de temps avec ses collègues qu’avec les gens qu’on aime ? (D’où l’idée d’épouser sa secrétaire ?) Ou alors on ne vit que pour ces deux trois instants d’ivresse dans le semestre, à la discothèque de l’Amnesia de Joinville-le-Pont. D’une part c’est peu (et médiocre). D’autre part, comme son nom l’indique, on oublie aussitôt consommé. Donc zéro plus-value ! Fichtre !
Cela fait 3 mois maintenant que je fais le même parcours pour aller au boulot. Pardon de le dire ainsi, mais ce n’est plus possible. C’est juste mortel ce genre de chose. Mêmes heures, mêmes endroits, mêmes actions. Même but. Même trajet en sens inverse, le soir. Non, non, non. Entre le métro et l’entrée du travail il y a 3 rues à traverser. Ce qui veut dire 3 feux de signalisation. J’en suis à connaître par cœur la façon dont ils sont organisés. En gros (je vous résume), si j’ai le vert au premier, je l’ai aussi au second, mais j’attends un maximum au troisième (relou). Alors que si je passe à la fin du vert au premier, j’ai le rouge au second puis le vert (mais ric-rac) pour le troisième. Donc la solution à tout ça (tenez-vous bien et couchez les enfants), c’est de chopper le rouge au premier (oui le rouge, dès le départ), puis la fin du vert au deuxième et là banco, le troisième feu passera au vert PILE lorsque je mettrai le pied gauche sur la chaussée. Et dire que cela constitue une joie en soi. Non, pardon, désolé, mais moi je ne peux pas m’y résoudre. Certains choisissent de ne jamais se poser, c’est le cas du personnage interprété par George Clooney dans In the Air. D’autres choisissent la sur-sédentarité. Existe-t-il un juste milieu ?
Car la sur-sédentarité, merci bien ! Oh certains adorent. Ils sont rassurés par leur connaissance précise des paysages qu’ils traversent. Ils fendent un espace qui leur est familier et qui les épargne de toute mauvaise surprise. Oh, il y a bien quelques événements inattendus qui ponctuent leur trajet. Une merde qui barre le trottoir, une vieille au chignon rigolo, une plaque de verglas qui fait tomber un cycliste, un chauffeur de métro plus déprimant qu’à la normale, un clochard qui a changé de place, une vieille bourgeoise qui s’accroupit sur un trottoir pour mieux pouvoir se maquiller face à un rétroviseur de voiture. Il y a tout ça. Et c’est la seule façon de savoir que l’on ne vit pas EXACTEMENT la même journée qu’hier. Parce que parfois on en est rendu là. Le jour sans fin. Un enchaînement irrépressible d’événements connus. Moi il m’arrive de savoir exactement ce que va faire la demoiselle en face de moi dans le métro. À quelle station elle descend. Quel livre elle lit. Quel parfum elle porte. Elle va au travail aux mêmes heures que moi. C’est un pur hasard. Nous partageons 4 stations de métro à l’avant de la ligne une. Et j’en sais plus sur elle sans lui avoir jamais adressé la parole que sur tant d’autres à qui je parle. Par ailleurs, l’envie de lui parler est totalement absente. Pour se dire quoi ? Pour être convivial ? Et si elle n’était pas du matin, elle serait désagréable. Peut-on s’adresser à autrui sans motif valable ? Sans cause à défendre ? Sans idée derrière la tête ? De manière désintéressée ! Simplement pour dire bonjour. Pour dire, tiens, voilà, nous sommes à côté et parlons la même langue alors… parlons. Je crains que non. À quoi bon ? Et pour ceux qui ne sont pas musicien, ni écrivain et qui ont quand même des choses à dire. Ils sont nombreux. Comment font-il ? Les rockeurs sans guitare, les poètes à la feuille blanche… corps sans âme ? Autant jouer du violon dans le désert, au moins la musique qui en sort s’envole et on peut toujours avoir l’espoir que quelqu’un l’entendra par delà les vents. À Paris, tout le monde court (vers où ?) et t’as beau crier, personne ne prendra le temps de se mettre en retard pour t’écouter.
lundi 1 février 2010
Musique: Sourire sous la pluie Vs. Pleurer au soleil
Dans Rain, sa dernière sonate, le compositeur-(auteur-interprête) Michael Holbrook Penniman, Jr. (alias Mika), (prononcé Mikaaaaa), nous le dit tout net. Il n’aime pas quand il pleut. Mais alors pas du tout, du tout, du tout. Je vais laisser parler un peu le texte avant de reprendre la main :
« Baby, I hate days like this
When it Rain and Rain, it Rain and Rains
When it Rain and Rain, it Rain and Rains
When it Rain and Rain, it Rain and Rains
When it Rain and Rain, it Rain and Rains
More than this
Baby, I hate days like »
Loin de moi l’idée de procéder à une acide analyse du texte sous forme de douche froide. Tout est limpide comme de l’eau de roche ; l’idée sous-jacente surnage. Mieux ! Elle coule de source. La pluie pourrit nos vies. Sous la pluie, point de lumière, et guère d’espoir… tout est noir !
Why does it always rain on me, Travis
I can’t stand the rain, (mondialement reprise par) Tina Turner
« Baby, I hate days like this
When it Rain and Rain, it Rain and Rains
When it Rain and Rain, it Rain and Rains
When it Rain and Rain, it Rain and Rains
When it Rain and Rain, it Rain and Rains
More than this
Baby, I hate days like »
Loin de moi l’idée de procéder à une acide analyse du texte sous forme de douche froide. Tout est limpide comme de l’eau de roche ; l’idée sous-jacente surnage. Mieux ! Elle coule de source. La pluie pourrit nos vies. Sous la pluie, point de lumière, et guère d’espoir… tout est noir !
Why does it always rain on me, Travis
I can’t stand the rain, (mondialement reprise par) Tina Turner
November Rain, Guns & Roses
Purple Rain, Prince
Une petite fille, Claude Nougaro :
"Une petite fille en pleurs
Dans une ville en pluie
Et moi qui cours après
Et moi qui cours après
Au milieu de la nuit"
Gare de Lyon, Barbara :
« Paris, sous la pluie
Me lasse et m'ennuie.
La Seine est plus grise
Que la Tamise. »
Pierre, barbara:
« Sur les roses de la nuit
Il pleut des larmes de pluie.
Il pleut »
Pour rendre totalement justice à Pierre, on rappellera que Barbara dit aussi dans la chanson « Oh mon dieu que c’est joli, la pluie ». C’est là que ça devient intéressant. L’environnement météorologique est hostile, mais, comme un pied de nez, on s’évertue à être heureux. C’est un peu comme vivre une grande histoire d’amour en plein hiver. Tout nous en empêche, et pourtant, rien ne nous l’interdit. D’ailleurs la Saint Valentin approche alors pensez-y, il n’est pas encore trop tard. En y réfléchissant un peu, le choix de la date de la Saint Valentin -à la fin de l’hiver- n’est probablement pas anodin. Il s’agit de donner un objectif clair à tout un chacun. Le discours officiel dit : l’hiver sera froid, mais trouvez-vous QUAND MÊME quelqu’un pour le 14 février, sous peine d’être un célib’-à-terre. Ou pire ! Devenant la risée de vos amis qui n’oseront plus évoquer votre nom en société, vous serez un célib’-à-taire… Alors à vous de triompher de l’hiver comme Gene Kelly, amoureux, qui se rit des caprices du ciel dans Singing in the Rain ; comme les Weather Girls qui remplacent les gouttes par des mecs : It’s raining men ; ou comme Jermaine Jackson qui décrit ce qu’il ressent alors que la pluie commence à tomber : Il propose ni plus ni moins à sa partenaire de chevaucher son « arc-en-ciel » dans les cieux (voilà une attitude volontariste, nom d'une pipe) :
« And when the rain begins to fall
you'll ride my rainbow in the sky »
À l’inverse, source intarissable pour les songwriters, le soleil n’en finit pas de nous… inonder de bonheur :
Here comes the sun, The Beatles
Sea sex and sun, Serge Gainsbourg
Let the sunshine in, Hair
Sunny, Boney M
Et si on entre dans le cœur des chansons, c’est la même chose :
Emmenez moi, Charles Aznavour :
« Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil »
Mon légionnaire, de Gainsbourg :
« Qu'on s'en irait seuls tous les deux
Dans quelques pays merveilleux plein de lumière! »
L’idée c’est quand même de se casser sous les tropiques à chaque fois. Pour y faire quoi on l’ignore. Mais pour au moins voir la lumière du jour. Pourtant, le légionnaire a pris la tangente : « Il est parti dans le matin plein de lumière! ». Sans crier gare, ni rien. Sans que Serge ait pu lui avouer un Stevie-Wonderien : « you are the sunshine of my life » (Serge avait peur de le voir sourire). Dès lors, il n’y a plus qu’à rester dans le souvenir gainsbourien :
« Il y avait du soleil sur son front
Qui mettait dans ses cheveux blonds
De la lumière ! »
Conclusion :
Quand l’être aimé devient soleil, alors on peut aimer en hiver.
PS : Un couplet de Mon légionnaire en cadeau-bonus :
« Bonheur perdu, bonheur enfui
Toujours je pense à cette nuit
Et l'envie de sa peau me ronge
Parfois je pleure et puis je songe
Que lorsqu'il était sur mon coeur
J'aurais dû crier mon bonheur...
Mais je n'ai rien osé lui dire
J'avais peur de le voir sourire! »
Une petite fille, Claude Nougaro :
"Une petite fille en pleurs
Dans une ville en pluie
Et moi qui cours après
Et moi qui cours après
Au milieu de la nuit"
Gare de Lyon, Barbara :
« Paris, sous la pluie
Me lasse et m'ennuie.
La Seine est plus grise
Que la Tamise. »
Pierre, barbara:
« Sur les roses de la nuit
Il pleut des larmes de pluie.
Il pleut »
Pour rendre totalement justice à Pierre, on rappellera que Barbara dit aussi dans la chanson « Oh mon dieu que c’est joli, la pluie ». C’est là que ça devient intéressant. L’environnement météorologique est hostile, mais, comme un pied de nez, on s’évertue à être heureux. C’est un peu comme vivre une grande histoire d’amour en plein hiver. Tout nous en empêche, et pourtant, rien ne nous l’interdit. D’ailleurs la Saint Valentin approche alors pensez-y, il n’est pas encore trop tard. En y réfléchissant un peu, le choix de la date de la Saint Valentin -à la fin de l’hiver- n’est probablement pas anodin. Il s’agit de donner un objectif clair à tout un chacun. Le discours officiel dit : l’hiver sera froid, mais trouvez-vous QUAND MÊME quelqu’un pour le 14 février, sous peine d’être un célib’-à-terre. Ou pire ! Devenant la risée de vos amis qui n’oseront plus évoquer votre nom en société, vous serez un célib’-à-taire… Alors à vous de triompher de l’hiver comme Gene Kelly, amoureux, qui se rit des caprices du ciel dans Singing in the Rain ; comme les Weather Girls qui remplacent les gouttes par des mecs : It’s raining men ; ou comme Jermaine Jackson qui décrit ce qu’il ressent alors que la pluie commence à tomber : Il propose ni plus ni moins à sa partenaire de chevaucher son « arc-en-ciel » dans les cieux (voilà une attitude volontariste, nom d'une pipe) :
« And when the rain begins to fall
you'll ride my rainbow in the sky »
À l’inverse, source intarissable pour les songwriters, le soleil n’en finit pas de nous… inonder de bonheur :
Here comes the sun, The Beatles
Sea sex and sun, Serge Gainsbourg
Let the sunshine in, Hair
Sunny, Boney M
Et si on entre dans le cœur des chansons, c’est la même chose :
Emmenez moi, Charles Aznavour :
« Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil »
Mon légionnaire, de Gainsbourg :
« Qu'on s'en irait seuls tous les deux
Dans quelques pays merveilleux plein de lumière! »
L’idée c’est quand même de se casser sous les tropiques à chaque fois. Pour y faire quoi on l’ignore. Mais pour au moins voir la lumière du jour. Pourtant, le légionnaire a pris la tangente : « Il est parti dans le matin plein de lumière! ». Sans crier gare, ni rien. Sans que Serge ait pu lui avouer un Stevie-Wonderien : « you are the sunshine of my life » (Serge avait peur de le voir sourire). Dès lors, il n’y a plus qu’à rester dans le souvenir gainsbourien :
« Il y avait du soleil sur son front
Qui mettait dans ses cheveux blonds
De la lumière ! »
Conclusion :
Quand l’être aimé devient soleil, alors on peut aimer en hiver.
PS : Un couplet de Mon légionnaire en cadeau-bonus :
« Bonheur perdu, bonheur enfui
Toujours je pense à cette nuit
Et l'envie de sa peau me ronge
Parfois je pleure et puis je songe
Que lorsqu'il était sur mon coeur
J'aurais dû crier mon bonheur...
Mais je n'ai rien osé lui dire
J'avais peur de le voir sourire! »
mercredi 27 janvier 2010
Aujourd'hui, j'ai vu
Aujourd'hui j'ai vu Noël Mamère en vélo s'arrêter à un feu rouge
et je me suis dit que finalement tous n'étaient pas pourris, puis ça m'a passé
et je me suis dit que finalement tous n'étaient pas pourris, puis ça m'a passé
Aujourd'hui j'ai vu un homme avec des cheveux vert pomme retirer des billets au DAB
et je me suis dit que DAB était une drôle d'abréviation
Aujourd'hui j'ai vu un aveugle choisir des chaussures en soldes
et je me suis dit qu'en deuxième démarque, vu le prix, on avait le droit à l'erreur
Aujourd'hui j'ai vu un rat courir sur les rails du métro
et je me suis dit que c'était peut-être nous les rats et lui l'humain
Aujourd'hui j'ai vu deux personnes renoncer à entrer dans une rame de métro alors que le "bip" sonnait encore
et je me suis dit qu'il restait tout de même dans cette ville quelques personnes qui étaient moins pressées que les autres
Aujourd'hui j'ai vu une vieille dame très très vieille entrer dans une salle d'attente de docteur et clamer à la personne qui la suivait "viens maman"
et je me suis dit que parfois on pense être vieux et que non!, il y a encore plus vieux
Aujourd'hui j'ai vu Paris pleurer de froid
et je me suis dit que c'était rigolo tous ces panneaux municipaux avec écrit à minuit: 0° - 00:00
Aujourd'hui j'ai vu un oiseau s'arrêter de chanter parce qu'il a pris conscience qu'il chantait pour rien
et je me suis dit qu'il est des choses belles qu'on se doit de faire, simplement pour la beauté du geste et l'amour de l'art
Aujourd'hui j'ai vu une personne trépigner dans le froid en cherchant le code d'entrée à composer sur le digicode
et je me suis dit que certaines personnes ne connaissaient aucun digicode et ne trépignaient plus, mais simplement déroulent leur malheur sur un carton
Aujourd'hui j'ai vu un clown en tenue dans la rue
et ça m'a fait rire
Il parlait des choses qu'il voyait et je me suis dit qu'il ne les voyait pas comme je les vois et que au moins lui, il amusait les gens avec sa vision du monde, quand d'autres nous ennuient tant avec la leur.
et je me suis dit que DAB était une drôle d'abréviation
Aujourd'hui j'ai vu un aveugle choisir des chaussures en soldes
et je me suis dit qu'en deuxième démarque, vu le prix, on avait le droit à l'erreur
Aujourd'hui j'ai vu un rat courir sur les rails du métro
et je me suis dit que c'était peut-être nous les rats et lui l'humain
Aujourd'hui j'ai vu deux personnes renoncer à entrer dans une rame de métro alors que le "bip" sonnait encore
et je me suis dit qu'il restait tout de même dans cette ville quelques personnes qui étaient moins pressées que les autres
Aujourd'hui j'ai vu une vieille dame très très vieille entrer dans une salle d'attente de docteur et clamer à la personne qui la suivait "viens maman"
et je me suis dit que parfois on pense être vieux et que non!, il y a encore plus vieux
Aujourd'hui j'ai vu Paris pleurer de froid
et je me suis dit que c'était rigolo tous ces panneaux municipaux avec écrit à minuit: 0° - 00:00
Aujourd'hui j'ai vu un oiseau s'arrêter de chanter parce qu'il a pris conscience qu'il chantait pour rien
et je me suis dit qu'il est des choses belles qu'on se doit de faire, simplement pour la beauté du geste et l'amour de l'art
Aujourd'hui j'ai vu une personne trépigner dans le froid en cherchant le code d'entrée à composer sur le digicode
et je me suis dit que certaines personnes ne connaissaient aucun digicode et ne trépignaient plus, mais simplement déroulent leur malheur sur un carton
Aujourd'hui j'ai vu un clown en tenue dans la rue
et ça m'a fait rire
Il parlait des choses qu'il voyait et je me suis dit qu'il ne les voyait pas comme je les vois et que au moins lui, il amusait les gens avec sa vision du monde, quand d'autres nous ennuient tant avec la leur.
lundi 25 janvier 2010
Beautés... destins...
25 janvier 2010, le premier jour du reste de ma vie
En ce jour où tout commence, je parlerai de tout sauf de la reprise en main de ma destinée.
Nous sommes un lundi. Depuis quelques jours, une armée de mannequins à la beauté débile remuent leur quille jour et nuit, un peu partout. Surtout dans les beaux quartiers. Pris séparément ou noyés dans un groupe de « gens normaux », on ne les verrait guère. Mais là, attroupés, migrant en banc, buvant en troupeau, ils n’échappent pas à notre attention. Ils ont la démarche chaloupée, la jambe légère, le teint diaphane. Oh, bien sûr les traits sont droits, la peau immaculée, les yeux sont grands. Tout renvoie aux critères actuels de la beauté et de la jeunesse tels que les créateurs de mode se les représentent. Le plus fascinant reste tout de même cet incroyable don pour capter la lumière et la restituer dans un halo christique. On leur donnerait le bon dieu en confession. Et on leur donnerait bien davantage d’ailleurs. Oh, il serait facile de gloser sur leur prétendue bêtise. Il est confortable de s’imaginer que le bon dieu (justement lui) donnerait à chacun alternativement beauté ou intelligence ou aucun de deux, mais jamais les deux. Ce serait ignorer que l’essentiel n’est pas donné d’avance et résulte de l’interaction qui opère (ou pas) entre deux êtres et que d’aucuns appellent le charme. Certains n’ont rien, d’autres ont tout. D’autres ont rien puis tout. D’autres ont tout puis rien. Et dans tout les cas, tout le monde finit par ne plus rien avoir. D’aucuns appellent ça la mort…
On parle de beauté et de mort. Alors oui ce sont deux concepts incompatibles. On peut avoir l’un puis l’autre, mais jamais l’un et l’autre. En la matière le temps est un ennemi plus qu’un allié. À chacun sa limite… c’est le fameux « à partir de 30 ans c’est le début de la fin ». On notera au passage que ladite limite est repoussée au fil des ans et des décennies comme un horizon que l’on atteint jamais. Ou plutôt comme un horizon que l’on sait avoir dépassé que longtemps après l’avoir dépassé. Rares sont les grands-mères qui estiment à 70 ans qu’elles sont en pleine force de l’âge. Et voyez au passage comment je dis grand-mère et pas vieille dame dans un but d’attendrissement. Je revois la femme à son rôle maternel et même grand maternel. Tout ceci est probablement extrêmement subversif. Peut-être opéré-je un retour en arrière en matière d’émancipation de la femme. D’ailleurs là encore, c’est la même chose, l’horizon n’est jamais atteint…
Je perds le fil de mon semblant de propos…
Mannequins… beauté… mort… Forcément ça évoque BB. La Bardot qu’on voit dévaler comme une tigresse dans un couloir, armée d’une laisse pour chien avec chien au bout. Et qu’on voit tomber dans le bras de Gainsbourg. Je parle ici bien sûr du film de Joann Sfar sur le grand Serge. Tout n’est pas réussi dans ce film. (Mais tout peut-il toujours l’être ?). Il apparaît parfois comme décousu. Qu’importe. Scène après scène, nos sens adhèrent à la poésie écorchée de Gainsbourg. Gainsbourg qui plaisait autant aux bourgeois qu’aux cochons, autant à l’étudiant dans sa chambre de bonne qu’au père de famille dans son 5 pièces-cuisine. Combien sont-ils ceux qui ont réussi à plaire au grand nombre en restant entier, en restant eux-mêmes. Ne tombons pas dans l’angélisme imbécile, mais affirmons ce qui est : ce qui manque le plus à notre époque c’est exactement ça. Une figure, ou des figures qui s’expriment dans le génie de leur art et qui disent les choses, telles qu’elles les perçoivent, sans craindre la critique, sans avoir peur des conséquences. Une civilisation du risque zéro est une civilisation de l’amusement zéro. « Va vers ton risque… ».
Et si ce risque, cette tension intérieure… si ce tourbillon créateur est un abîme de douleur, eh bien soit. Dieu merci, rien n’a retenu Depeche Mode de se laisser aller à ce sombre tourment. On était 17 000 le 21 janvier dernier à leur crier notre amour. Eux ont jouer leurs morceaux, simplement, mais fortement. Dave Gahan a fait ce qu’il a pu avec son organe vocal : addictions passées, avancement de la tournée et age n’ont pas aidé à propulser une voix limpide sous les hauts volumes de Bercy. Peu importe. Pour la voix on a eu de belles ballades interprêtées par Martin Gore. Eh puis le grand Dave (pas celui de Vanina, hein ?, l’autre), eh bien oui, le grand Dave Gahan, sur Enjoy the silence n’a même pas eu à chanter les refrains... son public s’en est chargé pour lui. Il est fidèle et connaisseur ce public qui goûte chaque chanson à sa juste valeur. L’apothéose attendue parvient tard, au moment du bouquet final, au moment des rappels. Ils terminent par un magnifique Personal Jesus, mais avant cela, ils entonnent un hypnotique Behind the Wheel. Qu’on m’arrête tout de suite. Que quelqu’un vienne soulever ma plume. Je pourrai en parler des heures de cette chanson. Et après ces heures de palabres, que resterait-il ? Il ne resterait rien. Il faut simplement l’entendre et même l’écouter cette chanson. Comme tout chef d’œuvre, elle est hors du temps. Elle se termine comme elle commence. Elle est une chanson sans fin, un cycle ininterrompu. Une force de la nature. Inarrêtable. Et pourquoi voudrait-on l’arrêter ? Moi je ne l’ai pas arrêtée en tout cas. A tel point qu’elle semble couler dans mes veines aujourd’hui… D’aucuns (toujours les mêmes), me diront que je risque l’over-dose. Et je répondrai bien évidemment que oui. Et que je vais vers mon risque. Parce que c’est la seule façon de vivre. Assis dans un fauteuil Louis XV, on ne vit pas, on meurt les yeux ouverts. Et l’on ne prend conscience de son agonie que lorsqu’elle parvient à son terme, ou même peut-être qu’une fois au-delà. C’est le même horizon qui avance, avance, avance jusqu’à ce qu’on réalise qu’il est derrière.
La question ne réside pas dans la vitesse de notre marche. On peut courir vers son horizon. On peut marcher vers lui. On peut parvenir à le dépasser et à vivre sa vie comme un rêve éveillé. On peut n’y parvenir pas. L’essentiel réside dans ce vers quoi l’on porte son regard. Au fond le vers de terre qui aura pris le temps de lever les yeux vers l’étoile de ses rêves ne sera-t-il pas plus heureux que la belle étoile qui aura passé sa vie à regarder sa branche cassée?
En ce jour où tout commence, je parlerai de tout sauf de la reprise en main de ma destinée.
Nous sommes un lundi. Depuis quelques jours, une armée de mannequins à la beauté débile remuent leur quille jour et nuit, un peu partout. Surtout dans les beaux quartiers. Pris séparément ou noyés dans un groupe de « gens normaux », on ne les verrait guère. Mais là, attroupés, migrant en banc, buvant en troupeau, ils n’échappent pas à notre attention. Ils ont la démarche chaloupée, la jambe légère, le teint diaphane. Oh, bien sûr les traits sont droits, la peau immaculée, les yeux sont grands. Tout renvoie aux critères actuels de la beauté et de la jeunesse tels que les créateurs de mode se les représentent. Le plus fascinant reste tout de même cet incroyable don pour capter la lumière et la restituer dans un halo christique. On leur donnerait le bon dieu en confession. Et on leur donnerait bien davantage d’ailleurs. Oh, il serait facile de gloser sur leur prétendue bêtise. Il est confortable de s’imaginer que le bon dieu (justement lui) donnerait à chacun alternativement beauté ou intelligence ou aucun de deux, mais jamais les deux. Ce serait ignorer que l’essentiel n’est pas donné d’avance et résulte de l’interaction qui opère (ou pas) entre deux êtres et que d’aucuns appellent le charme. Certains n’ont rien, d’autres ont tout. D’autres ont rien puis tout. D’autres ont tout puis rien. Et dans tout les cas, tout le monde finit par ne plus rien avoir. D’aucuns appellent ça la mort…
On parle de beauté et de mort. Alors oui ce sont deux concepts incompatibles. On peut avoir l’un puis l’autre, mais jamais l’un et l’autre. En la matière le temps est un ennemi plus qu’un allié. À chacun sa limite… c’est le fameux « à partir de 30 ans c’est le début de la fin ». On notera au passage que ladite limite est repoussée au fil des ans et des décennies comme un horizon que l’on atteint jamais. Ou plutôt comme un horizon que l’on sait avoir dépassé que longtemps après l’avoir dépassé. Rares sont les grands-mères qui estiment à 70 ans qu’elles sont en pleine force de l’âge. Et voyez au passage comment je dis grand-mère et pas vieille dame dans un but d’attendrissement. Je revois la femme à son rôle maternel et même grand maternel. Tout ceci est probablement extrêmement subversif. Peut-être opéré-je un retour en arrière en matière d’émancipation de la femme. D’ailleurs là encore, c’est la même chose, l’horizon n’est jamais atteint…
Je perds le fil de mon semblant de propos…
Mannequins… beauté… mort… Forcément ça évoque BB. La Bardot qu’on voit dévaler comme une tigresse dans un couloir, armée d’une laisse pour chien avec chien au bout. Et qu’on voit tomber dans le bras de Gainsbourg. Je parle ici bien sûr du film de Joann Sfar sur le grand Serge. Tout n’est pas réussi dans ce film. (Mais tout peut-il toujours l’être ?). Il apparaît parfois comme décousu. Qu’importe. Scène après scène, nos sens adhèrent à la poésie écorchée de Gainsbourg. Gainsbourg qui plaisait autant aux bourgeois qu’aux cochons, autant à l’étudiant dans sa chambre de bonne qu’au père de famille dans son 5 pièces-cuisine. Combien sont-ils ceux qui ont réussi à plaire au grand nombre en restant entier, en restant eux-mêmes. Ne tombons pas dans l’angélisme imbécile, mais affirmons ce qui est : ce qui manque le plus à notre époque c’est exactement ça. Une figure, ou des figures qui s’expriment dans le génie de leur art et qui disent les choses, telles qu’elles les perçoivent, sans craindre la critique, sans avoir peur des conséquences. Une civilisation du risque zéro est une civilisation de l’amusement zéro. « Va vers ton risque… ».
Et si ce risque, cette tension intérieure… si ce tourbillon créateur est un abîme de douleur, eh bien soit. Dieu merci, rien n’a retenu Depeche Mode de se laisser aller à ce sombre tourment. On était 17 000 le 21 janvier dernier à leur crier notre amour. Eux ont jouer leurs morceaux, simplement, mais fortement. Dave Gahan a fait ce qu’il a pu avec son organe vocal : addictions passées, avancement de la tournée et age n’ont pas aidé à propulser une voix limpide sous les hauts volumes de Bercy. Peu importe. Pour la voix on a eu de belles ballades interprêtées par Martin Gore. Eh puis le grand Dave (pas celui de Vanina, hein ?, l’autre), eh bien oui, le grand Dave Gahan, sur Enjoy the silence n’a même pas eu à chanter les refrains... son public s’en est chargé pour lui. Il est fidèle et connaisseur ce public qui goûte chaque chanson à sa juste valeur. L’apothéose attendue parvient tard, au moment du bouquet final, au moment des rappels. Ils terminent par un magnifique Personal Jesus, mais avant cela, ils entonnent un hypnotique Behind the Wheel. Qu’on m’arrête tout de suite. Que quelqu’un vienne soulever ma plume. Je pourrai en parler des heures de cette chanson. Et après ces heures de palabres, que resterait-il ? Il ne resterait rien. Il faut simplement l’entendre et même l’écouter cette chanson. Comme tout chef d’œuvre, elle est hors du temps. Elle se termine comme elle commence. Elle est une chanson sans fin, un cycle ininterrompu. Une force de la nature. Inarrêtable. Et pourquoi voudrait-on l’arrêter ? Moi je ne l’ai pas arrêtée en tout cas. A tel point qu’elle semble couler dans mes veines aujourd’hui… D’aucuns (toujours les mêmes), me diront que je risque l’over-dose. Et je répondrai bien évidemment que oui. Et que je vais vers mon risque. Parce que c’est la seule façon de vivre. Assis dans un fauteuil Louis XV, on ne vit pas, on meurt les yeux ouverts. Et l’on ne prend conscience de son agonie que lorsqu’elle parvient à son terme, ou même peut-être qu’une fois au-delà. C’est le même horizon qui avance, avance, avance jusqu’à ce qu’on réalise qu’il est derrière.
La question ne réside pas dans la vitesse de notre marche. On peut courir vers son horizon. On peut marcher vers lui. On peut parvenir à le dépasser et à vivre sa vie comme un rêve éveillé. On peut n’y parvenir pas. L’essentiel réside dans ce vers quoi l’on porte son regard. Au fond le vers de terre qui aura pris le temps de lever les yeux vers l’étoile de ses rêves ne sera-t-il pas plus heureux que la belle étoile qui aura passé sa vie à regarder sa branche cassée?
lundi 5 octobre 2009
Capacité d'indignation
Des longs, des courts. Des vrais, des faux. Des durs, des mous. Nous avons tous des moments d'indignation. Devant un clochard, devant sa télé, devant le comportement d'un collègue, devant plein de choses. On se dit qu'il faut que les choses changent. Mais que faisons-nous? Résumons le comportement classique:
1° On s'indigne ouvertement. C'est-à-dire qu'on verbalise son indignation: "c'est dégueulasse", ou carrément: "moi je dis, c'est dégueulasse quoi! ça ne devrait pas exister à l'aube du XXe millénaire".
2° On passe à autre chose.
Mais ce n'est pas sans poser problème. On ressent une gêne qui provient de la connaissance d'un problème sur lequel on a pris position ("indigné") mais qui ne suscite pas d'action de notre part pour changer la/les chose(s). Alors, afin de rétablir une forme de paix intérieure, on produit une troisième action:
3° On nie toute responsabilité. On s'indigne comme spectateur sans se voir comme la cause du mal qui nous horrifie. Ainsi lavés, on ne ressent plus aucune culpabilité, qui est, disons le clairement, un sentiment fort désagréable.
Du coup qui est responsable? Ce peut être la nature humaine (il y a des cons partout). Ce peut être nos représentants politiques. Ceux qu'on appelle péjorativement les politiciens, la classe politique (tu parles d'une classe), and co. On les méprise, mais on est bien content de transférer sur leurs épaules nos indignations. Mais eux alors... Sont-ils torturés toute la journée, développent-ils une forme de blindage (de survie) afin de ne pas se laisser transpercer par toutes leurs indignations irrésolues? Réponse: ça dépend. Cela dit, il est agréable d'en entendre certains souffrir de leurs indignations et remuer ciel et terre pour s'attaquer au Mont Immobilisme, qui culmine à 5'705m au sein de la chaîne du Status Quo du massif de l'Impuissance, dans le Royaume du Consensus Mou.
" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller jusqu'au bout de sa pensée" L.Blum
"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre" J.Jaurès, Discours à la jeunesse, 1903
1° On s'indigne ouvertement. C'est-à-dire qu'on verbalise son indignation: "c'est dégueulasse", ou carrément: "moi je dis, c'est dégueulasse quoi! ça ne devrait pas exister à l'aube du XXe millénaire".
2° On passe à autre chose.
Mais ce n'est pas sans poser problème. On ressent une gêne qui provient de la connaissance d'un problème sur lequel on a pris position ("indigné") mais qui ne suscite pas d'action de notre part pour changer la/les chose(s). Alors, afin de rétablir une forme de paix intérieure, on produit une troisième action:
3° On nie toute responsabilité. On s'indigne comme spectateur sans se voir comme la cause du mal qui nous horrifie. Ainsi lavés, on ne ressent plus aucune culpabilité, qui est, disons le clairement, un sentiment fort désagréable.
Du coup qui est responsable? Ce peut être la nature humaine (il y a des cons partout). Ce peut être nos représentants politiques. Ceux qu'on appelle péjorativement les politiciens, la classe politique (tu parles d'une classe), and co. On les méprise, mais on est bien content de transférer sur leurs épaules nos indignations. Mais eux alors... Sont-ils torturés toute la journée, développent-ils une forme de blindage (de survie) afin de ne pas se laisser transpercer par toutes leurs indignations irrésolues? Réponse: ça dépend. Cela dit, il est agréable d'en entendre certains souffrir de leurs indignations et remuer ciel et terre pour s'attaquer au Mont Immobilisme, qui culmine à 5'705m au sein de la chaîne du Status Quo du massif de l'Impuissance, dans le Royaume du Consensus Mou.
" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller jusqu'au bout de sa pensée" L.Blum
"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre" J.Jaurès, Discours à la jeunesse, 1903
PS: http://blogs.lexpress.fr/attali/2009/10/un-scandale-francais.php
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